M. DES CISEAUX, M. CHEVEUX, M. LE BLOND, UN PAUVRE
LE PAUVRE
Messieurs , ayez pitié cVun pauvre estropié , qui n'a jamais connu son père, ni sa mère , depuis qu il est au monde , et qui ne peut pas gagner sa vie.
M. LE BLOND
Nous n'avons rien à vous donner.
LE PAUVRE
Eh , messieurs! je vous demande bien p.-jrdon -, mais , monsieur, je n'ai ni femme ni eniants qui puissent demander pour moi^ sans cela
M. CHEVEUX
Allons, laissez-nous donc.
LE PAUVRE. mnohii:
Si je pouvais gagner ma pauvre vie ; mais je ne sais ni lire ni écrire ; je n'ai ni encre , ni papier, ni plumes -, je ne saurais me faire écrivain , messieurs.
M. DES CISEAUX
Quand on vous dit de vous en aller.
LE PAUVRE
Eh , monsieur le Président , si vous vouliez dire à vos gens de me donner quelque chose?
M. DES CISEAUX
Président?
LE PAUVRE
Oui , monsieur le Président.
M. DES CISEAUX
C'est bien plus que conseiller?
M. CHEVEUX
Sans doute.
420 LA PEiiRUQUE.
M. DES CISEAUX
Attendez. (Il fouille dans sa poche.)
LE PAUVRE
Oni, monsieur, vous ne pouvez pas faire une plus grande charité -, car il y a si long-temps que je n ai mangé , que je lai presque oublié.
M. CHEVEUX
Vous n'avez pas oublié de boire.
LE PAUVRE
Non , monsieur, Dieu merci. C'est une grâce qu'il m'a faite 'y cela est cause que je n'ai jamais été enragé.
M. DES CISEAUX , regardant son argent.
Je n'ai pas de monnaie ; j'ai envie de lui donner ma vieille perruque : aussi bien je ne veux plus la revoir.
M. LE BLOND
Eb bien oui, il la vendra,
M. CHEVEUX
Tenez , mon ami , voilà une perruque que M. le Président vous donne.
LE PAUVRE
Et la tête ?
M. DES CISEAUX
Comment, la tête?
LE PAUVRE
Oui , niousieurj c'est que je la brûlerais pour me chauffer?
M. DES CISEAUX
Quoi, ma tête?
LE PAUVRE
Je dis , monsieur, la tête à perruque.
M. CHEVEUX
C'est qu'il a cru que c'était une tête de bois.
LE PAUVRE
Oui, monsieur 5 est-ce qu'elle est de pierre?