SCENE III
M"" DE Cr.ERSEL, LE BAROX.
LE BARON
Qu'est-ce que vous failes donc de cet homme-là chez tous, madame?
W^e DE CLERSEL.
Je le vois comme tout le monde,
LE BARON
Cela m'étonne! Quoi, vous empruntez de l'argent?
Mf"' DE CLERSEL.
Je vous r.'ponds que non ; mais il me semble que sans cela on le rencontre partout.
c'est qu'on est peu délicat.
M'"« DE CLERSEL.
D'ailleurs , il a une chose très-commode : partout où il passe la soirée, il ne soupe pas , il n'y a que chez lui.
LE BARON
Par ce moyen, on ne mange point avec lui , cela est vrai ; cependant vous prenez son paru d'une manière qui m'inquiète : ce n'est pas que je lui veuille du mal à IM. Bouffi; il a été élevé dans notre maison , et il a toute la confiance de mon père.
M'"^ DE CLERSEL.
Vous voyez bien que je n'ai pas tort de le recevoir.
LE FRIPON ORGUEILLEUX. lOQ
LE BAPON.
Cela est différent. Il y a bien quelque chose à redire sur la niauière dont il s'est enrichi.
M™" DE CLERSEL.
On croit toujours avoir des reproches à faire aux gens riches.
LE BARON
Eh bien , madame , ne parlons plus de lui , ne parlons que de vous. Vous connaissez ma fortune , et vous devez me connaître assez pour savoir si je suis digne de vous; mon père veut absolument me marier, il croit que mes assiduités auprès de vous m'ont permis d'espérer de vous obtenir.
M'"« DE CLERSEL.
Je ne vous ai pas dit le contraire.
îNon , mais vous ne m'avez rien dit de positif, et il est cei*taln que si je ne vous épouse pas, rien au monde ne pourra plus me toucher ; vous allez faire le malheur de ma vie.
Bime DE CLERSEL.
Vous le croyez , et j'en suis persuadée ; mais vous pourriez obtenir du temps de monsieur votre père.
LE BARON
Et à quoi bon retarder ce qtii peut me rendre le plus heureux homme du monde?
M™e DE CLERSEL.
A éprouver votre amour.
LE BARON
Dites plutôt à me prouver que vous ne m'aimez pas.
M™" DE CLERSEL.
Je ne dis p;is cela.
LE BARON
Mais dites-mol du moins que vous m'aimez.
M'"« DE CLERSEL.
Ce serait m'engager.
LE BAKON.
Et VOUS le craignez , madame? J'ai dos soupçons...
M"" DE CLERSEL.
Quels sont-ils?
Je trouve qu'ils vous avilissent trop pour vous les dire ; mais comparez du moins la différence qu'il y aurait de m'épouser, ou de me préférer....
M""> DE CLERSEL.
Allons, vous êtes fou. Je vous quitte, parce que j'ai à écrire.
( Elle s'ea va. )
LE BARON
Et vous me laissez , sans chercher h me rassurer, sans aucune pilié? Klle ne m'écoute plus!