‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 240 sur 382 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

CLÉMENTINE, un peu après, ANNETTE.

CLÉMENTINE. Faites donc bien des bassesses pour être administrateur, pour pouvoir dire un jour ou deux : « Mes administrés », voilà les marchands qui vous enlèvent jusqu'à cette gloire! 11 faudra incessamment que les hommes en place inventent d'autres impertinences pour se distinguer.

ANNETTE. Enfin, mamzelle, je peux donc vous parler! Monsieur a-t-il sa place?

CLÉMENTINE. Laissc-moi tranquille. Est-ce que je m'occupe de cela?

ANNETTE. Je vas vous dire pourquoi je m'en occupe, moi. Si monsieur a cette affaire qu'on dit, il sera dans ce qu'on appelle le pouvoir; alors il voudra que j'épouse mon sergent de ville, et j'aimerais mieux épouser mon héros de juillet.

CLÉMENTINE. Pour Une petite fille que nous avons amenée de la campagne, et qui n'est ici que depuis six mois, sais-tu que tu es bien heureuse d'avoir comme cela deux amoureux!

ANNETTE. Bast ! j'en aurais trois si je voulais. Est-ce que ma cousine ne m'en a pas déterré un troisième? C'est le frère de son mari, un chouan qui se cache chez elle parce qu'il a été obligé de s'enfuir de son pays. Mais celui-là, je ne comprends pas ce qu'il me dit ; c'est un Bas-Breton ; il parle comme à la messe. Mon cousin est obligé de s'expliquer pour lui à ma cousine, qui me le répète; vous sentez ben, mamzelle, que ça ne fait pas d'effet du tout.

CLÉMENTINE. Il t'a douué son cœur bien vite, ce me semble.

ANNETTE. Ccgarçon qui ne sort pas, songez donc, mamzelle. Mais c'esl-il pas singulier? De quelque côté que je me retourne, c'est tous états à tuer ou à se faire tuer.

CLÉMENTINE. Peut-être que cela s'apaisera ; attends un peu. Personne ne te force à te marier tout de suite.

ANNETTE. On n'a pas besoin d'être forcée pour ça. J'aime mon héros de juillet; mais c'est un petit diable; je le lui dis à lui-même, il a trop d'ambition. Parce qu'il avait été assez heu-

Page 1