‹ Proverbes dramatiques de CarmontelleChapitre 90 sur 255 · ET LES FRIPONS · texte numérisé non relu

ET LES FRIPONS

M. DUCROC.

Vous avez tort, monsieur Dutrouiilet.

M. DUTROUILLET.

Comment tort?

M. DUCROC.

Assurément.

M. DUCORNET

Il fait plus , il m'insulte. Allons, monsieur, puisque vous dites que vous n'avez pas joué, l'épée à la main.

M. DUTROUILLET.

L'épée à la main 7

M. DUCORNET

Oui, monsieur.

M. DUCROC.

Allons, c'est juste.

M. DUTROUILLET.

Mais, monsieur, celte épée-là n'est pas à moi.

M. DUCORNET

Qu'est-ce que vous voulez dire?

M. DUTROUILLET.

Que je l'ai empruntée pour faire le voyage , je n'en porte jamais à Poissy : c'est vrai comme je suis ici,

M. DUCORNET, se promenaut.

Cela ne fait rien.

M. DUCROC.

C'est pourtant une raison, Ducornet.

M. DUTROUILLET, àM.Dacroc.

Ah î je vous en prie, pariez pour moi.

M. DUCORNET

Je veux qu'il se batte.

M. DUCROC , à M. Dutrouiilet.

Il vous tuera.

M. DUTROUILLET.

Voilà ce que je crains Ah, mon Dieuî comment

faire?

igO LE SOT

M. DUCROC.

Commencez par lui donner vos cinquante louis.

M. EUTROUILLET.

Il le faut bien , jaime mieux cela que d'être tué.

M. DUCROC.

Nous verrons après Ducornet, M. Dutrouillet est bien

fâché de t'avoir offensé , il convient qu'il a perdu.

M. DUCORNET

Eh bien, qu il me paie.

Monsieur, si vous vouliez bien vous souvenir que je n'ai pas

M. DUCORNET

Vous avez perdu; je veux de l'argent.

M. DUTROUILLET, tremblant.

Allons, monsieur, le voilà.

M. DUCORNET

N'avez-VOUS rien Ôté? (Il prend l'argent.) M. DUTROUILLET.

Non, monsieur; voilà comme je l'ai compté devant vous.

M. DUCORNET

Voyons; dix, vingt, trente, quarante, et cinquante : c'est bon.

M DUTROUILLET.

Vous voudrez bien que je ne me batte pas?

M. DUCORNET, se promenaot.

Nous verrons.

M. DUTROUILLET.

Il ne promet rien, monsieur!

IM. DUCROC.

Il faut le laisser calmer; je tâcherai de vous raccommoder,

M. DUTROUILLET.

Ah! je vous en prie.

Comptez sur moi.

ET LES FRIPONS. igi

M. DÛTROUILLET.

J'y compte aussi : je suis bien heureux de vous avoir trouvé .

M. DUCROC.

Je suis bien aise de vous être utile.

M. DUTROUILLET.

On m'avait bien dit quà Paris tout était rempli de fripons.

M. DUCROC.

Prenez garde à ce que vous dites. Si Ducornet vous entendait....

M. DUTROUILLET.

Ce n'est pas de lui que je parle.

M. DUCROC.

Et avez- vous encore d'autre argent?

M. DUTROUILLET.

Non, vraiment^ mais comme je vais épouser mademoiselle de la Tasse, sa mère m'en donnera .

M. DUCROC.

Ah! sûrement.

M. DUTROUILLET.

Et puis j'ai une bague.

Vous la jouerez encore.

M. DUTROUILLET.

Oh que non : et puis, en vérité, je n'ai pas joué.

M. DUCORNET

Qu'est-ce qu'il dit?

M. DUCROC.

Rien, rien.

M. DUCORNET

Est-elle jolie, votre bague?

M. DUTROUILLET. **

Mais oui ; la voilà : ma chère mère m'a dit qu'elle valait vingt-cinq louis.

M. DUCROC.

Voyons, (il prend la bague.) Oul, VOUS en aorez cela ou rien : mais cacbez-Ia , car Ducornet aime le jeu, et il vous ferait peut-être encore jouer, s'il la voyait.

M. DUTROUILLET.

J'ai envie de la mettre dans ma bouche.

M. DUCROC.

c'est fort bien imaginé.

Tenez, comme cela, la voit-on?

M. DUCROC.

Non, pas beaucoup.

M. DUTROUILLET.

Et puis je dirai que j'ai une fluxion.

M. DUCROC.

Vous avez bien de l'esprit au moins. Ab çà, il faut que je vous raccommode avec Ducornet.

M. DUTROUILLET.

Abî je vous en serai très-obligé; car sans cela, je n'oserais jamais sortir d'ici.

M. DUCROC.

Bon! c'est le meilleur bomme du monde : quand il est en colère, cela ne dure qu'un moment, mais il est terrible.

M. DUTROUILLET.

Je suis aussi comme cela moi.

M. DUCROC.

Je le crois bien : chacun a son défaut. Vous allez voir. Ducornet, es-tu encore fâché contre M. Dutrouillet?

M. DUCORNET

Moi, point du tout; c'est fini, je n'y pense plus.

M. DUCROC.

Allons, touchez-vous dans la main tous les deux.

M. DUCORNET

Je le veux bien. (Il tend la main à M. Dutrouillet.)

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