LA MARQUISE, LE CHEVALIER
LA MARQUISE
Entrez donc ici, Chevalier.
LE CHEVALIER
Me voilà, me voilà.
LA MARQUISE
Mais dites-moi donc , qu'est-ce que c'est que toutes ces folies que vous faites devant une femme- de - cliambre que je n'ai que d'hier, et que je ne suis pas encore déterminée à garder?
LE CHEVALIER
Bon î ne sont-elles pas accoutumées à cela?
LA MARQUISE
Celle-ci me déplaît.
LE CHEVALIER
Eh bien, renvoyez la.
LA MARQUISE
Oui 'y et elle ira dire que vous êtes avec mol d'une familiarité.... Voyez à quoi vous m'exposez, à garder une créature qui est d'une maussaderie insoutenable.
Mais est-ce qu'on ne renvoie jamais de femmes-de-chambre? ,
LA MARQUISE
Je crois que c'est toujours très-mal. Je n'ai laissé marier Julie, que parce qu'elle voulait me quitter. Je lui ai même persuadé que Lebrun en était amoureux, et il n'y pensait seulement pas.
loo l'ambissadeur.
LE CHEVALIER, riant.
C'est délicieux î
LA MARQUISE
C'est poartant vous qui en êtes la cause.
LE CHEVALIER
Vous ne m'en avez jamais parlé. Ce pauvre Lebr un a donc été sacrifié?
LA MARQUISE
Comment, sacrifié ?
LE CHEVALIER
Oui, Julie n'est rien moins que belle.
LA MARQUISE
Elle l'est assez pour lui. Mais pourquoi allez-vous à Choisy aujourd'hui?
LE CHEVALIER
Parce que le Comte m'a mandé que j'étais sur la liste.
Est-ce que vous l'en aviez chargé ?
LE CHEVALIER
Mais, oui.
LA MARQUISE
A propos de quoi , lui surtout qui ne se souvient jamais de rien? Il est bien étonnant qu'avec ses distractions il y ait songé.
LE CHEVALIER
Mais c'est qu'il est fort mon ami.
LA MARQUISE
Voire ami? Ne lui faites pas de confidence toujours.
LE CHEVALIER
Bon ! vous croyez que par distraction....
LA MARQUISE
A propos , que je vous dise donc. . ..
^ LE CHEVALIER
Ouoi?
l'ambassadeur. 101
LA MARQUISE
Mon mari qui est las de son ambassade, et qui veut demander à revenir. J'ai peur même qu'il ne veuille être ici pour la promotion ; il s'est avisé de vouloir avoir le cordon bleu.
LE CHEVALIER
Il faut lui mander qu'on n'en fera pas cette année. A-t-il trente-cinq ans ?
Oui, vraiment, et quand il s'est mis une fois une chose dans la tête, il n'est pas aisé de l'en faire revenir. Il m'a écrit mille choses tendres, il y a quinze jours.
LE CHEVALIER
Il est peut-être amoureux de vous, ce cher marquis.
LA MARQUISE
Je le croirais assez.
/ , LE CHEVALIER
C'est inconcevable que je ne Taie jamais vu !
LA MARQUISE
Cela n'est pas possible '■
LE CHEVALIER
Non, d'honneur, (il tire sa montre.)
LA MARQUISE
Est-ce que vous vous en allez?
LE CHEVALIER
Oui, il est tard j je n'ai pas trop de temps. (Il veut sortir par une
autre porte que par celle où il est entré.)
LA MARQUISE
Eh bien, par où allez-vous donc?
LE CHEVALIER
Par le jardin , ma chaise m'attend sur le rempart.
Il est bien nécessaire d'avoir cet air de mystère à l'heure qu'il est! Que diront mes gens qui ne vous auront pas vu sortir?
102 L AMBASSADEUR
LE CHEVALIER
Cela est vrai .
LA BIARQUISE.
Quel étourdi l Quand revieadrez-vous ?
LE CHEVALIER
Mercredi ; ne vous l'ai-je pas dit?
LA BIARQUISE.
Non, vraiment. Vous m'écrirez.
LE CHEVALIER
Sûrement, (ii lui baise la main.) Adicu, Lclle Marquise.
LA MARQUISE
Vous serez bien aise de trouver la Vicomtesse à Choisy.
LECHEVALIER
Allons j vous êtes folle. Où souperez-vous ce soir?
LA MARQUISE
Mais ici, toute seule.