‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 114 sur 382 · LES PRÉCÉDENTS, LE PÈRE CHAUVEAU · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDENTS, LE PÈRE CHAUVEAU

LE PÈRE CHAUVEAU (d'un air triomphant). De quoi que vous parliez, vous autres? Je parie que vous ne vous doutez pas de ce que je sais.

MAITRE FEUILLET. Alors ditcs-nous-lc, père Chauveau ; ça fait que nous le saurons aussi.

LE PÈRE CHAUVEAU. C'est que c'est une nouvelle qui vaut son pesant d'or ; on ne paiera plus de contributions.

MAITRE FEUILLET. Quand ça donc?

LE PÈRE CHAUTEAU. Bientôt. Ceux qui continueraient seraient dupes ; on assure que ça va être aboli.

GÉRARD. Ah ! par exemple, croyez ça et buvez de l'eau.

LA MÈRE BELLAiT. Avec quoi paierait-on les autorités?

LE PÈRE CHAUVEAU. Esl-ce que ça nous regarde? Apparemment elles se trouvent assez riches ; elles n'ont plus besoin de gagner.

CAMUS. On les payait si cher ! Pour peu qu'elles aient fait des économies depuis qu'elles reçoivent des gages , elles peuvent bien travailler pour rien à présent. Leur besogne n'est déjà pas si fatigante. Mon frère, qui a été deux ans chez un sous-préfet, répète à qui veut l'entendre, qu'excepté de faire des députés, son maître ne faisait rien que de dormir ou jouer de la musique.

GÉRARD. C'est égal, père Chauveau, on s'est gaussé de vous. Toutes les autorités aiment l'argent, les grandes comme les petites.

LE PÈRE CHAUVEAU. A la bonue heure! je le veux ben. Continuez de bailler vos écus au percepteur, si vous en avez de trop ; il les recevra, ce n'est pas l'embarras ; quand ce ne serait que par l'habitude. Mais ce sera de l'argent jeté à l'eau, je vous en avartis, et si ben jeté à l'eau que, si les contributions reviennent par la suite des temps, ce qui n'est pas impossible, on vous les demandera tout comme aux autres. Ce

Page 1