SCENE III
^'oyons, parle, puisque je lésais; avoue donc quelque chose dans ta vie. Je ne le dirai rien ; je serai contente. Tiens, François, c'est ion entêtement qui me fait plus de peine que tous les autres défauts.
FRANÇOIS. 11 n'y a pas d'entêtement. Que voulez-vous ({ue je vous dise?
MAITRESSE GIRAUD. Tu aVOUeS doUC?
FRANÇOIS. Puisque vous le savez.
MAITRESSE GIRAUD. Kli bien, voilà au moins quelque chose; voilà de la franchise. Puisque tu es en train, qu'est-ce que tu disais l'autre soir à Catherine Perrot ou tournant du bois de la Roche?
FRANÇOIS. Vous m'avez vu?
MAITRESSE GIRAUD. Oui, je l'ai vu.
FRANÇOIS. Je lui disais des bêtises, quoi ! comme on en dit à toutes les filles.
MAITRESSE GIRAUD. Tu lui promettais peut-être aussi le mariage?
FRANÇOIS. C'est bien possible; je ne nie le rappelle pas; il faut toujours leur promettre quelque chose. .Mais si c'est ça qui vous chagrine, la vérité que je puis jurer devant Dieu, c'est que je ne suis amoureux de personne.
MAITRESSE GIRAUD (d'uu tou de roproche). Comme lu dis ça à pleine voix !
FRANÇOIS (lui prenant les mains). Ah 1 pauvre petite mère! vous comprenez bien.
MAITRESSE GIRAUD. Je ne comprends que trop.
FRANÇOIS. Si je ne vous aimais pas, je serais déjà parti. Qu'est-ce qui me retiendfail? Ksl-ce que je souffrirais qu'un autre me parlât comme vous me parlez, me grondai comme vous me grondez? Je ne sais pas si je le supporterais de ma mère. .Mais vous, c'est vous; j'y suis accoutumé; ça ne me fait rien.
MAITRESSE GIRAUD. A la bounc heure. Tu ne m'avais jamais rien dit comme ça.
FRANÇOIS. Parce que je ne suis pas un flatteur, moi ; je ne sais pas faire d'embarras. Quand il n'y aurait que celte ferme, qui était comme ma maison, où j'étais choyé comme un
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prince, où, quand je n'avais pas fait trop de sottises, je trouvais toujours bon visage, comment voulez-vous que je ne la regrette pas? Je n'ai jamais été aussi heureux qu'ici ; je ne le serai jamais autant; parbleu! je le sais bien; mais c'est ma faute ; je ne puis pas me plaindre.
MAITRESSE GiRAUD. Si tu ne t'en allais pas encore?
FRANÇOIS. Comme vous voudrez.
MAITRESSE GIRAUD. Tu serais bien content?
FRANÇOIS. Ça ne se demande pas.
MAITRESSE GIRAUD. Me prometlrais-lu au moins de faire ton possible pour être plus sage?
FRANÇOIS. Je vous ai promis tant de fois!
MAITRESSE GIRAUD. Je ne sais pas, mais j'ai meilleure espérance.
FRANÇOIS. Essayez encore. Qui sait?
MAITRESSE GIRAUD. Quand tu voudras boire, je te donnerai du vin ; il sera meilleur que celui de tes cabarets, et tu n'en auras du moins que ce qu'il te faudra.
FRANÇOIS. Qu'elle est gentille! Elle croit que c'est la même chose. Tant que je le pourrai, je ferai tout ce que vous voudrez ; je ne peux pas mieux dire.
MAITRESSE GIRAUD. Et puis , mon petit François, à cause des autres, tâche aussi d'être plus matinal.
FRANÇOIS. Je tâcherai; mais je suis diantreraent dormeur.
AiAiTRESSE GIRAUD. Vois pourtant, quand on y met de la franchise, comme tout devient facile. Se mens plus. A quoi que ça sert? Tout ce que lu me diras, je te le pardonnerai ; mais il faut me le dire.
FRANÇOIS, C'est le plus gênant; un homme fait tant de choses!
MAITRESSE GIRAUD. Puisque tu Seras sur de ne pas être grondé.
FRANÇOIS. Pas trop sûr.
MAITRESSE GIRAUD. Veux-tu quê je te le signe tout à l'heure?
FRANÇOIS. Les signatures, ça ne sert de rien. Si j'avais fait une bonne farce et ([ue je vienne \ous la conter, niun papier à la main, je voudrais bien vous voir.