SCÈNE XII. ;36o
ment général. Entiu Gauthier et Marie-Jeanne ne restent à mon service que parce que je leur ai dit que je parlais pour la campagne, et que je les emmènerais tous les deux avec moi.
PROSPER (d'un ton goguenard). Est-ce comme légitimistes ou comme libéraux que le sieur Gauthier et la demoiselle Marie-Jeanne songent à quitter la ville?
MADAME DUTILLEUL. C'esl parce qu'ils ne vous reconnaissent plus; et je le crois bien, puisque je ne vous reconnais plus moi-même. Vous avez bonne grâce à parler des libéraux, vraiment! Ne dirait-on pas que vous n'avez jamais été de leur bord? Qui m'a donné les opinions que j'ai? n'est-ce pas vous? De moi-même, j'aurais regretté la restauration, comme madame Brachet, comme bien d'autres. Vous m'avez tant et tant répété que si les ordonnances eussent réussi, on aurait ôté à la France toutes ses libertés ; que les prisons auraient été encombrées; qu'on aurait ressuscité les commissions militaires pour se venger plus vile des gens à qui on en aurait voulu; il a bien fallu me rendre. Mais tout ce dont vous me faisiez peur, ne l'avons-nous pas vu depuis?
MADAME BRACHET. Et uotez, s'il VOUS plaît, que pour le voir ça nous coule beaucoup plus cher que ça ne nous aurait coulé sous la vraie dynastie. On prétend que leur budget actuel, avec toutes les herbes de la Saint-Jean qu'ils y font entrer, ne s'élève pas à moins de quatorze ou quinze cent millions.
PROSPER (ricanant^. Si c'est nécessaire pour empêcher le pillage.
MADAME DUTiLLEUL. Pillage pour pillage, que nous importe! Tenez, laissons-le, madame Brachet; car je crois, en vérilé, qu'en leur donnant leurs places, on leur t'ait prendre quelque drogue qui '3ur ôte le sens commun.
MADAME BRACHET. Que non, que non, madame Dulilleul; ne vous imaginez pas cela. Monsieur Prospersait bien qu'il se moque en disant ce qu'il dit. Il n'ignore pas que son gouvernement n'a pas le droit de faire tout le mal qu'il fait. Quand c'est de Dieu lui-même qu'on tient la couronne, c'est autre chose.
MADAME DUTILLEDL. Je pars demain , monsieur mon fils;
je ne reviendrai que quand votre beau chef-d'œuvre sera consommé; et alors nous nous occuperons de compter ensemble, el vous verrez à vous établir autre pari que chez moi. Je ne prétends pas me mettre à dos toute la ville.
PROSPER. Ma sœur va-t-elle avec vous?
MADAME DUTiLLEUL. Ah ! je crois bien.
PROSPER. Je voulais seulement le savoir.
MADAME DUTILLEUL. Vencz, madame Brachet. Que vous êtes heureuse de ne pas avoir d'eiifanis !
(Elle sort avec madame Brachet.)
PROSPER (seul). Allez, allez ; c'est bien, c'est bien; laissezmoi seul; c'est ce que je désirais. Mon minisiére est un sacerdoce; je dois vivre dans le renoncement de louies les aiïections humaines, et ne tenir qu'à la grande famille des gens en place. C'est la bonne. Des sœurs, des mères, à quoi cela sert-il? à vous attiédir Et des beaux-pères, et des amis, et des présidents, et des libéraux, et des légitimistes; on ne sait auquel entendre. J'ai mon gouvernement, il ne m'en faut pas davantage. Qu'avec cela monsieur le procureur du roi me tienne au courant des opinions que je dois avoir, parce que de soi-même on pourrait faire des bévues, et je suis bien sûr qu'on sera content de moi. Ma règle de conduite est toute tracée :
COMME l'abbé chante LE MOINE RÉPOND.
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CAP. VOL" s F.TKS LF. IIKILI.KUR l'ES J.L1KIS .
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