‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 228 sur 339 · PROVERBE VI · texte numérisé non relu

PROVERBE VI

L'Après-dînÉe. — Un clou chasse l'autre. (Pag. 57.)

P'ularqtic, dans son Traite sur la manière de vivre, fait mention d'une espèce de proverbe que les libertins de son k'mps allégunient comme un nidy^^n de consolation dans leurs dérèglements : ils prétendaient que l'espérance d'une nouvelle débaucbc les guérissait, quand leurs premières dissolutions leur avaient occasioné quelque maladie liicbeuse. Dans leur insouciance criminelle, ou dans leur impénitence finale, les libertins de nos jours , avec plus de grâce et de légèreté peut-être, se récrient sur le peu de durée de la vie et sur l'instabilité des plaisirs. Courte et bonne , disent-ils , un clou chasse l'autre : Quand on est mordu par un chien enragé , il n'y a pas de meilleur remède que le poil de la bète. Toutes ces maximes , aussi fausses que dangereuses , les mènent droit à Tliopital ou au tombeau. Elles répugnent autant à la raison naturelle qu'à la loi divine 5 elles détruisent la santé du corps aussi -bien que la paix de l'àme, et présentent en pbysiqne une absurdité complète détruite par l'expérience et par l'autorité du grand Ilippocrate : Contraria contrariis curàntur. Les maux se guérissent par leurs contraires. On peut à bon droit leur ap-<pliquer cette épigramme de Pannard ;

Conrir de maîtresse en maitretse, Passer ses jours en libertin Dans la continuelle ivresse Qui nait de l'amour et du vin; Par des liqueurs d<! toute espèce Se brûler du soir au matin,

DU TOAIE r. XXJ

C'est mettre un poignard dans son sein ; C'est se presser de vivre et hâter sa vieillesse; C'est creuser son tombeau, c'est courir à sa fin; C'est, en terme de banque , escompter sa jeunesse.

Opposez la raison à la folie, rhonnéteté à la mauvaise foi , la pudeur à Teffronterie, le calme de rame aux. remords du crime , c'est le meilleur moyeu de traverser joyeusement et paisiblement le fleuve de la vie.

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