‹ Proverbes dramatiques de CarmontelleChapitre 133 sur 255 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

M. BREMTN, M. DE BELRONDE.

M. DE BELRONDE.

Eh , boDJoar, docteur î II y a bîfen long-temps que Ton ne vous a vu.

M. BREMIN. '

Cela est vrai ; j'ai eu beaucoup d'affaires tous ces temps-ci j et puis, on ne vous voit plus chez la présidente.

M. DE BELRONDE.

Ma foi non ; nous avons eu une tracasserie....

M. BREMIN.

Ah! cela ne peut pas toujours durer.

M. DE BELRONDE.

Vous avez peut-être cru comme tout le monde....

M. BREMIN.

J'ai cru ce qu'il m'a paru qui était.

M. DE BELRONDE.

Vous VOUS trompez, d'honneur. Seriez-vous homme k dîner avec moi , docteur?

C'est selon.

M. DE BELRONDE.

J'entends bien , selon la chère que je vous ferai.

M. BREMIN.

Non j mais c'est que j'ai promis....

M. DE BELRONDE.

Vous n'avez pas promis de manger un guignard?

M. BREMIN.

Un guignard?

M. DE BELRONDE.

Oui , un guignard , et une poule de mer.

M. BREMIN.

Diable! une poule de mer?

GOURMAND. 28 l

M. DE BELRONDE.

Oui , qui est arrivée ce matin , et qui est bien fraîche.

M. BRElVnN.

Mais vous me dites cela froidement j voilà deux choses excellentes en même temps î

M. DE BELRONDE.

Je suis fâché que vous ayez promis .

M. BREMIN.

Promis,.., comme cela.

Je vous ferai avertir quand il m'en reviendra.

M. BREMIN.

Mais , je songe que je pourrais bien manquer à ma promesse.

M. DE BELRONDE.

Il ne faut pas vous gêner ; et puis nous aurions été seuls , et je n'ai que cela , parce que je ne comptais sur personne.

M. BREMIN.

Mais il ne faut pas autre chose.

M. DE BELRONDE.

Pardonnez - moi ', je ne "veux pas vous faire mourir de faim.

M. BREMIN.

Vous VOUS moquez de moi; j'en trouve bien assez,

M. DE BELRONDE.

Eh bien, la première fois que j'en aurai....

M. BREMIN.

Non, je reste ici.

M. DE BELRONDE.

Vrai?

M. BREMIN.

Mais sûrement.

Allons, tant mieux!

M. BREMIN.

Cela sera-t-il bientôt prêt?

M. DE BELRONDE.

Oui, le guignard est à la broche.

M. BREMIN.

A la broche? pardi! ce a me donne appétit, rien qu'à en entendre parler.

M. DE BELRONDE.

Et à moi aussi, mais très-fort.

M. BBEMIN, à part rêvant.

Diable! (Haut, regardant m. de Bclronde.) Qu'est-ce qUC VOUS a-

vez? vous êtes jaune aujourd'hui.

M. DE BELRûïfDE.

Jaune?

M. BRKMIN.

Oui ; je parie que vous n'avez pas pris la dernière médecine que je vous ai ordonnée?

M. DE BELRONDE.

La dernière, non; mais j'en avais pris trois.

M. BREMIN.

Ce n'était pas assez. Voilà comme on se met dans le cas de retomber. Avez-vous dormi cette nuit?

Oui, j'ai dormi huit heures de suite.

M. BREMIN.

Voilà justement ce que je disais.

M. DE BELRONDE.

Comment?

M. BREMIN.

Les liqueurs s'épaisissent, voilà comme une grande maladie commence. Vous êtes bien déraisonnable.

M. DE BELRONDE.

Mais je vous assure que je me porte fort bien.

M. BREMIN.

Fort bien, fort bien! Je parie que vous avez de la lassitude?

M, DE BELRONDE.

De la lassitude?

M. BREMIN.

Oui, de la lassitude.

M. DE BELRONDE.

Il est vraij mais c'est que j'ai couru toute la matinée à pied.

Vous croyez que c'en est la cause?

M. DE BELRONDE.

Sûrement ; pourquoi pas?

M. BREMIN.

Eh, point du tout! Donnez-moi votre main, (il lui tâte le pouls.)

M. DE BELRONDE.

Eh bien?

BI. BREMIN.

Vous n'avez pas voulu faire ce que je vous al dit.

M. DE BELRONDE.

Comment?

M. BREMIN.

Je ne suis point du tout content de ce pouls-là» Il ne faut pas que cela vous inquiète.

M. DE BELRONDE.

Ma isqu est-ce que vous trouvez?

M. BREMIN.

Une plénitude.

M. DE BELRONDE.

Mais je n ai pas soupe hier.

M. BREMIN.

Aussi cela vient-il d'un amas d'humeurs, qui est prêt à faire un ravage horrible. Il faut l'empêcher.

Quoi, docteur, vous croyez

M. BREMIN.

Tenez, ne badinons pas avec cela.

M. DE BELRONDE.

Vous ra'alarmez.

M. BREMIN.

Ecoutez-moi : vous êtes bien heureux que je sois venu ici^ il faut couper court au mal .

M. DE BEL RONDE

Que faut-il faire?

M. BREMIN.

Je ne vous dirai pas de vous coucher, mais de vous tranquilliser, et de boire de Veau de poulet toute la journée : nous verrons ce soir s'il faudra vous saigner.

M. DE BELRONDE.

Je croyais me porter le mieux du monde.

M. BREMIN.

Voilà comme souvent on se trompe , et que Ton ne prévoit rien. Sans moi, je ne sais pas ce qui en serait arrivé.

M. DE BELRONDE.

Je vous remercie bien, docteur. Je ne pourrai donc pas diner?

M. BREMIN.

Dîner? Non, vraiment. Je m'en vais sonner, pour qu'on vous fasse deTeau de poulet, (ii soane.)

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