M. LE BLOND, M. DES CISEAUX, LOUIS
M. DES CISEAUX
Ah ! monsieur le Blond , je suis bien votre serviteur.
M. LE BLOND
Pas moins le vôtre , monsieur des Ciseaux j comment va la santé aujourd'hui?
(Ils s'asseyent.)
M. DES CISEAUX
Ahl un peu enrhumé. De ce temps-là, cela ne peut pas être autrement 3 j'ai pourtant des galoches.
M. LE BLOND
Et moi donc, vous verrez que je n'en ai pas aussi. Eh bien , vous allez donc aux Italiens , voir arlequin enfant , statue et perroquet aujourd'hui?
M. DES CISEAUX
Oui, vraiment , il faut bien se dissiper. Ma femme est allée chez sa mère 5 ma foi , j'ai dit comme cela , qu'est-ce que je ferai là? Un wisth , je perdrai mon argent et je m'ennuierai 3 j'aime mieux aller rire à la comédie. J'irai les retrouver à l'heure du souper. Tous devriez y venir 5 nous nous divertirions un peu.
M. LE BLOND
J'irai à la comédie , mais je ne peux pas aller souper avec vous ; nous entamons aujourd'hui un pâté chez ma tante.
M. DES CISEAUX
Elle vit donc toujours la bonne femme?
4lO LA PERRUQUE.
Ah î je VOUS en réponds , et elle est pîus gaie qu'elle n'a jamais été ', enfin , comme dit l'autre , on voit bien quelle est du bon temps. Savez-vous quelque nouvelle?
M. DES CISEAUX
Oui j on dit qu'il y a un homme qui s'est pendu dans la rue Trousse-Vache,
M. LE BLOND
Ah , ah ! Et qu'est-ce qu'il avait donc mangé?
M. DES CISEAUX
Il faisait de la fausse monnaie ; il a cru qu'on allait l'arrêter, il a gagné au pied.
M. LE BLOND
Cela n'est pas étonnant. Je ne sais pas ce qu'on deviendra 3 car personne ne paie, et Ton ne \end rien.
M. DES CISEAUX
C'est le deuil qui est cause de cela.
M. LE BLOND
Ah ! je le sais bien. Tenez , voyez un peu qui est-ce qui est arrêté là en carrosse : connaissez-vous ceia? N est-ce pas madame le Roux ?
M. DES CISEAUX
Eh , vraiment , oui j je crois qu'elle est avec madame Dumont la marchande de fer d'à côté de chez elle. Cela fait deux commères qui se donnent du bon temps. (li tire sa montre.) Mais quelle heure est- il?
M. LE BLOND
Quelle heure il est? Il doit être quatre heures à Sain t-Eus tache.
M. DES CISEAUX
Je parie que vous allez à la comédie , pour voir danser le menuet à Argentine?
M. LE BLOND
Ma foi , écoulez donc , jaimerais mieux la trouver dans mon lit qu'une puce.
M. DES CISEAUX
Vous êtes donc encore galant, monsieur le Blond? Et madame le Biond , qu est-ce qu elle dirait si elle savait cela? J ai envie de le lui dire la prapière fois que je la verrai.
M. LE BLOND
Ahî elle le sait bien.
M. DES CISEAUX présentant du tabac.
Monsieur le Blond, voulez-vous une prise?
M. LE BLOND
Oui-dà j je ne refuse jamais ce quon me donne, (ii prend du tabac.) Il est bien fort votre tabac.
M. DES CISEAUX
C'est qu'il est un peu sec , mais il est bon,
M. LE BLOND
Ab , tenez, tenez! Voilà le commissaire du quartier.
M. DES CISEAUX
OÙ donc ?
Eb, qui parle à un monsieur babillé de rouge.
M. DES CISEAUX
Abî oui, par ma foi, vous avez raison j il faut quil ne me voie pas, car il me salue toujours.
M. LE BLOND
Et moi donc?
M. DES CISEAUX
Monsieur le Blond, voulez- vous boire un verre de bière? J'ai mangé des barengs qui m'ont altéré comme tous les diables.
M. LE BLOND
Eh moi aussi. Il n j a qu'à en demander. Louis?
LOUIS
Monsieur, qu esl-ce qu'il y a pour votre service?
M. DES CISEAUX
Donnez-nous une bouteille de bière.
4l2 Ï.A PERRUQUE. «
M. LE BLOND
Qui soit bonne.
LOUIS
Vous serez contents, messieurs. Voulez-vous des ecliaiidés? %
Non, non, ce n'est pas la peine.
M. DES CISEAUX
Parbleu, je crois que vous avez une perruque neuve?
M. LE BLOND
Oui, du jour : comment la trouvez-vous?
M. DES CISEAUX
Fort bien. Moi, je suis malheureux en perruques; on me les fait toujours trop courtes. Aussi, quand je vais chez mes pratiques, leurs gens, sans me parler seulement, leur disent : Monsieur, votre tailleur est là dedans; ceux qui me voient passer dans la rue, disent : Voilà un tailleur; et si je me trouve en campagnie, on me dit à moi-même : Monsieur est sans doute tailleur? Cela me fait enrager.
M. LE BLOND
Il est vrai qu on ne peut pas s'y tromper.
M. DES CISEAUX
Ma femme me gronde toujours pour cela, quand je vais avec elle quelque part^ je ne sais comment faire.
M. LE BLOND
Ehl prenez mon perruquier.
M. DES CISEAUX
Pardi, vous avez raison. Comment s*appelle-t-il?
M. LE BLOND
M. Cheveux.
M. DES CISEAUX
M. Cheveux? Où demeure-t-il î
Je ne sais pas bien, parce quil a déménagé j mais il vient ici tous les lours.
M. DES CISEAUX
Je voudrais bien qu'il y vînt aujourcVhui.
M. LE BLOND
Il ne tardera sûrement pas, attendez-le.
LOUIS
Messieurs, voilà votre bouteille de bière. Voulez -vous que je la verse?
M. DES CISEAUX
Oui, à monsieur.
M. LE BLOND
Allons, à vous.
M. DES CISEAUX
Ne voulez-vous pas faire des façons entre liomines !
M. LE BLOND
Comme vous voudrez.
M. DES CISEAUX
Buvez donc.
M. LE BLOND
Je vous attends. Allons, à votre santé.
M. DES CISEAUX
Et mol de même.
(Us boivent.)
LOUIS
Ces messieurs ne veulent plus rien?
M. DES CISEAUX
Non, laissez-nous.
M. LE BLOND
Et parbleu, vous êtes trop heureux, le voilà M. Cheveux.
M. DES CISEAUX
Vient-il ici?
M. LE BLOND
Oui, vraiment.
M. DES CISEAUX
Allons, tant mieux, tant mieux! cest bon.