‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 332 sur 382 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

(Irez, si cela vous amuse, qu'est-ce que cela me fait à moi? Ce qui est inconcevable, c'est que vous ayez pu me confondre avec ces valets du pouvoir qui ne cherchent qu'à dresser de? embûches pour signaler leur zèle. Moi, faire battre le rappel contre de la musique !

RICHARD. Aussi n'y concevions-nous rien; car ce député est vraiment un honnête homme.

LE SOCS-PRÉFET. Va te promener avec tes honnêtes gens. Des honnêtes gens qui laissent faire le mal, et qui se croient honnêtes gens parce qu'ils vous disent à l'oreille qu'ils sont bien loin de l'approuver !

RICHARD. Voilà ta tête partie.

LE SOUS-PRÉFET. Est-ce un quoique? est-ce un parce que? La belle distinction pour donner aux uns des aubades, aux autres des charivaris! C'est à faire pitié.

RICHARD. Si tu ne veux pas m'écouter...

LE SOUS-PRÉFET. Ils vont diviniser un homme qu'il ne connaissent pas; et moi qui ne les ai jamais quittés, qui suis leur camarade, leur ami, sur un propos les voilà qui me regardent comme un sournois, sans que cela leur en coûte le moins du monde.

RICHARD. Mets-toi à notre place. Vingt personnes nous disent qu'on va convoquer la force publique; il n'y a que toi ici qui puisse savoir pourquoi.

LE SOUS-PREFET. J'ai la certitude qu'on a le projet de donner un charivari à mon tuteur, et on s'est caché de moi.

RICHARD. C'est donc contre le charivari que tu veux faire battre le rappel?

LE SOUS-PRÉFET. Tu m'impatioutes avec ton rappel ; je ne sais pas ce que tu veux dire.

RICHARD. De notre côté, je te jure que nous n'aurions jamais formé un pareil projet sans te consulter. Là, mon bon Auguste, as-tu pu croire que nous aurions risqué de te compromettre sans ton consentement? Nous savons bien que tu ne tiens pas à la sous-préfecture...

LE SOUS-PRÉFET. J'en ai cent pieds par-dessus la tête.

RICHARD. Mais enfin nous, nous tenons à toi ; nous y le- IV. :>3.

nous tellemenl fjue, pour peu que cela te fasse plaisir, ton tuteur aura sa part de noire aubade.

LE SOUS-PRÉFET. Donne-moi la main, et pardonnons-nous réciproquement de nous être soupçonnés.

RICHARD. 11 y a de ton monsieur Louchet dans tout ce tripotage-là.

LE SOUS-PRÉFET. Jugo dans quelle position je pouvais me trouver. Mon tuteur arrive, peut-être même est-il arrivé au moment que je te parle; il n'ose pas descendre chez lui; l'asile sur lequel il comptait lui sera refusé; c'est probablement chez moi qu'il se réfugiera; c'est donc chez moi que des clameurs viendraient l'accueillir. Ce serait à me déshonorer.

RICHARD. Pauvre garçon! Et comment t'en débarrasseras-tu ?

LE SOUS-PRÉFET. A présent que je ne vous crains plus, je suis sûr d'avoir raison contre lui. Je ne doute pas qu'il ne vienne dans de très-mauvaises dispositions; peut-être même a-t-il ma destitution dans sa poche.

RICHARD. Quel plaisir ce serait cependant de lui donner une bonne leçon?

LE SOUS-PRÉFET. Sans le respect humain, parbleu! je le crois bien.

RICHARD. Un faux libéral dont nous avons tous été dupes.

LE SOUS-PRÉFET. Tu vas m'apprendre cela.

RICHARD. On s'arracherait les cheveux de dépit en pensant qu'on s'est laissé prendre aux simagrées d'indépendance dont il faisait parade.

LE SOUS-PRÉFET. Il v aurait tant d'autres raisons pour s'arracher les cheveux !

RICHARD. C'est égal, s'il te destitue, nous saurons le retrouver.

LE soi^s-PRÉFET. Sa fravcur me paraît tellement exagérée, que je serais tenté de croire que c'est encore un jeu, et qu'il a besoin de rehausser ses actions auprès des ministres, comme ce bon curé de tantôt qui me demandait aussi sa petite persécution. Nous le trahissons peut-être en lui refusant les honneurs du martyre.

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