PROSPER, MARIE-JEANNE, GAUTHIER
MARIE-JEANNE. Viens donc, Gauthier. V'ià-t-il pas monsieur Prosper qui est en train de t'en vouloir!
GAUTHIER. Eh bien 1 qu'il m'en veuille ; je ne peux pas l'empêcher.
PROSPER. Prenez garde , Gauthier, à mesurer un peu plus vos paroles quand vous comparaissez devant moi.
GAUTHIER. Je ne comparais pas; je viens vous dire que votre sœur vous demande.
PROSPER. Vous ne pouvez pas dire : Mademoiselle votre sœur?
GAUTHIER. Ça allonge.
PROSPER. Comment, maraud, ça allonge!
GAUTHIER. Maraud! vous m'appelez maraud! C'est donc pour rire?
MARIE-JEANNE. Il m'en a dit bien d'autres à moi.
GAUTHIER. N'allez pas prendre ces habitudes-là, monsieur Prosper; ce n'est pas comme il faut. Vous étiez bon enfant, restez bon enfant. Moi qui vous mettais toujours en gaîté, moi que vous poussiez continuellement à des bêtises pour vous faire rire, à quoi ça ressembie-t-il de m'appeler maraud? IV. 20
350 l-F. SUBSTITUT.
PROSPER. Gauthier, je vous réitère l'ordre d'être plus respectueux à l'avenir.
GAUTHIER. Dès cjue c'est comme ça, tant pis pour vous; ça me reposera. Il y avait bien des choses que je faisais par amitié, et qu'à coup sûr je ne ferai plus par respect. On ne manque pas d'apothicaires pour mettre des sangsues; on trouve aussi des garde-malade dont le métier est de passer des nuits; je serais bien sot de m'exténuer. Je vous respecterai , monsieur Prosper; ne craignez rien, je vous respecterai, mais je ne ferai ensuite que ce qui me regarde.
PROSPER. Vous ferez ce qu'on vous dira de faire.
GAUTHIER. Tant que ça me conviendra; et si ça ne me convient pas, je quitterai la maison , et de plus j'emmènerai Marie-Jeanne, et vous tomberez dans les domestiques nouveaux, et vous verrez ce (|ue c'est.
PROSPER. -Mais, imbécile que tu es, lu ne veux donc pas comprendre que je suis devenu magistral?
GAUTHIER. Eli ! qu'est-ce que ça me fait à moi que vous soyez devenu magistrat? Tous les magistrats, avec la meilleure envie du monde, ne pourraient pas m'ôter un cheveu de la tète. Magistral! magistrat I Ça serait beau si les magistrats pouvaient faire tout ce qu'ils voudraient!
PROSPER. Gauthier, prenez garde d'ajouter un mot déplus.
MARIE- JEANNE. ^lon Dieu 1 Gauthier , n'ajoule pas un mot de plus.
GAUTHIER. Laisse-moi donc tranquille. Pardine! la maison irait joliment si on se mettait à trembler comme loi. Mon père disait bien : « Donnez un bàlon à un enfant pour se défendre des chiens enragés, il balira tout le monde. » .\vec leurs places, ils sont de même.
PROSPER. 11 est impossible que ce drôle-là ne soit pas de quelque association secrète.
GAUTHIER. Association secrète !
PROSPER. Je finirai par le découvrir ; et alors gare à vous, Gauthier 1
GAUTHIER. Vous me parlez peut-être le patois des tribunaux ; je n'y comprends rien. Mais si vous êtes vraiment devenu aussi méchant que vous voulez en avoir l'air, je vous dis que