MADAME LUDGER, MADAME DORVILLE, FANNY
HL'GUET (annonçant). Madame Dorville!
(Il sort avec Fanny.)
MADAME DORVILLE. J'ai forcé ta consigne. On ne voulait pas me hiisser monter.
MADAME LUDGER. Je ne complais pas sur ta visite. Quand monsieur Ludger n'est pas ici, j'ai assez l'habitude de faire fermer ma porte.
MADAME DORVILLE. Est-ce que ton mari ne vient pas avec nous ?
MADAME LUDGER. Il était déjà sorti quand j'ai reçu ton billet. .Monsieur Dotti prendra sa place.
MADAME DORVILLE. J'en suis fàchée. Tu sais que j'ai un faible pour monsieur Ludger.
MADAME LUDGER. C'est que tu aimes les personnes qui ne ressemblent pas à tout le monde.
MADAME DORVILLE. Te voilà encorc.
MADAME LUDGER. Je n'en dis pas de mal.
MADAME DORVILLE. Je t'en défierais biou : c'cst lin liomme parfait. Mais tu as quelquefois, en parlant de lui, des réticences, des sourires ironiques que je n'ai jamais pu comprendre. Le fuit est que beaucoup de personnes m'ont déjà demandé si
VOUS faisiez bon niénage. Certainement ce n'était pas d'après monsieur Ludger qu'on me faisait ces questions-là.
MADAME LUDGER. Je crois que tu me grondes.
MADAME DORViLLE. Tu aimes ton mari?
MADAME LUDGER (souriant). C'est mon devoir.
MADAME DORVILLE. Tu ne me réponds pas sérieusement.
MADAME LUDGER. Comment faut-il que je te réponde ?
MADAME DORVJLLE. Je t'assure que sans s'en apercevoir on s'accoutume à se plaindre, à se trouver malheureuse; on prend des habitudes de victime qu'on serait fort embarrassée de justifier, et on est tout étonnée, un beau jour, que quelque sot qui a pris cela au pied de la lettre s'en autorise pour vous offrir des consolations. Vois quelle serait ta surprise si cela t'arrivait par hasard.
MADAME LUDGER. Dieux ! quo tu sais de choses!
MADAME DORVILLE. J'avais bien peur que mon billet ne te trouvât pas chez toi. C'est qu'aujourd'hui ce n'est pas seulement pour le spectacle que nous allons aux Bouffes.
MADAME LUDGER. Qu'y a-t-il encore?
MADAME DORVILLE. Une bclle-sœur que nous voulons te montrer, et qui sera dans la loge à côté de la nôtre.
MADAME LUDGER. Une bclIe-sœur! Tu n'as qu'un frère, el il n'est pas marié.
MADAME DORVILLE. Aussi cst-co par anticipation que je dis ma belle-sœur; mais il y a tout lieu de croire qu'elle le sera. Tu dois la connaître : c'est mademoiselle Valrin.
MADAME LUDGER. Je crois bien en avoir entendu parler; voilà tout : elle n'est pas de ma société.
MADAME DORVILLE. Tu nous diras ce que tu en penses.
MADAME LUDGER. On ne peut guère juger quelqu'un au spectacle. Au surplus, si elle plaît à monsieur Léopold, ce doit être une perfection.
MADAME DORVILLE. Ce u'cst pas qu'elle soit très-jolie.
MADAME LUDGER. Cela m'étoune. A l'entendre, il ne devait épouser qu'une beauté achevée. C'est donc l'esprit, les grâces qui l'ont séduit?
MADAME DORVILLE. Et le caractère, qu'elle a des plus