‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 276 sur 339 · PROVERBE LUI · texte numérisé non relu

PROVERBE LUI

L'Avocat consultant. — Un bon averti en vaut deux. (Pag. 445.) Ce proverbe offre le portrait d'un avocat dissipé , plus occupé d'intrigues amoureuses que des affaires de son cabinet. C'est un véritable avocat de Ponce Pilate, comme on le dit pour se moquer d'un avocat ignorant qui n'a pas de pratiques et de causes, parce que Pilate, en parlant de Jésus- Christ, dit dans l'Évangile : Non invenio causant . On dit encore qu'il en sait plus que le chien de Barthole , qui avait mangé un sac d'écritures. Les avocats et les procureurs allongent les procès en expliquant les lois, et les explications sont toujours à leur avantage : quand il n'y a plus d'oisons à plumer, ils donnent le conseil aux parties de s'accommoder. On demandait à Louis XII quelle était la chose la plus utile à la vue ; De ne voir jamais la robe d'un homme de palais,

Ixxvj entr'actes des proverbes

répondit- il. Le même prince, en parlant des avocats qui conimenlent les lois , et des procureurs qui allongent la procédure, les comparait aux cordonniers qui allongent le cuir avec les dents. Ferdinand-le-Catliolique, envoyant des colonies aux Indes , prit la sage précaution d'empêcher qu'on y Iransporlàl aucune personne qui eût cludié la jurisprudence , de crainte que les procès ne s'introduisissent dans le Nouveau- Monde. Dom Pèdre , surnommé le Juste, roi de Portugal, ordonna qu'on punît de mort les juges qui se laisseraient corrompre; et, pour abréger la longueur des procès, qui ruinent la veuve et l'orphelin, il chassa du barreau les avocats et les procureurs : ordonnance qui parut si judicieuse à Marie, reine de Hongrie , qu'elle la mit en vigueur dans ses états. Caton ne devait pas aimer la chicane et ses suppôts , puisqu il ordonna que la place publique de Rome, où Ton avait coutume de plaider, fut remplie de chausse-trapes. Où en seraient les procureurs ,■ les chicaneurs et les avocats de nos jours , si les salles du Palais et des Pas-Perdus étaient garnies de chausse-trapes ! Les Africains, lorsqu'ils veulent rendre hommage aux talents et à l'habileté d'un avocat , le comparent à un boucher, parce que ce dernier étant trèshabile à trouver les jointures des os d'une béte, le premier est Irès-sublil à trouver le nœud des arguments. Saint Grégoire de Nazianze compare les avocats à ces oiseaux qui font de grands circuits eu l'air avant de (ondre sur leur proie. La révolution a produit une mibe féconde de lois à commenter, à interpréter, et de procès à exploiter. Qîiel abîme! qui peut en sonder la profondeur .'

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