‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 65 sur 339 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

M">« DE CLERSEL, M. BOUFFI.

M'"« DE CLERSEL.

Eulrous ici, et asseyons-uous.

M. BOUFFI

Oh très- volontiers , madame, je n'aime point à me tenir debout nulle part 3 c'est ce qui fait que je vais rarement aux audiences.

]M™<^ DE CLERSEL.

Vous n en avez plus besoin , à ce qu'on m'a dit , monsieur Bouffi, car vous êtes fortricbe, et vous avez quitté les affaires.

M. BOUFFI

Oui, madame, et, Dieu merci, quand on a cent mille écus de rente , ou n'est pas mal.

M™e CE CLERSEL.

On est au-dessus de tout.

M. BOUFFI

Pas absolument , madame ; cependant ma fortune est louvrage de dix ans, et je crois que cela prouve le mérite; mais j'ai toujours devant les yeux ces diables de gens de quaiil(' , qui se croient au-dessus de tout le monde, et cela me tracasse.

iM™e DE CLERSEL.

Il faut laisser à chacun sa chimère. Venons à l'affaire dont on m'a dit que vous aviez à me parler, monsieur Bouffi.

M. BOUFFI

Madame , j'ai envie de me marier, et je crois être un assez bon parti.

JJ4 LE FnirON' OnOtEILLEUX.

M">' DE CLERSEL.

Sûrement.

M. BOUFFI

CrpenHanl je voudrais être encore meilleur, cl c'est pour cela que je yeux rac mnrier.

M""* DE CLERSEL.

Je ne vous comprends pas.

M. BOUFFI

Je vais m'expliquer : ce n'est |.as assez d'être riclie . il faut avoir un état, et c'est ce qui m'occupe depuis long-temps.

W"" DE CLERSEL.

Mais le vôtre?...

M. BOUFFI

Kcst rien en comparaison de ce que je dt'sire. J ai pour voisin un liomnic de mes amis, homme de qualité simple; mais son fils n'est pas de même , il aime à vivre , pendant que son père amasse; c'est le baron de Valpreux.

M""" DE CLERSEL.

Ce sont des gens de bonne maison.

M. BOUFFI

Je ne le sais que trop! il a voulu m'ccraser ce baron avec sa qualité, mais avec mon argent j'ai pris le dessus; j ai agrandi ma terre au point qu'elle est dix lois plus grande que la sienne; il aime la chasse , cl il est trcs-borné de tous les côtés par mes possessions.

M™"^ DE CLERSEL.

Vous devez être content.

M. BOUFFI

Point du tout. Il donne des >pectacles chez lui; on v Joue la cninrdic assez bien : qu est-ce que j ai fait chez moi ? je donne des opora-comiquos , cl je lemporte par la musique.

M"" DE CLFRSFL.

Eh bien , cela est encore un trioiiiphe pour vous.

M. Eorrrr.

Qui ne me satisfait point. On dit louiours la comi'die de M. le Baron.

M™e DE CLERSEL.

Et la TÔtre, celle de M. Bouffi?

M. BOUFFI

Oui, madame, voilà ce qui me dcsolc , parce que cela a quelque chose d humiliant 5 je ne voudrais pas qu'il fût audessous de mol , mais je voudrais du moins être son égal.

IM"'^ DE CLERSEL.

Mais s'il vous traite bien?

M. BOUFFI

Il y a toujours dans ses honnêtetés avec moi ce ton supérieur de la qualité ; enfin , il n'envie point mon sort, et, plus riche que lui de beaucoup , je suis réduit à envier le sien.

jUme J3E CLERSEL.

C'est une folie.

M. BOUFFI

Qui me fera mourir de chagrin.

W'^ DE CLERSEL.

Mais que puis-je faire à cela , moi?

M. BOUFFI

Premièrement, favoriser un mariage que je désire, et qui d 'pend entièrement de vous.

IM"'^ DE CLERSEL.

Je vous entends , monsieur Bouffi ; la tournure que vous prenez est très-délicate pour me déclarer votre amour.

M. BOUFFI

Je n'ose point me flatter de vous inspirer de l'amour, madame ; ce n'est point là ce qui me fait désirer de vous épouser,

M'n'= DE CLERSEL.

Mais quoi donc?

M. BOUFFI

Deux raisons : la première, de vous enlever au Bai'on , qui vous aime à la fureur, et qui espère que vous vous rendrez à

son amour.

M™« DE CLERSEL.

Comment savez -vous cela?

lôG LE rUiruN OI4GUE1LLEUX.

M. BOUFFI

Avec (le l'argent , on sait tout ce que l'on veut savoir. Si je puis vous paraître dii^ne «le vous, maflame, je vous ferai marquise ; j ai îles moyens pour cela , et je vous assurerai un tlouaire tle cinquante mille livres de rentes; voilà , je crois , ce que le baron de Yalpreux ne pourra jamais faire avec tout son amour et sa naissance.

M"»^ DF, CLF.RSEL.

Cela nK-rlte d"y penser. Et comment me ferez- vous marquise ?

M. noDFFi.

En faisant ériger ma terre en marquisat. M. le duc de Nervav est votre ami, il est ministre, et rien ne lui sera plus facile.

mme pE CLFRSEL.

Mais il est ami du baron de Valpreux et de son père.

M. BOUFFI

Ont-ils votre parole ?

M^f DE CLERSEL.

Kon , pas absolument.

M. EOUFFI.

El) bien , ne dites rien à M. le duc de nos projets.

M"!» DE CLERSEL.

Vons avez raison. Il m'a fait demander aujourd'hui un rendez-vous ici ; je lui parlerai de votre aifairc.

M, BOUFFI

Et nous conclurons tout de suite le mariage.

M™e DE CLERSEL.

Allons , je n'y perdrai pas un moment.

M. BOUFFI

D'ailleurs , le baron de Valpreus. ne sera pas si riche qii 11 le croit, il peut s'en rapporter à moi.

M'"« DE CLERSEL,

Réellement?

LE FRIPON ORGUEILLEUX. lÔJ

M. BOUFFI

Je n'ai pas riionneiir de vous en dire davantage ; j'ai une attaire à terminer , je reviendrai tout de suite pour savoir la réponse de IVI. le duc de IServay.

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