DE LA BRUYERE
Voyons, (iiiit.) Quoi, c'est vous qui travaillez dans les domaines ?
M. DUMONT
Oui, monsieur.
M. DE LA BRUYERE.
On vous avait desservi?
M. DUMONT
Monsieur....
M™« DE LA BRUYERE.
D ites naturellement : il est tout simple de se plaindre^ c'est une consolation qu'on ne doit pas se refuser.
M. DUMONT
Si on le pouvait, sans faire tort à ceux dont on a à se plaindre, je crois que cela pourrait être permis ,
M™e DE LA BRUYERE.
Voilà une façon de penser trcs-honnête.
M. DE LA BRUYERE.
Tenez, monsieur Dumont, vous aviez une si bonne réputation, que je vous ai fait chercher partout j je vous ai demandé à M. de la Bonde : il m'a dit qu'il ne savait ce que vous étiez devenu.
M. DUMONT
Je le crois bien, monsieur j c'est lui qui m'a perdu.
Et comment cela?
M. DUMONT
J'avais eu le bonheur de plaire à M. de Rondière, chez qui se tient le bureau....
M. DE LA BRUYERE.
Il m'a beaucoup parlé de vous, M. de Rondière^ c'était ce qui m'avait donné envie de vous avoir.
M™e DE LA BRUYERE.
Laissez-le donc achever, monsieur.
M. DUMON^r.
Eb bien, M. de la Bonde a profité de trois jours, que je n'ai pu quitter ma mère , qui était à toute extrémité , pour me faire ôter mon emploi.
M™»' DE LA BRUYERE.
C'est affreux î Est-elle un peu à son aise , madame votre mère?
M. DUMONT
Ah, madame, c'est là ce qui cause mon désespoir! avec mon emploi je l'aidais à vivre , et je comptais en augmentant
36 LA REGOMMANDATIOIN^.
d'appoialements pouvoir mieux la soulager encore , et Tou m'a ôlé toutes mes ressources I
M™*^ DE LA BRUYERE, à M. de la Bruyère.
Monsieur, est-ce que cela ne vous touche pas? (à m. Dumoui) et est-elle guérie du moins?
M, DUMONT
Non , madame : de cette maladie elle est devenue aveugle , et mon malheur Ta accablée de chagrin. Je vous demande bien pardon de vous exposer tout cela ; mais je ne l'aurais jamais fait , si votre bonté ne m'avait rassuré , sans m'hurailier,
M™e DE LA BRUYERE.
J'aime beaucoup voire façon de sentir, et de penser, monsieur Dumont.
M. DE LA BRUYERE.
Et moi aussi , et je vais vous le prouver.
M°ie j,E LA BRUYERE, à M. de la Bruyère.
Ah, monsieur, que je vous en aurai d'obligation!
M. DE LA BRUYERE.
Vous êtes folle. Je suis trop heureux de pouvoir avoir monsieur Dumont, s'il le veut bien.
M. DUMONT
Monsieur, je suis pénétré de reconnaissance
W^^ DE LA BRUYERE.
Vous lui donnez donc la place que vous avez?
M. DE LA BRUYERE.
Non.
M»De DE LA BRUYERE.
Ah , pourquoi?
M. DE LA BRUYERE.
Parce qu'elle n'est pas assez bonne ; mais comme mon secrétaire est vieux et qu'il a besoin de se reposer, voilà la place que je lui offre : il me faut quelqu'un de confiance, et je crois que je ne peux pas mieux choisir.
M"ie DE LA BRUYERE.
Ah , monsieur, vous me faites un plaisir!
LÀ lŒCOMMAKDATlO.N. .J-
M. DE LA BRUYERE.
El je pense même que pour qu il puisse coulinuer de rendre à sa mère tous ses soins , sans se détourner, nous pourrions lui donner ici un logement.
Mnie DE LA BRUYERE.
Assurément , j'allais vous le proposer^ vous m'avez prévenue.
M. DE LA BRUYERE.
Je suis charmé que nous ayons eu la même idée.
]Vjme DE j^^ BRUYERE à M. Dnmont qui s'appuie surune chaise.
Monsieur Dumont , qu avez-vous ?
M. DUMONT
Madame, je suis si saisi d'étonnement, d'admiration, que tout mon regret est de ne pouvoir pas vous témoigner ma reconnaissance , comme je le désire —