‹ Proverbes dramatiques de CarmontelleChapitre 27 sur 255 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

Lk MARQUISE, LE COMTE.

LA MARQUISE , prenant des glaces.

Eh bien , Comte , pourquoi donc ne prenez-vous pas des glaces ? *

LE COMTE

Je ne m'en soucie pas,

LA MARQUISE

Allons , je veux que vous preniez cette tasse. (Elleinî donne «ne

tassedeglaces.)

LE COMTE

Tout comme il vous plaira. (Il prend la tasse de gUce».) LA MARQUISE.

Comptez-vous souper avec moi ce soir?

LE COMTE

Ce soir?

LA MARQUISE

Oui, ce soir. Qu est-ce que cette question a d'extraordinaire ?

LE COMTE

Rien. Oui , madame , j'y souperal.

Vous y souperez? je vous réponds bien que non.

LE COMTE, à part.

O Ciel , aurait-elle deviné?. . .. Madame , il est vrai que j'ai voulu vous cacher que je partais ce soir , de crainte de vous affliger.

LA MARQUISE

De crainte de m'affliger ?

LE COBITE.

Oui , madame , j'ai craint la douleur que peut causer une séparation , quoique de peu de jours , quand on aime aussi vivement que

LA MARQUISE

Quoi , VOUS pouvez feindre à ce point-là ! pourquoi âflfècter une tendresse que vous ne sentez plus?

LE COMTE

Moi, madame? je veux mourir....

LA MARQUISE

Vous n'allez pas chez le baron de Granvilliers? Vous vous troublez. Ce n'est pas tout , il doit vous présenter à la marquise deMéranci, que vous allez épouser.

LE COMTE

Ah , madame , vous pouvez me soupçonner d*une pareille perfidie?

LA MARQUISE

Vous avez l'audace de nier ?

LE COMTE , voulant fuir.

Permettez

LA MARQUISE

Non, arrêtez, et écoutez-moi , je le veux.

LE COMTE

Eh bien , accablez-moi , madame , je le mérite ; mais si vous saviez....

LA MARQUISE

Taisez- vous. Rien ne peut vous justifier, non : depuis longtemps je ne vois en vous que de la froideur, on ne trompe point un cœur sensible et délicat, sans quil s'en aperçoive^ je n'ai pas voulu me plaindre, je me suis même flattée d'un retour que vous deviez à Tamour le plus tendre : c'était vainement. Je ne vous en ferai point de reproches, vous ne méritez pas que je m'abaisse jusqu'à ce point-là ; je reconnais que vous êtes indigne de ma tendresse , et je ne vous aime plus.

LE COMTE

Vous ne m'aimez plus î

LA MARQUISE

Non 'y mais je dois une vengeance à l'amour outragé , elle est remplie : je viens de vous empoisonner ainsi que moi , en prenant des glaces.

56 tE FAUX

LE COMTE

Que dîtes- VOUS 7 qaoi î

LA MARQUISE

Mais, vous me survivrez, je nai rien épargné pour hâter l'instant de ma mort. Adieu .

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