SCÈNE XII
LAURENT (présentant la lettre à rarchevèque\ Monseigneur, c'est de la part de madame la marquise douairière de Trasigny.
MADAME BOUVARD. Je me doute de ce que c'est. Elle a déjà envové ce matin une jeune fille qui a apporté une truite saumonée magnifique.
l'archevêque. Donnez-moi ma loupe.
MADAME BOUVARD. Dans sa lettre, elle doit demander à Votre Éminence de vouloir bien lui prêter pour quelque temps des reliques de sainte Claire. Elle a grand mal aux yeux.
l'archevêque lisant). Voilà une bonne âme. 11 ne s'en refait pas beaucoup de pareilles, malheureusement. Laurent, portez cette lettre à l'abbé Frédoux, et dites-lui de voir à contenter la marquise. Il se chargera de remettre lui-même les reliques, entendez-vous? et il aura soin d'en tirer une reconnaissance. Au surplus, il entend ces choses-là à merveille. Allez. (Laurent s'en va.) Vous dites donc, madame Bouvard, que cet homme est un charlatan?
M.ADAME BorvARD. Je ne reviens pas de ce que monsieur le grand-vicaire ait pu être sa dupe; monsieur le grandvicaire qui est un homme si fin, si spirituel, qui a une si grande habitude de lire dans le fond des âmes!
l'archevêque. Madame Bouvard, vous devenez bien complimenteuse; vous devriez pourtant vous rappeler que je n'aime pas les flatteurs.
m.adame BOUVARD. Jc uo crois pas flatter monsieur ic grand-vicaire.
l'archevêque. Personne ne l'esiime plus que moi ; mais il peut se laisser tromper comme un autre; il n'est pas infaillible. Pour être infaillible, il faut une grande expérience; il n'y a que l'âge qui donne cela. Moi, qui vous parle, jc n'ai pas toujours été comme je suis aujourd'hui.
madame BOUVARD. Quoi ! vraiment, monseigneur?
l'archevêque. Mais non, certainement.