SCENE PREMIÈRE
Mi'« DE SAINT-AURÈLE, M. DE VALBERT.
M^'e DE SAINT-AURÈLE.
Comprenez-vous bien ce que je vous dis?
ai. DE VALBERT.
Oh , sûrement ; je vous écoute avec attention.
M^'® DE SAINT-AURÈLE
C'est que quelquefois vous êtes si distrait en écoutant....
M. DE VALBERT
Je vous jure que je ne pense qu'à vous , que je ne parle que de vous , et que je ne suis jamais occupé d'autre chose.
m"« DE SAINT-AURÈLE.
Oui, quand il ne le faut pas ; et je suis sûre que ce sont vos distractions qui auront appris à mon père que nous nous aimons.
M. DE VALBERT
Oh, je ne suis plus distrait.
M^'^ DE SAINT-AURÈLE
Vous ne Têtes plus 7
Non, non, je me suis bien corrigé.
m}^^ DE SAINT-AURÈLE.
Qui, très-bien. En sortant hier de la maison où nous avons soupe, vous avez fait à madame de Berly toutes les questions que vous me faites ordinairement , et toujours en l'appelant mademoiselle.
M. DE VALBERT
Moi?
M'^e DE SAINT-AURÊLE.
Je VOUS ai entendu lui parler de son père, qui est mort il y a dix ans. Vous lui demandiez s'il sortirait aujourd'hui.
M. DE VALBERT
Cela n'est pas possible.
M^^® DE SAINT-AURELE
Cela ne devrait pas être ; mais, avec vous, cela n'est pas étonnant. Songez donc à tout ce que vous devez faire pour déterminer madame votre mère à faire parler à mon père -, car, comme je vous le répète, je suis persuadée qu'il songe trèssérieusement à me marier ; et s'il s'entête une fois de quelque projet , vous pouvez compter que rien ne le fera changer de système.
M. DE VALBERT
Vous croyez donc qu'il n'aura pas de répugnance à vous marier avec moi?
Non, à présent. Il y a huit jours cela aurait été différent j votre procès n'était pas gagné, et votre fortune n'était pas assurée comme elle l'est actuellement.
M. DE VALBERT
Je ne vous en aimais pas moins , et ce ne serait pas votre fortune qui me ferait changer de sentiment.
M^^e DE SAINT-AURÈLE.
Je le crois ; mais ce n'est pas de ma fortune qu'il était question, c'était de la vôtre.
M. DE VALBERT
Ai-je dit autre chose?
m"« de SAINT-AURÊLE.
Voilà ce que j'avais de pressé à vous dire , et c'est ce qui m'a fait désirer de vous voir ce soir, avant que mon père fût rentré.
M. DE VALBERT
Quoi ! vous n'avez pas auU'e chose à me dire? Ah , vous ne m'aimez plus l
m"« de s^int-aurêle.
Mais je crois que vous êtes fou?
M. DE VALBERT
Oui, je le suis, d'aimer une ingrate....
M^I^ DE SAINT-AURELE
Sûrement vous plaisantez : où est Tingratitude de vous presser de faire tout ce qu'il est possible pour déterminer mon père en votre faveur 7
Ah, je vous demande pardon.
m"« de saint-aurèle.
Vous voyez bien que j'avais raison de vous reprocher vos
distractions, puisque même dans ce moment-ci vous
Maisqu'entends-je? Je crois que c'est mon père qui rentre déjà.
M. DE VALBERT
Je vais m'en aller.
M"e DE SAINT-AURÈLE.
Et par où? Vous le rencontreriez sûrement. Écoutez, je vais vous cacher dans ce cabinet....
M. DE VALBERT
C'est bien dit. (Il va pour y entrer.)
M"e DE SAINT-AURÈLE.
Attendez donc j il ne viendra peut-être pas ici tout de suite: il se déshabille toujours de l'autre côté.
M. DE VALBERT
Eh bien, que faut-il que je fasse?
m"« de saint-aurèlf.
Quand Usera endormi, vous sortirez du cabinet.
M. DE VALBERT
Pour aller vous trouver dans votre chambre?
M^'^ DE SAINT-AURELE
Non pas, s'il vous plaît 5 pour vous en aller chez vous.
Rien n'est plus aisé.
m"« de SAINT-AURÊLE.
Oui, pour un autre j mais pour vous
M. DE VALBERT
]Ne craignez rien.
M"e DE SAINT-AURÈLE.
S'il éteint sa lumière, vous ne trouverez jamais la porte , et vous ferez du bruit.
M. DE V ALBERT
Ob, la porte ! elle est à gauebe. (ii montre à droite.)
M^^^ DE SAINT-AURÈLE
Oui, à gauebe, de ce coté là?
M. DE VALBERT
Qu'est-ce que cela fait, pourvu que je vous réponde de la trouver 7
M^l^ DE SAINT-AURÈLE.
Mais je crains que vous ne fassiez du bruit , et que mon père ne se réveille.
M. DE VALBERT
Eb bien, il croira que c'est son cbien.
M"e DE SAINT-AURÈLE.
Et pourquoi voulez-vous qu'il le croie ?
C'est que je le contrefais à merveille.
M"e DE SAINT-AURÈLE.
Vous?
M. DE VALBERT
Oui ; VOUS ne vous souvenez pas qu'avec mon mouciioir je contrefaisais le bruit quil faitquand il se gratte la teigne qu'il a à l'oreille?
m'^^ de SAINT-AURÈLE.
c'est de Jupiter que vous voulez parler?
M. DE VALBERT
Oui; voulez-vous que je vous montre? (Il secoue son mouchoir. ^ Écoutez, écoutez.
m"<^ DE SAINT-AURÈLE.
Eb non, non.
M. DE VALBERT
Vous ne youlez pas entendre?
M"e DE SAINT-AURÊLE.
Eh ! Jupiter est mort il y a six mois.
M. DE VALBERT
Mais il en a un autre, c'est la même chose.
Point du tout, Sultan ne se gratte pas. En vérité, vous me faites trembler l
M. DE VALBERT
Soyez tranquille.
m"« de saint-aurèle.
Je ne saurais l'être , et si mon père vient à découvrir que vous êtes ici, cela l'irritera contre nous deux, et détruira tous nos projets.
M. DE VALBERT
Ne craignez rien, je vous réponds de tout.
M"e DE SAINT-AURÊLE.
Ne sortez pas qu'il ne soit bien endormi ....
M. DE VALBERT
Oui, oui.
M"e DE SAINT-AURÈLE.
Que lorsque vous l'entendrez ronfler. Je crois que le voilà qui vient. Entrez dans le cabinet.
(M. de Valbert entre dans le cabinet.)