SCENE PREMIÈRE
Mi'e GOTON, M. BATTU.
3llle GOTON , tenant M. Battu sous le bras.
Mais je ne le vois pas par ici 7
M. BATTU
Qui cela, M. Piquepoint?
]jllle GOTON.
Oui, lui-même. Il craint ma mère, il n'osera pas venir.
M. BATTU
Ne vous embarrassez pas ; il a avec lui un gaillard qui ne craint ni le leu ni Teau.
m"« GOTON.
Qui donc cela?
M. BATTU
c'est un perruquier de ses amis , qui vous fait la barbe, et qui vous frise au fer , il faut voir !
j^jlle GOTON.
Mais M. Piquepoint n'est -il pas aussi un habile tailleur?
M. BATTU
Ail ! je vous en réponds j c'est lui qui m'a retourné cet liabit-là. Voyez s'il y paraît.
M^Je GOTON.
S'il pouvait changer de même la haine que ma mère a pour la sienne !
M. BATTU
Ah dame I écoutez donc , la haine ne se met pas à la calandre comme le drap ; mais on lui donne quelquefois du fil à retordre. Vous l'aimez donc bien M. Piquepoint?
m"« goton.
Je serais trop ingrate si je ne l'aimais pasj^ c'est une ancienne connaissance : ma mère m'avait mise en couture chez la sienne j c'est là où j'ai appris mon métier , et vous sentez bien qu'on ne se voit pas comme cela de près sans se dire un mot.
M. BATTU
Sans doute , et c'est une bonne raison. Enfin , vous verrez si ce que j'ai imaginé ne réussira pas.
jyjlle GOTON.
Je sais bien qu'après vous il faut tirer l'échelle auprès de ma mère ; mais si enfin , quand elle saura son nom , elle ne voulait pas entendre parler de lui?
M. BATTU
Je vous dis que cela n'arrivera pas. J'entends les affaires apparemment 5 je ne suis pas huissier pour rien.
]yille GOTON.
Allons , tant mieux ; parce que , quand on a pris une fois , comme on dit, de l'amour pour un quelqu'un, il serait bien chagrinant après d'être obligée de songer à en prendre pour une autre personne.
M. BATTU
INe craignez rien. Tenez, le voilà M. Piquepoint.