LE COMTE, M. MARCELIN, LAFLEUR
M. MARCELIN, à Lafleur.
Mais encore, quel mal a-t-il votre maître?
LAFLEUR
Monsieur, je n'en sais rien, je crois qu'il est enragé.
M. MARCELIN, voulant fuir.
Enragé 7
LE COMTE, à M. Marcelin que Lafleur retient.
Monsieur Marcelin, j'attends de vous la vie.
Ah, monsieur le Comte, je vous en prie, ne m'approchez pas.
LE COMTE
Par pitié, monsieur Marcelin, écoutez-moi, je suis empoisonné.
M. MARCELIN
Empoisonné?
LE COMTE
Oui, monsieur.
M. MARCELIN
Sûrement ?
LE COMTE
Hélas , il n est que trop vrai î
M. MARCELIN
A la bonne heure. Tant mieux, tant mieux ; calmez-vous.
LE COMTE
Mais, monsieur, je vais peut-être tomber mort à vos pieds.
M. MARCELIN
Doucement, doucement; asseyez-vous. Donnez-moi votre main.
LE COMTE
Eh;, monsieur, aurai-je le temps de
Oui, oui, ne vous mettez pas en peine. Mais vraiment, votre pouls est fort agité. Répondez- moi.
LE COMTE
Oui, monsieur.
M. MARCELIN
Je ne puis vous faire de remède sans savoir quelle est la cause du mal.
LE COMTE
Je vous ai déjà dit que c'était le poison.
M. MARCELIN
Oui , oui , c'est le poison , fort bien ; le pouls l'indique aussi, je vous comprends.
LE COMTE
Ordonnez donc sans larder ce qu'il faut faire. Lafleur, va , cours.
M. MARCELIN
Arrêtez , mon enfant , examinons avant de rien ordonner. Oue sentez-vous ?
LE COMTE
Ce que je sens 7
M. MARCELIN
Oui j avez-vous des cordlalgies 7
Des cordialgies7 Eh, monsieur;....
M. MARCELIN
Je vois que vous ne m'entendez pas. Avez-vous des nausées , des maux de cœur 7
LE CO]\ITE
J'ai tous les maux ensemble, et je vous prie, hâtez-vous d'empêcher les progrès du poison.
M. MARCELIN
Sentez-vous des douleurs dans la région hypogastrique 7 h jpogastrique , ou aux deux hypocondres7
LE COMTE
J'ignore
M. MARCELIN
Je vais m'expliquer, un moment, c'est-à-dire, dans Testomac ou dans le ventre 7
LE COMTE
Assurément.
M. MARCELIN
Dans les lombes , ou dans les reins 7
LE COMTE
Oui, oui.
M. MARCELIN
Mais ensemble dans les différentes régions , rien n'indique la nature du poison.
Eh, qu'importe 7
M. MARCELIN
Comment, qu'importe 7 un remède pour un autre peut hâter votre mort ; il faut le connaître nécessairement pour vous donner un contre-poison sûr.
6o LE FAUX
LE COMTE
Je le crois ; mais le temps se perd.
M. MARCELIN
Point d'impatience. De quelle manière avez -tous pris ce poison?
LE COMTE
Dans une tasse de glaces -, la voilà.
M, MARCELIN, mettant ses lunettes et regardant les tasses.
La voilà?
LE COMTE
Regardez-là. Je mourrai sûrement d'impatience, si je ne me meurs pas de Teffet du poison.
M. MARCELIN
Je ne vois rien là de décisif, il faut que ce soit Attendez, comment est-ce que cela s'appelle en grec?.... je ne saurais trop vous dire cela ne me revient pas.
LE COMTE
Eh , monsieur, appelez quelqu'un à votre secours , si vous ne pouvez rien faire tout seul.
Quoi , monsieur, vous m'insultez?
LE COMTE
Eh non, monsieur, mais de grâce
M. MARCELIN
Vous ne savez pas à qui vous avez affaire.
LE COMTE
Je vous demande pardon.
M. MARCELIN
Allons, je n'y prendrai pas garde, parce que le cas est pressé. Cependant il faudrait savoir.....
LE COMTE
Eh , monsieur, la Marquise est dans le même cas que moi , voulez-vous aussi la laisser périr?
M. MARCELIN
Madame la Marquise ?
EMPOISONNEMENT. Dl
LE COMTE
Oui, sans doute, et elle doit savoir quel est le poison que nous avons pris tous les deux.
M. MARCELIN
Une femme que j'aime , que je respecte , il faut la secourir promptemeut.
LE COMTE
Oui, sans doute, monsieur, je vous en conjure... Lafleur, appelle Julie , cherche-làj je crains quil ne soit trop tard j dieux! et c'est moi qui la tue !
(Lafleur sort.)