‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 245 sur 382 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MADELAINK, et un peu après, SIMON.

MADELAiNE (seule). Xous serons bien heureux, oui, si madame la marquise n'a pas troublé l'accord de la maison avant son départ. J'ai peur qu'elle n'ait pour mademoiselle Léonide des vues qui ne s'accorderaient pas avec des arrangements que je crois arrêtés ; mais madame est si raisonnable et si ferme dans ses volontés, tout en paraissant céder toujours, que cela ne laisse pas que de me rassurer. (A Simon qui entre.) Vous voilà à propos, monsieur Simon ; aidez-moi un peu à pousser ce canapé auprès de la cheminée.

SIMON. Avec plaisir, mademoiselle Madelaine.

MADELAIXE. C'est pour votre maîtresse, au moins; sans cela je n'aurais pas osé vous le demander. Est-ce que chez vous, à Paris, elle est toujours couchée comme ici?

SIMON. Madame ne s'occupe jamais, de façon (|ue pour faire quelque chose elle change de place à chaque instant ; elle va, elle vient, elle s'assied sur un siège, et puis sur un autre; elle essaie des chiffons; elle se mire dans toutes les glaces. Ici vos glaces sont trop élevées: voilà à coup sûr pourquoi elle reste couchée sur un canapé.

MADELAINE. Et que ce soit la sœur de madame !

SIMON. Oui. N'est-ce pas que c'est drôle? Votre maîtresse qui me paraît une personne si sans façon, si peu coquette!

MADELAINE. Ah dame! pour mener une maison comme celle-ci, on n'a pas le temps de perdre du temps.

SIMON. C'est vrai qu'elle est bien menée, votre maison. Dans mon pays, il y a aussi des châteaux, mais il s'en faut qu'ils soient tenus et qu'on y ait tout à discrétion comme ici. Pas moins, je parierais bien que madame la marquise ne s'y plaira pas longtemps.

MADELAINE. Elle regrettera bientôt les amis, les connaissances qu'elle a laissés à Paris.

SIMON. Oh! pardine, oui, regretter ses amis, ses connais- IV. 17.

sances ! Ça lui dure longtemps ! Elle en change tous les quinze jours.

MADELAiNE. Vous badinez !

SIMON. Que voulez-vous? pour peu qu'elle croie apercevoir dans un homme qui vient chez nous de quoi faire un troisième mari , la voilà qui ne pense plus qu'à ça. Elle le cajole, elle lui chuchote je ne sais quoi : on dirait que c'est une affaire bâclée, tant ils paraissent bien ensemble. Mais comme elle voudrait faire cette folie-là le plus raisonnablement possible, elle calcule. Alors, de son côté, le monsieur calcule aussi ; c'est assez juste. Quelque bien conservée que se prétende une femme, ce n'est toujours qu'une femme conservée, et un monsieur qui a un peu de délicatesse ne l'épouse pas pour rien ; de sorte qu'il ne revient plus, et c'est un autre.

MADELAINE. Il n'y a que Paris pour tout ça. En attendant que je sois marquise aussi, moi, je vais toujours faire du feu.

SIMON. Si vous voulez, mademoiselle Madelaine, j'irai vous chercher du bois ?

MADELAINE. Ah ! par exemple, monsieur Simon 1

SIMON. N'avez-vous pas peur que ca ne me donne trop de mal?

(Il sort.)

MADELAINE. C'cst jcunc , ma foi! je le laisse faire. Pour celui-là, si on lui a défendu de parler de sa maîtresse, on ne peut pas dire qu'il soit obéissant.

SIMON (apportant tout ce qu'il faut pour faire du feu). Ai-je été longtemps ?

MADELAINE. Assurémcut non. Mais dites-moi donc un peu, monsieur Simon, tous les jeunes gens de Paris sont-ils aussi complaisants que vous pour les vieilles femmes?

SIMON. Les femmes qui veulent bien avoir leur âge, moi je les adore. On n'est pas obligé de penser comment on leur parlera pour ne pas leur dire ce qu'on pense. Quand mademoiselle Delphine, notre femme de chambre, a son bonnet avec des rubans roses, il faut que je lui trouve quinze ans. Je ne lui trouve que des rubans roses. Mais allez donc lui conter ça.

MADELAINE. Elle se fâcherait?

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