Ô2 LES DEUX COMÉDIENS
RIANVAL.
Selon que les châteaux se trouvent sur notre chemin. Celte vie me paraît assez commode; c'est à peu près celle des mendiants, qui ne sèment rien, et qui recueillent autant que ceux qui travaillent.
RAMAGEAD.
Ai-je l'air d'un mendiant? eu ai-je le ton, avec cet habit et mes talons rouges?
RIANVAL.
C'est moi qui te le donne le ton , je suis comme le chat botté, et loi comme le fils du meunier, je te fais valoir; mais j aime mieux mon rôle que le lien.
RAMAGEAU.
Tu vis avec les valets.
RIANVAL.
Oui, que je fais rire, et qui me régalent bien.
RAMAGEAU.
On me traite avec respect sur les chemins où je passe , et avec considération dans les maisons.
RIANVAL.
Oui , parce que je vais annoncer qu'un seigneur, dont la chaise est cassée dans le village, demande au seigneur châtelain à coucher et à souper; mais quand on n'a pas le sou pour jouer dans la société , on ne fait pas un trop beau rôle.
RAMAGEAU.
Je joue le rôle d'amoureux auprès de toutes les femmes ; et elles me trouvent charmant, et de la meilleure compagnie.
RIANVAL.
Oui, mais il faut partir le lendemain avant que tout le monde soit éveillé, afin qu'on ne s'aperçoive pas que nous n'avons pas d'équipage. Tu attends long-temps le souper, et moi je mange en arrivant, et je dors, si j'en ai envie, en attendant qu'on serve; enfin, je ne changerais pas mon habit contre le tien.