‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 324 sur 339 · PROVERBE LXXXVIII · texte numérisé non relu

PROVERBE LXXXVIII

L'Aveugle avare. — On ohiienl avec adresse ce qu'on ne peut obh-nir -par force. (Pag. 6").)

Le tour que Savoncau joue à l'aveugle Tatonet, est un vrai tour de Lazarilie de Tormcs ; mais l'avarice est un vice si odieux et si méprisable, qu il u'v a pas de chàtimeut assez fort pour ie punir.

Fureur (l'accnmnler, monstre de qui les yenx Regardent comme un point tous les bienfaits des dieux.

(//fl Fontaine.]

Horace, en parlant des avares, des ambitieux, des débauchés, des superstitieux, dit qu'il faudrait aux premiers une dose d'elU'bnre pins forte qu'aux autres; et peut-être même que tout ce que produitAnticvre (i) ne leur suffirait pas.

fi) fie de l'ArrhippI où croît en abondance l'ellébore, plante que l'on dit èlre bonne à purger les vapeurs qui montent au cerveau.

DU TOME IV. CXXXVlj

Danda est ellehori pan maxima avaris^

Nescio an Aniicyram ratio illls destinet ornnem.

L'avare ressemble à un lioninie qui ne sachant jouer d'aucun instrument, en lerait provision sans savoir la musique. Il est uniquement occupé du soiu d'amasser des richesses, et de la crainte de les perdre, de sorte que bien loin de les posséder, il en est possédé luimème. Elles le tyrannisent à un point que Voilure a eu raison de dire qu'un avare n'a rien laissé à faire à la mauvaise (brlune; elle ne pouvait lui faire pis. Boileau nous fournit, dans sa dixième satyre, un exemple remarquable d'avarice sordide eu la personne du lieutenanl-crimiuel Tardieu. I-ia description en est aussi originale que plaisante.

Les statuts, f/e//rt Famosissiniacompagniadellalezina,ojxvrage plaisant composé vers la fin du 16" siècle, par un nonmié Yialardi, portent la lézlne au plus haut point de raffinement, jusqu'à ordonner de porter la même chemise aussi lon£;-temps que l'empereur Auguste était à i^ecevoir des lelties d'Egjpte, c'est-à-dire, 4"^ jours; de ne point jeter de sable sur les lettres fraîchement écrites, afin de diminuer d'autant le port de la lettre; et plusieurs autres pratiques d'avarice semblables. J'aime beaucoup ce trait d'un avare, d^peirlt par Yillegas, qui ne coupait jamais sa barbe, tant la peur qu'jl avait de perdre quelque chose était grande, qui ne dormait jamais que sur un côté, de peur d'user ses draps, et parlait toujoui-s très-laconiquement ne voulant point perdre de temps, poité qu'il était à tout ménager. Des suppôts d Esculape faisaient espérer à un avare insigne qu'il pourrait encore vivre un mois ou deux , et peut-élre davantage : comme it était vieux et cassé, il pr.'voyait bien qu'il n'irait guère plus loin. On était alors au mois de décembre. Il fit réflexion que le nouvel an approchait. Ce n est pas, dit-il, la peine de prolonger ma vie pour si peu, il m en coûterait les jé trennes qu'il vaut mieux épargner. Ainsi il est mort quelques jours plus tôt pour n être pas obligé à faire cette dépense. Un autre avare, mangeant un œuf j disait en soupirant : je regrette bien d avoir

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fait une si grande dépense, et ma goarmandise va me couler ua poulet.

I.a moralitf' du proverbe se rapprorlie de cotte pensée morale : la mouclie cjiii veut piquer la tortue rouipl son aiguillon; le pauvre qui se commet avec un riche, le faible r|ui attaque tm plus fort que soi, se trouvent bientôt avec leurs armes «'moussées.

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