SCÈNE I. 3o
MAITRESSE GiRAUD. Il me Craint !
MÈRE MÉDARD. Oui, il VOUS craiiit, parce qu'il vous aime.
MAITRESSE GIRAUD. En effet, c'est un gaillard bien sensible.
MÈRE MÉDARD. Il l'est à sa manière. Il n'en est pas moins vrai que depuis hier je l'ai vu deux fois; il m'a paru tout changé.
MAITRESSE GIRAUD. Il était ici mieux qu'il ne sera dans aucune ferme, bien sûr.
MÈRE MÉDARD. Vous êtcs veuve ; vous pouvez lui donner tant de douceurs.
MAITRESSE GIRAUD. Pour uu homme qui se conduirait comme il faut, ce serait si naturel.
MÈRE MÉDARD. Pourquoi, au juste, le renvoyez-vous?
MAITRESSE GIRAUD. Parce que voilà cent fois qu'il me promet de se corriger, et qu'il a encore dépensé dix écus ce mois-ci, sans vouloir me dire à quoi. Comment ça finira-t-il? car enfin , il n'aura pas toujours dix écus à dépenser dans un mois.
MÈRE MÉDARD. Alors il ne les dépensera plus. Jusqu'ici , c'est de son argent.
MAITRESSE GIRAUD. Il fera donc des dettes?
MÈRE MÉDARD. Il s'arrangera. Du temps que j'étais meunière, j'avais aussi un garçon qui était un panier percé; tant qu'il ne m'a pas fait de tort, je n'ai rien dit. Vous avez trois autres valets de ferme , savez-vous seulement s'ils ne sont pas dans le même cas?
MAITRESSE GIRAUD. C'est toujours bien dur, ma voisine, après toutes les alternions que j'ai eues pour cet horame-là. Il ne savait où donner de la tête quand je l'ai pris; dans les fermes on n'aime pas à employer des militaires, surtout au moment qu'ils sortent du régiment; ça a perdu l'habitude du travail; on ne sait pas s'ils pourront jamais s'y remettre. Qui est-ce qui a la patience d'attendre? Personne. J'ai l'ai pourtant eue, moi, cette patience-là; voyez comme j'en suis récompensée.
MÈRE MÉDARD. .Te VOUS ai counu des querellcurs ; je vous ai connu des fripons; il n'est ni l'un ni l'autre.
MAITRESSE GIRAUD. Fripou, je ne dis pas; mais pour que-
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relieur, il ne faudrait pas lui chercher noise. Un jour que j'allais à la ville avec lui, il s'est emporté contre un roulier ; si je n'avais pas été là, il le tuait sur la place.
MÈRE MÉDARD. Vous le garderez ; je vois d'ici que vous le garderez.
MAITRESSE GiRAUD. Vous voyez mal, mère Médard. Je lui rends justice, mais je n'en veux plus. Il me tourmente trop; il me donne trop de chagrins. J'ai d'autres choses à faire que de penser continuellement à un garçon de ferme. Qu'il devienne ce qu'il voudra ; je veux être tranquille. (A Pierre qui entre.) Qu'est-ce que voulez, Pierre?