SCÈNE VII
orainles sur la (loi 1 11 se souciait fort peu que je me rappelasse ce qu'il venait de me dire; il allait au plus pressé. Au fait, la spéculation que je lui offrais en valait la peine; pour sa sûreté, il n'a pas de meilleur parti à prendre que de devenir le meilleur des maris et le plus tendre des pères. Ce n'est là que la moitié de ma besogne, maltîeureusement, et celle qui me reste est la plus difficile. (Il réfléchit.) La singulière idée!... Pourquoi?... Qui sait?... (Il rit.) Je ne connais pas la société de madame Dalain. Parmi tous ces jeunes gens si spirituels, si charmants, qu'elle reçoit, n'esl-il pas permis de supposer qu'elle en aura distingué un plus spirituel, plus charmant que les autres? Le bruit en a couru. Une femme délaissée a besoin de consolations. C'est bien scabreux les consolations; ça peut mener loin, très-loin. La patience des anciens chevaliers est terriblement passée de mode ; on ne veut plus soupirer pendant dix ans, comme on prétend que cela se faisait autrefois; les femmes elles-mêmes se moqueraient de pareils soupirs. Le siècle est si positif! C'est une inspiration. Qu'est-ce que je risque?
SCKNE VU.
LE DOCTEUR, madame DALAIN.
MADAME DALAIN. Pardou, monsieur le docteur; je ne fais que d'apprendre à l'instant que vous étiez ici. C'est la dernière chose que maman m'ait dite. Elle est singulière, maman, avec son idée fixe! Vous savez ce que c'est que son idée fixe?
LE DOCTEUR. C'est l'amour maternel.
MADAME DALAIN. Je le voux bien ; mais elle le traduit quelquefois d'une manière fatigante. Elle ne me prèclie plus à présent que rapprochement avec monsieur Dalain. .Te vous en fais juge.
LE DOCTEUR. Je me récuse. Jamais je ne me môle d'intérieur de ménage, et, pour m'y soustraire, j'avertis d'avance que je donne toujours raison à celui qui me parle.
MADAME DALAIN. Si uiousieur Dalain vous parlait, vous lui donneriez donc raison ?
432 LE hAPl'KOCUiiMENT.
LE DOCTEUR. Oui.
MADAME DALALN. Et VOUS trouveriez que j'ai tort de me sentir de l'éloignement pour un homme qui n'a rien de ce qui plaît, rien qui puisse faire la moindre illusion?
LE DOCTEUR. Vous VOUS plaigniez de la conversation de madame \otre mère, et vous allez nous y ramener.
MADAME DALALN. C'est que je ne veux pas vous paraître ridicule.
LE DOCTEUR. C'cst VOUS qui me parlez, je vous donne raison.
MADAME DALAiN. Et quand il vous parlera?
LE DOCTEUR. Il aura raison à son tour.
MADAME DALAix. C'cst uuo grande vertu d'être aussi impassible entre un homme qu'on connaît à peine, et une femme qu'on a vue venir au monde, et dont la mère est votre amie intime.
LE DOCTEUR. Vous voulez me piquer! c'est méchant.
MADAME DALAIX. J'ai Commencé par vous dire que vous connaissiez peu monsieur Dalain ; c'est votre excuse. Alais me croyez-vous assez fantasque pour avoir pris le parti que j'ai pris sans de bonnes raisons?
LE DOCTEUR. Votre extrême délicatesse, la susceptibilité de votre goût peuvent vous rendre trop exigeante. Que diriezvous si vous aviez un mari qui eût dissipé votre fortune, par exemple?
MADAME DALAIX. Ah ! c'esl uue des raisons de maman.
LE DOCTEUR. Qui affichât des maîtresses?
MADAME DALAIX. Je ne crains pas cela avec monsieur Dalain ; il aurait peur de faire tort à son crédit.
LE DOCTEUR. Enfin, ce serait plus sérieux que ce que vous pouvez lui reprocher.
MADAME DALAIX. Je ne connais rien d'humiliant pour une femme comme d'avoir un mari gauche ou suffisant outre mesure, suivant les gens avec lesquels il se trouve; qui ne sait pas un mot de ce qui se dit dans le monde, et qui n'écoute de nouvelles que celles qu'on peut coter à la Bourse.
LE DOCTEUR. Voilà de l'exagération.
MADAME DALAIX. Il aura l'air d'avoir un avis sur un ballet