‹ Proverbes dramatiques de CarmontelleChapitre 41 sur 255 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

Mi'« DE SAINT-AURÈLE, M. DE VALBERT.

M^'e DE SAINT-AURÈLE.

Comprenez-vous bien ce que je vous dis?

ai. DE VALBERT.

Oh , sûrement ; je vous écoute avec attention.

M^'® DE SAINT-AURÈLE

C'est que quelquefois vous êtes si distrait en écoutant....

M. DE VALBERT

Je vous jure que je ne pense qu'à vous , que je ne parle que de vous , et que je ne suis jamais occupé d'autre chose.

m"« DE SAINT-AURÈLE.

Oui, quand il ne le faut pas ; et je suis sûre que ce sont vos distractions qui auront appris à mon père que nous nous aimons.

M. DE VALBERT

Oh, je ne suis plus distrait.

M^'^ DE SAINT-AURÈLE

Vous ne Têtes plus 7

Non, non, je me suis bien corrigé.

m}^^ DE SAINT-AURÈLE.

Qui, très-bien. En sortant hier de la maison où nous avons soupe, vous avez fait à madame de Berly toutes les questions que vous me faites ordinairement , et toujours en l'appelant mademoiselle.

M. DE VALBERT

Moi?

M'^e DE SAINT-AURÊLE.

Je VOUS ai entendu lui parler de son père, qui est mort il y a dix ans. Vous lui demandiez s'il sortirait aujourd'hui.

M. DE VALBERT

Cela n'est pas possible.

M^^® DE SAINT-AURELE

Cela ne devrait pas être ; mais, avec vous, cela n'est pas étonnant. Songez donc à tout ce que vous devez faire pour déterminer madame votre mère à faire parler à mon père -, car, comme je vous le répète, je suis persuadée qu'il songe trèssérieusement à me marier ; et s'il s'entête une fois de quelque projet , vous pouvez compter que rien ne le fera changer de système.

M. DE VALBERT

Vous croyez donc qu'il n'aura pas de répugnance à vous marier avec moi?

Non, à présent. Il y a huit jours cela aurait été différent j votre procès n'était pas gagné, et votre fortune n'était pas assurée comme elle l'est actuellement.

M. DE VALBERT

Je ne vous en aimais pas moins , et ce ne serait pas votre fortune qui me ferait changer de sentiment.

M^^e DE SAINT-AURÈLE.

Je le crois ; mais ce n'est pas de ma fortune qu'il était question, c'était de la vôtre.

M. DE VALBERT

Ai-je dit autre chose?

m"« de SAINT-AURÊLE.

Voilà ce que j'avais de pressé à vous dire , et c'est ce qui m'a fait désirer de vous voir ce soir, avant que mon père fût rentré.

M. DE VALBERT

Quoi ! vous n'avez pas auU'e chose à me dire? Ah , vous ne m'aimez plus l

m"« de s^int-aurêle.

Mais je crois que vous êtes fou?

M. DE VALBERT

Oui, je le suis, d'aimer une ingrate....

M^I^ DE SAINT-AURELE

Sûrement vous plaisantez : où est Tingratitude de vous presser de faire tout ce qu'il est possible pour déterminer mon père en votre faveur 7

Ah, je vous demande pardon.

m"« de saint-aurèle.

Vous voyez bien que j'avais raison de vous reprocher vos

distractions, puisque même dans ce moment-ci vous

Maisqu'entends-je? Je crois que c'est mon père qui rentre déjà.

M. DE VALBERT

Je vais m'en aller.

M"e DE SAINT-AURÈLE.

Et par où? Vous le rencontreriez sûrement. Écoutez, je vais vous cacher dans ce cabinet....

M. DE VALBERT

C'est bien dit. (Il va pour y entrer.)

M"e DE SAINT-AURÈLE.

Attendez donc j il ne viendra peut-être pas ici tout de suite: il se déshabille toujours de l'autre côté.

M. DE VALBERT

Eh bien, que faut-il que je fasse?

m"« de saint-aurèlf.

Quand Usera endormi, vous sortirez du cabinet.

M. DE VALBERT

Pour aller vous trouver dans votre chambre?

M^'^ DE SAINT-AURELE

Non pas, s'il vous plaît 5 pour vous en aller chez vous.

Rien n'est plus aisé.

m"« de SAINT-AURÊLE.

Oui, pour un autre j mais pour vous

M. DE VALBERT

]Ne craignez rien.

M"e DE SAINT-AURÈLE.

S'il éteint sa lumière, vous ne trouverez jamais la porte , et vous ferez du bruit.

M. DE V ALBERT

Ob, la porte ! elle est à gauebe. (ii montre à droite.)

M^^^ DE SAINT-AURÈLE

Oui, à gauebe, de ce coté là?

M. DE VALBERT

Qu'est-ce que cela fait, pourvu que je vous réponde de la trouver 7

M^l^ DE SAINT-AURÈLE.

Mais je crains que vous ne fassiez du bruit , et que mon père ne se réveille.

M. DE VALBERT

Eb bien, il croira que c'est son cbien.

M"e DE SAINT-AURÈLE.

Et pourquoi voulez-vous qu'il le croie ?

C'est que je le contrefais à merveille.

M"e DE SAINT-AURÈLE.

Vous?

M. DE VALBERT

Oui ; VOUS ne vous souvenez pas qu'avec mon mouciioir je contrefaisais le bruit quil faitquand il se gratte la teigne qu'il a à l'oreille?

m'^^ de SAINT-AURÈLE.

c'est de Jupiter que vous voulez parler?

M. DE VALBERT

Oui; voulez-vous que je vous montre? (Il secoue son mouchoir. ^ Écoutez, écoutez.

m"<^ DE SAINT-AURÈLE.

Eb non, non.

M. DE VALBERT

Vous ne youlez pas entendre?

M"e DE SAINT-AURÊLE.

Eh ! Jupiter est mort il y a six mois.

M. DE VALBERT

Mais il en a un autre, c'est la même chose.

Point du tout, Sultan ne se gratte pas. En vérité, vous me faites trembler l

M. DE VALBERT

Soyez tranquille.

m"« de saint-aurèle.

Je ne saurais l'être , et si mon père vient à découvrir que vous êtes ici, cela l'irritera contre nous deux, et détruira tous nos projets.

M. DE VALBERT

Ne craignez rien, je vous réponds de tout.

M"e DE SAINT-AURÊLE.

Ne sortez pas qu'il ne soit bien endormi ....

M. DE VALBERT

Oui, oui.

M"e DE SAINT-AURÈLE.

Que lorsque vous l'entendrez ronfler. Je crois que le voilà qui vient. Entrez dans le cabinet.

(M. de Valbert entre dans le cabinet.)

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