‹ Proverbes dramatiques de CarmontelleChapitre 47 sur 255 · LA MARQUISE, LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

LA MARQUISE, LE CHEVALIER

LA MARQUISE

Entrez donc ici, Chevalier.

LE CHEVALIER

Me voilà, me voilà.

LA MARQUISE

Mais dites-moi donc , qu'est-ce que c'est que toutes ces folies que vous faites devant une femme- de - cliambre que je n'ai que d'hier, et que je ne suis pas encore déterminée à garder?

LE CHEVALIER

Bon î ne sont-elles pas accoutumées à cela?

LA MARQUISE

Celle-ci me déplaît.

LE CHEVALIER

Eh bien, renvoyez la.

LA MARQUISE

Oui 'y et elle ira dire que vous êtes avec mol d'une familiarité.... Voyez à quoi vous m'exposez, à garder une créature qui est d'une maussaderie insoutenable.

Mais est-ce qu'on ne renvoie jamais de femmes-de-chambre? ,

LA MARQUISE

Je crois que c'est toujours très-mal. Je n'ai laissé marier Julie, que parce qu'elle voulait me quitter. Je lui ai même persuadé que Lebrun en était amoureux, et il n'y pensait seulement pas.

loo l'ambissadeur.

LE CHEVALIER, riant.

C'est délicieux î

LA MARQUISE

C'est poartant vous qui en êtes la cause.

LE CHEVALIER

Vous ne m'en avez jamais parlé. Ce pauvre Lebr un a donc été sacrifié?

LA MARQUISE

Comment, sacrifié ?

LE CHEVALIER

Oui, Julie n'est rien moins que belle.

LA MARQUISE

Elle l'est assez pour lui. Mais pourquoi allez-vous à Choisy aujourd'hui?

LE CHEVALIER

Parce que le Comte m'a mandé que j'étais sur la liste.

Est-ce que vous l'en aviez chargé ?

LE CHEVALIER

Mais, oui.

LA MARQUISE

A propos de quoi , lui surtout qui ne se souvient jamais de rien? Il est bien étonnant qu'avec ses distractions il y ait songé.

LE CHEVALIER

Mais c'est qu'il est fort mon ami.

LA MARQUISE

Voire ami? Ne lui faites pas de confidence toujours.

LE CHEVALIER

Bon ! vous croyez que par distraction....

LA MARQUISE

A propos , que je vous dise donc. . ..

^ LE CHEVALIER

Ouoi?

l'ambassadeur. 101

LA MARQUISE

Mon mari qui est las de son ambassade, et qui veut demander à revenir. J'ai peur même qu'il ne veuille être ici pour la promotion ; il s'est avisé de vouloir avoir le cordon bleu.

LE CHEVALIER

Il faut lui mander qu'on n'en fera pas cette année. A-t-il trente-cinq ans ?

Oui, vraiment, et quand il s'est mis une fois une chose dans la tête, il n'est pas aisé de l'en faire revenir. Il m'a écrit mille choses tendres, il y a quinze jours.

LE CHEVALIER

Il est peut-être amoureux de vous, ce cher marquis.

LA MARQUISE

Je le croirais assez.

/ , LE CHEVALIER

C'est inconcevable que je ne Taie jamais vu !

LA MARQUISE

Cela n'est pas possible '■

LE CHEVALIER

Non, d'honneur, (il tire sa montre.)

LA MARQUISE

Est-ce que vous vous en allez?

LE CHEVALIER

Oui, il est tard j je n'ai pas trop de temps. (Il veut sortir par une

autre porte que par celle où il est entré.)

LA MARQUISE

Eh bien, par où allez-vous donc?

LE CHEVALIER

Par le jardin , ma chaise m'attend sur le rempart.

Il est bien nécessaire d'avoir cet air de mystère à l'heure qu'il est! Que diront mes gens qui ne vous auront pas vu sortir?

102 L AMBASSADEUR

LE CHEVALIER

Cela est vrai .

LA BIARQUISE.

Quel étourdi l Quand revieadrez-vous ?

LE CHEVALIER

Mercredi ; ne vous l'ai-je pas dit?

LA BIARQUISE.

Non, vraiment. Vous m'écrirez.

LE CHEVALIER

Sûrement, (ii lui baise la main.) Adicu, Lclle Marquise.

LA MARQUISE

Vous serez bien aise de trouver la Vicomtesse à Choisy.

LECHEVALIER

Allons j vous êtes folle. Où souperez-vous ce soir?

LA MARQUISE

Mais ici, toute seule.

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