M«»« DE MONGAST, M. DE VALPIERRE
M™o DE MONGAST, en entrant.
Tenez , Valpierre , asseyez-vous là . ,>
M. DE VALPIERRE
Qu est-ce que ce ton sérieux signifie?
M™« DE MONGAST.
Vous allez le savoir. Je vous ai prié de venir ici aujourd'hui de bonne heure, parce que je veux vous parler avant que votre ami Saint-Guy arrive j car je ne doute pas qu'il ne vienne cette après-dînée.
M. DE VALPIERRE
Si ce que je soupçonne est vrai , je n'en serais pas surpris non plus.
M™« DE MONGAST.
Que soupçonnez -vous 7
M. DE VALPIERRE
Qu'il vous aime.
IM^e DE MONGAST.
Voilà précisément ce que je voudrais savoir.
M. DE VALPIERRE
Et vous vous adressez à moi pour cela? Comme si les femmes ne connaissaient pas mieux que nous ce qui se passe dans notre âme. Et puis ne vous l'a-t-il pas dit?
M^e DE MONGAST.
Je sais ce qu'il m'a dit , et ce que je voudrais qui fut.
M. DE VALPIERRE
Vous l'aimez, vous, madame?
478 l'amaint
m"»" de mongast.
Ce n'est pas là ce qae je veax vous dire.
M. DE VALPIERRE
Eh bien, je le devine, et je trouve Saint-Gny bien heureux j car je vous avoue que sans Taraour que j'ai pour madame de Fourville, je crois que j'aurais été amoureux de vous.
Mme £,£ MONGAST.
Voulez-vous que je le lui dise 7
M. DE VALPIERRE
Ah ! gardez-vous-en bien , ne plaisantez pas là-dessus.
Mme UE MONGAST.
Laissons cela. Parlez-moi vrai : croyez-vous la rupture de Saint-Guy et de madame de Bonpart sans retour absolument?
M. DE VALPIERRE
Je crois pouvoir vous l'assurer. Il y a six mois qu'ils ne se sont vus.
M™e DE MONGAST.
Mais , croyez-vous que Saint-Guy en soit entièrement détaché?
M. DE VALPIERRE
Oui , car il ne m'en parle plus , ni en bien ni en mal.
M^e DE MONGAST.
Il l'a vivement aimée ?
M. DE VALPIERRE
On ne peut pas davantage. La maladie qu'il a eue n'a été causée que par la violence du chagrin qu'il a ressenti de se voir abandonné par elle. Il lui en est même resté une impression de tristesse....
Mme DE MONGAST.
Il me semble qu'elle diminue de jour en jour.
M. DE VALPIERRE
Le plaisir qu'il goûte auprès de vous fait ce miracle^ sans doute.
M^e DE MONGAST.
Il faut vous l'avouer, je le désire ardemment.
M. DE VALPIERRE
Mais ne vous a-t-ilpas dit qu'il vous aime?
aime DE MONGAST.
Il me l'a dit , il est vrai -, mais s'il se trompait lui-même , si le désir d'eflacer le souvenir de madame de Bonpart était le seul motif qui l'engageât, qu'en pourrais-je espérer?
De le rendre le plus heureux des hommes. La comparaison qu'il fera de vous à elle , tournera toute à votre profil.
M™e DE MONGAST.
Ah , Valpierre ! je voudrais m en assurer.
M. DE VALPIERRE
J'imagine une chose : pour réprouver, rendez-le jaloux.
jvpie DE MONGAST.
Le conseil n'est pas mauvais ; mais de qui?
M. DE VALPIERRE
De qui vous voudrez.
M™e DE MONGAST.
Eh bien, de vous.
M. DE VALPIERRE
Cela ne se peut pas^ il sait que j'aime madame de Fourville.
M™^ DE MONGAST.
Il sait aussi que Ton peut être infidèle.
M. DE VALPIERRE
Les hommes ne savent point cela .
IVime DE MONGAST.
Allons, faites ce que je vais vous dire.
M. DE VALPIERRE
; Non, réellement, je ne saurais y consentir.
M™e DE MONGAST.
Cependant je ne peux me fier qu'à vous pour faire cette épreuve.
M. DE VALPIERRE
Que voulez-vous que je fasse?
48o . L'AMAl'iT
M™e DE MONGAST.
Que vous m'écriviez un billet.
M. DE VALPIERRE
Il vaut mieux, pour le rendre jaloux, que ce soit vous qui m'écriviez.
ÎM™e DE MONGAST.
Ne plaisantez pas, écrivez.
M. DE VALPIERRE
Je le veux bien, mais je ne changerai rien à ce que je vais écrire, je vous en avertis, (ii écrit.)
IM™e DE MONGAST, le regardant écrire.
Aliî qu est-ce que vous écrivez là.
M. DE VALPIERRE
Laissez-moi finir, (ii écrit.) Tenez, voilà tout ce que je peux faire pour vous.
Mine DE MONGAST.
Voyons.
« Si je veux vous en croire, madame, vous m'aimezj mais » est-ce assez de le dire? Vous êtes sure de mon cœur; que » rien ne retarde plus mon bonheur, madame , je vous en n suppHe . »
En vérité, Valpierre, quel usage voulez-vous que je fasse de ce billet-là? Il est indécent.
M. DE VALPIERRE
Comment, indécent?
M^"'' DE MONGAST.
Mais, assurément. « Que rien ne retarde plus mon bonheur ! »
M. DE VALPIERRE
Savez-vous, mesdames, que votre délicatesse vous fait souvent voir de Tindécence où il n'y en a pas?
Mine DE MONGAST.
Voyons un peu comment vous me prouverez cela.
M. DE VALPIERRE
Rien n'est plus aisé. « Que rien ne retarde plus mon bonlîeur, » cela veut dire, consentez à m'épouser.
MALGRÉ LUI. 4-8l
jXmc DE MONGAST.
Allons, allons,
M. DE VALPIERRE
Qu est-ce donc que vous croyiez que cela voulait dire?
M^ie DE MONGAST.
Vous avez raison.
J'entends un carrosse, (ii va regarder à la fanétre.) C'cst Saint- Guy.
Mme DE MONGAST.
Eli bien, restez ici. Dites qu'on est allé me chercher dans le jardin, et faites-le parler de moi.
M. DE VALPIERRE
Laissez-moi faire.
Mme DE MONGAST.
J'écouterai, et je paraîtrai quand A le faudra.
M. DE VALPIERRE
Allez-vous-en donc.