M. DE PRÉC NAT
Eli bien, il vous donne tout, votre oncle?
M. BERNiyUFT.
Oui , comme à son plus proche héritier j et il n'y a que moi. ^
M. DE PRÉCINAT.
Il n'a jamais eu d'autres parents?
M. BERNIQUET
Il avait un frère aîné en Amérique ou en Afrique^ c'est la même chose, je crois.
Pas tout-à-fait. Et ce frère est donc mort?
M. BFRNIQUET.
Il y a bien long-temps : c'<-tait un mauvais sujet, il tuait tout le monde; voilà pourquoi on l'avait envoyé bien loin.
M. DE PRÉCINAT.
Vous devez hériter de plus de cent mille écus?
Jà. BERNIQUET.
Oui, le notaire me l'a dit, et c'est un habile homme; car il a lu le testament tout courant coin aie si c'eût été de la moulée.
M. DE PRFCINAT.
Vous ue l'avez donc pas lu, vous?
M. BERMQUET,
Moi, j'en aurais été bien fàclié; c'est une écriture de chicane. Abî pardi, à moins que ce ne soit de l imprimé, je ue vais pas me casser la tète à tout cela.^
M. DE PRFCINAT.
Votre onclea dans Paris trois maisons de ma connaissance, qui rapportent plus de douze mille fraucs.
M. BERMQUET.
Oui; mais vous ne comptez pas ses quatre casseroles d'argent, son plat à barbe, un builier, et puis des salières; enfin, tout plein de choses que j'ai oubliées, et qui font plaisir à voir. M. DE PRÉCINAT.
Ce ne sont pas là de grands effets.
M. BERMÇUET.
Les casseroles sont bien grandes.
M. DE PRÉCINAT.
Enfin, vous héritez de tout cela?
M. BERMQUET.
Oui , et mademoiselle votre fille aussi , puisque j'en, suis amoureux, et que vous me la donnez en mariage.
M. DE PRÉCIXAT.
Sans doute.
M. BERNIQUET
Mon grand-oncle, à qui j en avais parlé, n'j voulait pas consentir : je vous le dis à présent qu'il est mort, parce que je ne le crains plus. Il n'y a que M. d Alvin que je crains.
M. DE PRÉCINAT.
Comment?
M. I.FRN:QtIFT.
Oui , il loi^e ici ; il pourrii il cire amoureux de mademoiselle voire fille. Je suis lualin , moi , je devine cela.
M. DE PRÉCINAT.
Boni c est sou cousin.
M. BERNIQUET
C'est son cousin? je ne savais pas cela. Cela fait une différence.
Et puis il n'est pas si riche que vous.
M. BERMQUET.
Oh î je suis un bon parti, moi, avec mes casseroles et mon bassin à barbe d'argent.
M. DE PRÉCINAT.
Je vous le dis , ne craignez rien ; et puis je parlerai à ma fille, pourvu que vous ne changiez pas d avis .
M, EERNIQUET.
Moi, changer d'avis.' pour qui me prenez-vous? s.Tvezvous que je suis capable de vous signer un dédit, pour vous rîTSSurer ?
i\I. DE PRÉCINAT.
Vous entendez donc les affaires?
M. «FRNIQUFT.
Comme ceux qui les font, je vous en rc'ponds. Comment aurais- je vécu depuis que je suis à Paris sans cela? mon oncle ne me donnait rien.
M. DE PRÉCINAT.
Et comment avez- vous fait?
M. BERNIQUFT.
Comme tous les autres : jai cmpiuuté tant quej ai pu . parce que je disais : j'hériterai bientôt, et il faut que Je fasse figure.
^ M. DE PRÉCINAT.
Et combien devez-vous?
M. BF.RNIQUET.
J"ai fait six billets, qui moulent..., attendez; trois cents cinq cents , raille, et puis cinquième iouis, avec vingt-cinq. M. DE prÉcinat.
Tout cela ce sont des louis?
M. BERNiyUET.
Non , il y a des francs ; cela fait en tout trois mille six cents francs que je dois.
M. DE PRÉCINAT.
Cest beaucoup pour un an.
M. BFRNIQUET.
Il y a treize mois bien comptas. Ainsi je dis donc, si vous vouiez , je vais signer un dédit ; mais il faut que je me dépêche à cause de Tenterrement de mon grand-oncle, qui va se faire bientôt.
M. DE PRÉCINAT.
' Je veux y aller aussi , si je le peux.
M. BEBNIQUET.
Elï bien , je vous ferai la révc rence.
M. DE PRÉCINAT.
Allons , passons dans mon cabinet.