‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 147 sur 382 · SCÈNE XVII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVII

L'ARCHEVÊQUE, madame DE BERTHENAIS, M. LOVEL, MADAME DUFOUR, le MARCHAND d'étoffes, LAURENT, et MADAME BOUVARD.

l'archevêque. Eh bien, ma nièce, ce camail?

MADAME DE BERTHENAIS. Voyez , mon oucle; je l'ai raccourci avec des épingles : ne fait-il pas mieux?

l'archevêque. Monsieur Lovel, qu'en pensez-vous?

M. lovel. Il est certain que c'est plus dégagé.

MADAME DE BERTHENAIS. Mou oucle est au moins aussi grand que Fénelon, et je suis sûre que ses camails ont quatre doigts de plus que ceux de l'archevêque de Cambrai, à en juger par les tableaux où il est représenté. Fénelon avait du goût; il avait deviné qu'un camail trop long ôte toute l'élégance de la taille. Il faut jouir de ses avantages. (A Laurent.) Avancez donc un peu, Laurent. (Laurent obéit.) Là, mon oncle, soyez de bonne foi, n'est-ce pas que c'est mieux?

l'achevêque. Je crois bien que oui, ma chère enfant; mais ce dont je ne reviens pas, c'est (ju'une petite femme comme vous ait été songer à cela. C'est touchant. Regardez bien, madame Bouvard, ce que demande ma nièce. (Laurent va pour ôler le camail.) Un instant donc, Laurent ; qu'est-ce qui vous presse? laissez-le encore, il faut que je m'y accoutume. Levez un peu le bras droit ; c'est très-bien ; oh 1 c'est trèsbien. Il est certain, comme dit monsieur Lovel, que c'est plus dégagé, beaucoup plus dégagé.

MADAME BOUVARD. Je coiinais de bonnes âmes qui suivent toutes les bénédictions de monseigneur, ô qui ça va faire un plaisir !

MADAME DE BERTHENAis. Par exemple, il faudra avoir soin d'attacher la ceinture plus haut. Vous comprenez, Laurent?

MADAME BOUVARD. Oh! mais moi, madame, je comprends très-bien. Il est tout simple que le camail tombant moins bas, on doit remonter la ceinture. C'est physique.

M. LOVEL. Quand monseigneur veut-il commencer à me donner séance?

l'archevêque. Je ne puis guère vous répondre, monsieur Lovel; vous voyez comme mon temps se passe. C'est tous les jours de même.

MADAME DE BERTHEXAIS. Essayous de Commencer mardi, mon oncle, dans votre bibliothèque, le jour y est Irès-beau; personne n'y entre.

l'archevêque. Il y a plus de six mois que la clef en est perdue; ce sera une occasion pour la faire ouvrir.

MADAME de berthenais. Vous entendez, monsieur Lovel? Mardi.

l'archevêque. Mon camail sera-t-il fait pour ce jour-là?

LAURENT. Il n'y a qu'à le donner à mademoiselle Francclet, et lui dire qu'on le veut absolument; elle est si bonne ouvrière!

MADAME de BERTHENAIS. On ne Commencera pas par le camail, d'ailleurs.

l'archevêque. Nous n'avons rien décidé non plus pour les dentelles. Vous êtes charmante, ma chère petite nièce; mais vous êtes comme toutes les personnes qui ont beaucoup d'imagination, vous oubliez souvent l'essentiel.

MADAME DE BERTHENAIS. Mou oncle, madame Dufour aura la complaisance de vous laisser son carton; de celte façon-là, vous pourrez choisir tout à votre aise.

MADAME DUFOUR. Mousoigueur peut le garder autant que cela lui fera plaisir.

LE MARCHAND. C'cst commc ces élolTes, monseigneur.

l'archevêque. C'est bien, c'est bien, mes enfants. On en aura grand soin; madame Bouvard, je vous les recommande.

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