‹ Proverbes dramatiques de CarmontelleChapitre 142 sur 255 · SAINT-JEAN · texte numérisé non relu

SAINT-JEAN

M. diiMorbois.

M. DU MORBOTS.

Ah , ah, qu'est-ce que tu as donc? Est-ce que tu es malade ?

Oui, vraiment.

M. DU MORBOIS.

Mais je ne comprends pas cela. Tu te portais à merTcille hier au soir.

M. DE BELRONDE.

Sûrement, et ce matin aussi : cela est venu tout d'un coup.

M. DU MORBOrS.

Cela est bien prompt î Tu ne pourras donc pas venir à la pièce nouvelle ?

M. DE BELRONDE.

Eh , mon dieu , non î

GOURMAND. 2QD

M. DU MORBOIS.

Qu'est-ce que tu sens ?

M. DE BELRONDE.

Je suis d'une faiblesse extrême.

M. DU MORBOIS.

Qu est-ce que tu as pris aujourd'hui 7

M. DE BELRONDE.

De Teau de poulet , voilà tout.

M. DU MORBOIS.

Qu est-ce que c'est donc que l'on dessert là 7

C'est le dîner du docteur.

M. DU MORBOIS.

Comment, du docteur 7

M. DE BELRONDE.

Oui, j'avais un guignard et une poule de mer, que je croyais que j'allais manger , quand il est arrivé

M. DU MORBOIS.

Quoi, c'estàtoi... (ilrit.) Ah, je n'en puis plus! (iirit.)

M. DE BELRONDE.

Qu'est-ce qu'il y a donc de si plaisant à cela 7

M, DU MORBOIS.

Oh, c'est une histoire délicieuse ! (ii rit.) Je ne te croyais pas si dupe.

M. DE BELRONDE.

Je crois que tu es devenu fou î

M. DU MORBOIS.

Non j tu en rirais autant que moi , si cela était arrivé à un autre.

M. DE BELRONDE.

Mais quoi 7

M. DU MORBOIS.

Le docteur a tout conté chez madame de Lendort, où j'étais , et où il devait dîner.

Quoi , que j'étais malade?

M. DU MORBOIS , riant.

Oui , que tu étais malade î II ne t'a pas nommé ; mais il a dit qu il avait été prié de manger sa part d'une poule de mer et d'un guignard ; mais qu'ayant eu envie de les manger tout seul, il avait fait accroire à la personne qui l'en priait , qu'elle était malade j qu'il lui avait ordonné de l'eau de poulet, et la diète, pendant qu'il allait bien dîner à ses dépens. Ah, ah, ah, l'aventure est charmante ! (ii rit très-fort.)

M. DE BELRONDE, se levant avoc vivacité.

Comment, je serais sa dupe?

M. DU MORBOIS.

Ah , je t'en réponds .' Je viens de le voir entrer chez madame de Lendort , où il avait promis de revenir à l'entremets.

(Il rit.)

M. DE BELRONDE.

Parbleu , voilà un grand fripon î

M. DU MORBOIS.

Tu es bien heureux d'en être quitte à si bon marché.

M. DE BELRONDE.

Mais c'est que je meurs de faim.

M. DU MORBOIS.

Je le crois.

LAFRANCE.

Monsieur, je vous le disais bien, qu'il fallait toujours manger.

M. DE BELRONDE.

Allons, qu'on me mette des côtelettes , tout ce qu'on trouvera.

LAFRANCE.

Saint- Jean , allez vite. (Saint-Jean sort.)

M. DU MORBOIS.

Tu ne trouves pas l'histoire bonne ; mais conviens pourtant qu'elle est bien plaisante.

M. DE BEL RONDE

Je n'en reviens pas î

M. DU MORBOIS.

Allons , habille-toi en attendant ton dîner.

M. DE BELRONDE.

Je te demande le secret.

M. DU MORBOIS, riant.

Oui, oui.

M. DE BELRONDE.

Ne me nomme pas.

M. DU MORBOIS.

Mais , c'est qu'une histoire ne vaut rien , quand on ne dit pas les noms.

Tu es bien heureux.' Tu ris de tout. Allons, viens avec moi; je vais m'habiller.

M. DU MORBOIS.

Mon dieu j la bonne histoire! (ii s'en va en riant.)

LE

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