SCENE XV
faut prendre un mari tout éprouvé. Tiens, lis cette lettre.
(Elle lui donne la lettre d'Edouard.)
MADAME DUBREUIL (après l'avoir lue). Elle est bien.
MADAME CARRÉ. Elle est parfaite. Voilà un amoureux, du moins.
MADAME DUBREUIL. Comme les autres peut-être.
MADAME CARRÉ (avec enjouement). Je suis si rassurée sur le compte de celui-là, que je ne me dédis pas des propositions que j'ai faites à monsieur du Rosnay.
M. DU ROSNAY (de même). Mais moi je les refuse.
MADAME CARRÉ. J'ai un bon caractère , je ne m'en fâche pas. J'y mets une condition cependant, c'est que vous ne ferez plus chercher de logement en cachette.
M. DU ROSNAY (riant). Vous saviez cela !
»UDAME CARRÉ. Je suis plus fine que je ne le parais.
MADAME DUBREUIL. Ne plaisantez pas , maman , c'est trèsvrai.
MADAME CARRÉ (avec bonhomio). Tu dis cela à cause de ma ruse avec monsieur de Bretignac. Si tu savais ce que c'est que d'être contrariée sans oser s'expliquer! L'intérêt que je porte à Victorine m'avait rendue clairvoyante; il m'était démontré qu'on ne voulait de ma pauvre enfant qu'avec toutes ses perfections, c'est-à-dire sa fortune, celle de sa mère et la mienne ; tu n'en étais pas aussi persuadée que moi. Que faire? J'ai peut-être été un peu vite, mais