‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 31 sur 339 · SCENE IX ET DERNIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE IX ET DERNIÈRE

M. DE LA RIVIÈRE, M. D'AVARIN, M. BOrsaN, M. DE LA VIGNE, M. RAISIN.

Mais pourquoi me ramenez-vous ici ?

M. d'avarin.

C'est devant eux que je veux vous parler.

Go DAME JEATTNE.

M. DF. LA RIVIÈRE

Mais, mon clicr clAvarin, je sais tout; ils vicnncnl de m'iuslruirc.

M. DAVARIN.

EU bien, monsieur, vous les approuvez?

M. DE LA RIVIERE

Très- fort. Je suis seulement fàclié du malheur qui est arrivé à cette pauvre Dame Jeanne.

M. d'avarin.

Vous en êtes fâché , monsieur !

M. DE LA RIVIÈRE

ÎVIais comme il n'v a pas de remède , voyant combien je les approuvais d'une action si louable

M. DAVARIN.

Si louable!

M. DE LA RIVIÈRE

Ils continueront, avec une sœur de Dame Jeanne.

M. DAVARIN.

Ils coutinneront î

»I. DE LA RIVIÈRE

Sans doute.

M. d'avarin.

Je vous avoue que je suis confondu de tout ce que vous me dites là !

M. de la rivière.

c'est ponrLint la vérité.

M. d'avarin.

Non, je ne le comprendrai jamais.

M. DE LA RIVIÈRE

Ils ont bien voulu m'associer à cette bonne œuvre , et je leur ai donné un louis pour cela.

M. DAVARIN.

Quoi , monsieur, vous êtes associé avec ces messieurs pour une pareille chose?

DAME JEANNE. 6l

M. DE LA RIVIÈRE

Ouï , mon ami ; el j'ai (Hé si enchanté de voir combien mes soins avaient frucliru'' dans leur àme , que j'allais vous chercIkt pour nie IV'liciler avec vous , de l'esprit de charité qui r«>gne dans cette maison; cesl la récompense la plus douce cl la plus ilatteuse que nous puissions recueillir de nos principes et de nos soins.

w. d'avarin.

Je vols , monsieur, que vous êtes dans l'erreur.

IM. DE LA RIVIÈRE

C'est vous qui vous trompez encore.

M, d'avarin.

Non sûrement, el j'ai des preuves ici de ce que j'ai découvert.

M. DE LA RIVIÈRE

Songez , mon cher ami , que les jugements téméraires sont afïreux , et que celte Dame Jeanne n'était pas ce que vous croyez.

M. d'avarin.

J'en conviens.

M. DE LA RIVIÈRE

Que c'était une pauvre femme malade d'une hydropisle, ce qui obligeait de lui taire souvent la ponction.

M. d'avarin.

Quelle histoire I

M. DE LA rivière.

Et que ces généreux jeunes gens se cotisaient pour cette opération.

ivi. d'avarin.

Je le crois bien , ils allaient plus loin , ils la faisaient euxmêmes.

M. de la rivière.

Comment! eux-mêmes?

M. d'avarin.

Oui, monsieur. Apprenez que cette prétendue Dame

(>2 UÂME JEAN«E.

Jcaunc , nt'tait nutre chose qu'une grande bouteille qui a ce nom-là, cju ils laisaicnl entrer, pleine cl<f vin , par un tr<^u de la muraille du jardin, et qu ils vidaient dans lu cliauihrc de Boivin.

M. DE LA RIVIÈRE

Il n'est pas possible !

M. d'aVARIN.

Celui (]ui la portait est tombé dans l'escalier, la bouteille est cass«e, et en voici le gouleau (jue j ai apport»'- evnres : si vous voulez vous convaincre de ce (jiie je vf>us dis ,*l odeur du vin r^ paudu vous pi-ouvei"a tout ce que j'avance.

M. DE LA RIV.ÈRE

Quoi , messieurs , vous avez ainsi abusé de ma crt'dulilé ?

M. BOIVIN

C'est un tort dont nous nous sommes rej)enlis dans linsLtnl. Quand on a lail une laule elle entraiuc dans une autre, et nous avons voulu nous excuser.

M. DE LA RIVIÈRE

Lt vous avez employé le mensonge'?

M. DE LA VIGNE

Il est vrai, il nous a même paru plaisant; mais nous nous sommes repentis promptemcnt, et si vous vouiez bien vous le rappeler, vous n'avez pas voulu nous entendre, ni reprendre votre argent.

W. DE LA RIVIÈRE

Il est vrai. Quoi, vous m'auriez dit la vérité.

M. BOIVIN

Oui, monsieur, il y a même long-lemps que nous hésitons à vous instruire du mauvais traitement que nous éprouvons ici. ISous avions cherché à nous en cousoier dune manière, qui, je l'avoue, est contre la règle de celte maison; et la gaieté qu'elle nous Inspirait, nous taisait patienter; mais la mauvaise opinion que M. d'Avarin a cherché à vous donner de nous, nous oblige cufiu L rompre le silence, non pas pour

nous jus'ifîer de deux f'nulcs qui nous rendent très-coupables envois vous, mais dont il est la cause.

M. d'avarin.

Moi?

M. RAISIN

Oui, monsieur.

M. d'avarin. \

Je n"ai rien à me reprocher.

W. BOIVIN

Pardonnez-moi, monsieur, votre avarice.

M. d'aVARIN.

Monsieur, vous souflrez (ju'on m"in§ulte.

M. DE LA RIVIÈRE

Laissez-les parlerj je vous réponds de faire justice à qui il apparliciidra.

l\r. LE LA VIGNE.

C est ce que nous vo\js demandons.

M. DE LA RIVIÈRE

Continuez, monsieur Boivin.

M. BOIVIN

LV«ustprit(^ de vos mœurs, monsieur, vous fait ignorer quels sont les aliments dont on nous nourrit, et quel est le vin <{ue nôu- buvons; mais vous pourrez vous en convaincre aujourd Lui même, si vous voulez en faire l'essai. »

Je le ferai dès ce soir, et j'ai eu tort jusqu'à présent de n'y avoir pas pensé. La viande me fait mal, voiîà poui-quoi je n en nsani^c pas; je n'aime point le vin, ainsi quand je le trouverai bon, je crois que vous en serez couteiil^ Si l Abbé n'est pas avare, il est au !i)oins trop économe; et ce n'est pas mou intention que Ton meure de faim dans cette maison. M. DE LA VIGNE.

Sonuez , monsieur, combien nous vous respectons, et que c'est a crainte de vous causer le moindre chagrin qui nous a empêches de nous plaindre.

64 DAME JEANNE

M. DE LA RIVIÈRE

Nous ne pouvons pas disconvenir que nos loris ne soient égaux j mes cufauls, pardonnez-nous.

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