‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 182 sur 382 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

M. et MADAME LORI, M. TAUPIN.

M. TAUPIN (qui â entendu les derniers mots de madame Le-

, SCÈNE Xlll. 103

doux). Vous avez l'ait voire paix avec les laiiles, à ce qu'il me paraît, puisque madame Ledoux vous fait des compliments. Tant mieux, tant mieux.

M. LORi. Vous vous y connaissez! Elles sont plus furieuses que jamais contre nous; et, pour comble de bonheur, ma femme a encore trouvé moyen de les brouiller toutes les deux ensemble.

M. TAUPix. Est-il possible ! Oh bien ! je puis vous répondre que leur rancune tiendra longtemps, si elle est aussi bien enracinée que celle de madame Vermont contre son mari. Quelque chose que j'aie pu dire, et je sais tout ce que l'on peut dire en pareille circonstance, c'était comme si je n'eusse pas parlé. Il serait plaisant que vous fussiez les seuls qui sortissiez bons amis de ce tribunal.

M. LORi. C'est ce qui nous arrivera.

MADAME LORi. Non pas, monsieur. Votre caractère et trop incertain pour que je puisse jamais compter sur vous.

M. LORi. Tu aurais raison, ma chère Adèle, si je n'avais pas formé le dessein de me corriger.

MADAME LORi. Il ost trop lard.

M. LORi. Accorde-moi seulenient un délai d'un niois, et ï-i tu ne trouves pas de changement dans ma conduite, si lu as encore à te plaindre de moi, je consens d'avynce à tout ce que tu voudras.

MADAME LORi. A'ûus proDifellez plus que vous ne pourrez tenir.

M. LORi. Oh 1 que non. Comme je sais d'où vient tout le mal...

MADAME LORi. Vous le savez ?

M. LORi. Oui, oui, je le sais.

MADAME LORi. Et d'où vient-il, s'il vous plaît:

M. LORi. Tu ne voudras pas en convenir.

MADAME LuRi. Peut-êlre. Dites.

M. LuRi. Tu as toujours été trop jalouse.

MADAME LuRi (riant aux éclatSj. Moi !

M. LORi. Tu as beau rire ; oui, toi.

MADAME LORi. Il faut que vous me le disiez aussi affirmativement pour que j'en sois sûre.

M. LORi. Si je ne te donne plus sujet de l'être, oublieras-lu le passé?

MADAME LORi. Moo petit oncle, que dois-je faire?

M. LORi. Parlez pour moi, monsieur Taupin.

M. TAUPIN. Ma petite nièce, un peu d'indulgence, je vous en prie. Que je ne sois pas obligé de dire comme Titus : « J'ai perdu ma journée. »

MADAME LORi. De l'éruditiou! mon petit oncle, je n'ai jamais su résister à de l'érudition. J'y mets une condition pourtant, c'est que nous irons passer le mois d'épreuve à Paris, pour laisser aux propos le temps de se dissiper entièrement.

M. LORi. Comment donc ! je suis trop heureux que tu m'offres cette occasion de faire une chose qui te soit agréable. Que j'étais sot, mon Dieu ! de consentir à me séparer d'une petite femme comme elle! Je ne serais pas son mari, que je donnerais tout au monde pour le devenir. Elle est si drôle! elle a tant d'esprit!

M. TAUPIN. Ce n'est pas à moi qu'il faut dire cela ; je n'ai jamais varié sur son compte. M'est-il pas vrai, ma petite nièce ?

MADA5IE LORi. C'cst UDC justice quo j'aime à vous rendre, mon bon petit oncle; au milieu de toutes les calomnies qui m'accablaient, vous m'êtes resté fidèle.

M. TAUPIN. Il n'est pas facile de m'en faire accroire.

M. LORi. Ni à moi non plus ; je ne sais pas où j'avais la tête.

M. TAUPIN. Qui est-ce qui n'a pas ses moments d'erreur ?

M. LORi. Pauvre petite femme ! je ne veux plus croire que toi. Embrassez-la, mon petit oncle.

M. TAUPIN (dans le dernier attendrissement). Allons, ne voilà-t-il pas que je suis aussi son petit oncle à lui ! Ils me feront mourir. Vous êtes tous deux de charmants enfants, et bien dignes l'un de l'autre.

(Il embrasse madame Lori.)

M. LORI. Dès demain, nous partirons pour Paris.

MADAME LORI. Dès demain, ce serait trop prompt. Monsieur Benjamin doit y faire un voyage de quelques jours; il faut attendre (ju'il soit revenu.

Page 1