‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 230 sur 339 · PROVERBE VIII · texte numérisé non relu

PROVERBE VIII

Le Pobtrait. — Apres la pluie , le beau temps. (Pag. 79.)

Ce proverbe signifie que la joie succède ordinairement à la douleur, et répond à l'adage latin : Post nubila Pkœbus.

On voit, après l'épais nuage,

De Pbœbus le riaut visage. ,

Ou bien , comme l'a dit Quinault :

II faut passer par les peines Pour arriver aux plaisirs.

Ce proverbe a son inverse : Post gaudia luctiis. Ce qui n'est malheureusement que trop vrai. Tel qui rit vendredi , dimanche pleurera.

L'action de ce proverbe roule sur le plus ou le moins de ressemblance d'un portrait. Cette manière de juger et de voir, particulière à chacun , a souvent donné lieu à des procès fort plaisants. Le peintre du proverbe aurait bon droit de se moquer de la présidente , qui prend l'ombre portée par la masse du nez pour une tache. Il y a beaucoup de connaisseurs de cette force-là , dont le nerf optique ne voit dans des tableaux que des choses fort plates j ce qui , sans calomnie, arrive fort souvent. Lord Macartnev, dans son voyage à la Chine, raconte qu'ayant montré des tableaux à des Chinois, ceux-ci, qui ne connaissent ni l'usage ni Teffet des ombres, lui demandaient naïvement, si les hommes en Europe avaient la moitié du visage blanche cl laulre noire. Coqueley de Chausse-Pierre ,

DU TOME I. XXI Ij

avocat très-caustique de sa nature , eut occasion de plaider contre uu apothicaire , en faveur d'un peintre , qui réclamait du pharniacopole le payement de portraits qu'il avait faits pour lui. En voici l'exorde :

«Un apothicaire, qui s'est fait peindre, ne veut pas satisfaire « son peintre ; il ne lui ofïre pour payement que de mauvaises n drogues. Le portraij, dil-il , n'est pas ressemblant, comme » si une partie pouvait être juge dans sa propre cause , ou que » Ton dût s'en rapporter à un apothicaire pour juger de la » ressemblance des visages. Si le sieur *** eût examiné de » bien près sa prétention, il aurait vu qu'elle' est absolument » sans fondement , et l'aurait sans doute abandonnée sur-le- )) champ. »

La difficulté que l'apothicaire faisait de satisfaire le peintre donne lieu à des plaisanteries relatives à la profession du premier. «L'apothicaire, qui voudrait avoir ses portraits et ne pas les payer , s'alambique l'esprit pour trouver un renicde. à son embarras. Il voudrait s'en tirer avec de la manne en sorte et de la casse. Assurément de la bonne casse est bonne, mais il ne suffit pas de purger son créancier pour se libérer ; il lui restera toujours de l'humeur tant qu'il ne sera pas payé, et des parties d'apothicaire, enflées de moitié, n'opéreront jamais un payement légitime. » Ces plaisanteries sont bonnes pour des auteurs de profession , qui peuvent faire passer dans leur dialogue ces saillies et ces pointes d'esprit de l'avocat Coqueley. C'est de lui que Tou raconte cette aventure. Il fut un jour cruellement puni de sa causticité , et vérifia le proverbe A bon chat bon rat : raillant l'avocat Linguet sur sa manière de scander le discours. Bonjour, monsieur Lin-gu-et ; celuici lui répondit : Bonjour, monsieur Coqu-e-ley. A bon entendeur, salut; ce qui pouvait èue vrai jusqu'à un certain point.

Un riche marchand d'Anvers se fit peindre par un habile arfiste; mais, comme il était avare, il s'en repentit par la suite, et ne voulut pas payer le prix dont il était convenu^ sous le pi-étexte que le portrait ne lui ressemblait pas. Le

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