MIEUX VAUT DOUCEUR QUE VIOLENCE
A roRCE DE VINAIGRE ET D'EAU FRAICHE, ON PARVINT A RANIMER EELIX.
Ji^^ii rtz le /lf/i4( Véf/isttU!' J& ,.?ituie.'
LE PETLl BLESSE DE JUILLET.
(nouvel LE.)
Deux gardes nationaux, après avoir soupe ensemble, marchaient gaîment le long des (juais, pour aller rejoindre le poste où ils devaient passer la nuit. Ils s'enlrelenaienl de politique, mais comme s'en entretiennent de braves gens qui sortent de table et (jui n'ambitionnent pas de devenir n)inistres.
— Pour notre argent, disait l'un, on devrait bien au nmins nous apprendre quelque chose de ce qu'on veut faire.
— Pour nous l'apprendre, répondait l'autre, il faudrait au moins le savoir auparavant. De tous nos gens en place, il n'y en a pas un qui .se doute où il va ; et ce qu'il y a de rassurant, c'est que ceux qui intriguent pour les remplacer ne pensent qu'à les remplacer, et ne voient pas plus loin.
Là-dessus tous d'eux se mirent à éclater de rire. Ce que c'est que d'avoir bien soupe.
Tout à coup la conversation fut interrompue. M. Lerouge, celui qui avait montré si peu de respect pour la science de nos hommes d'Etat, fit remarquer à son camarade, M. Duval,
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• (tielqu'un qui avait l'air de vouloir escalader un baltau de blanchisseuses. A cette heure de la nuit, quel pouvait être son dessein? Sans réfléchir d'avantage, M. Duval, plus leste que M. Lerouge, se précipita dans un de ces petits escaliers qui conduisent sur le bord de la rivière, et bientôt il se trouva près de l'inconnu que cette apparition subite sembla troubler au dernier point. C'était un jeune homme de seize à dix-sept ans, pauvrement vêtu. Malgré l'obscurité, on pouvait supposer que sa figure était intéressante.
— Que faites-vous là, mon ami? lui demanda M. Duval.
— Monsieur, je n'ai pas de mauvaises intentions.
— Ce bateau vous appartient-il ?
— Non , Monsieur.
— Alors que venez-vous y chercher à l'heure qu'il est? Sur ces entrefaites arriva M. Lerouge.
— F.li bien! s'écria-t-il, ce drôle s'est-il expliqué?
Le jeune homme, étonné d'une interpellation aussi brusque, regarda celui qui venait delà proférer avec un sentiment de fierté et d'aigreur flonl les deux amis furent également frappés. Cependant M. Lerouge, remis le premier de celle impression, n'en continua pas nioins son interrogatoire sur le même ton de violence.
— As-tu quelques complices là-dedans? Parle, bon sujet. Est-ce là que se lient votre quartier général? Viens-tu rendre compte à l'un de les chefs des vols que tu as faits ce soir?
Le pauvre garçon, dans un état d'angoisse in(.'xprimable, aurait voulu dévorer les larmes qu'un traitement aussi cruel arrachait malgré lui de ses yeux. Incapable de répondre, il était prêt à suffoquer, lorsque M. Duval jugea à propos de venir à son secours.
— Emmenons-le au corps de garde, et ne le tourmentons pas davantage.
— Qu'il marche donc! répondit M. Lerouge, en saisissant le bras du jeune homme avec tant de force que celui-ci poussa un cri ad'reux. Tu es bien douillet, ce me semble.
— Monsieur, vous venez d'appuyer sur une blessure qui n'est pas encore bien guérie.
— Vous êtes blessé? reprit aussitôt M. Lerouge d'un ton
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beaucoup plus doux. Pardon ! nifiis que diable ! quand on n'est p;is coupable, on le dit tout de suite. Je ne vous en veux pas, moi ; et, avec votre silence, voyez pourtant ce qui peut arriver. Vous devez croire que je suis méchant; je vous traite avec une dureté qui n'a pas le sens commun; pourquoi? panio que, à coup sûr, je me suis imaginé des choses qui ne sont pas. Est-ce votre veste qui est là, par terre?
— Je n'en ai plus besoin, monsieur.
— Il perd la tête, pensa M. Lerougc en relevant la vesie et la mettant sous son bras. Si vous vouliez seuîiMnenl nous dire un mot... Qu'est-ce que cela vous coûterait? Vous serez bien obligé de faire votre confession tout à l'heure à l'officier du poste. Que ne nous la faites-vous? Dans la garde nationale, officiers et soldats sont de la même farine. Il ne faut pas mettre d'orgueil à cela. Nous sommes des pères do famille, vous êtes un enfant, qu'y aurait-il d'extraordinaire à nous avouer franchement ce que vous alliez chercher dans ce bateau? Votre bonne amie, peut-être? ce n'est pas un crime. Est-ce que nous n'avons pas tous passé par là?
M. Lerouge avait beau entasser paroles sur paroles, comme cela arrive aux gens qui ont un bon conir et qui cherchent à réparer une sottise qu'ils se reprochent, il ne put obtenir un seul mot du jeune homme. M. Duval, quoique ayant mieux débuté avec lui, essaya tout aussi vainement de lui faire rompre le silence. 11 marchait tranquillement entre ses deux conducteurs, non avec cet air d'insouciance ironique qu'on remarque dans les criminels de profession, mais avec la résignation de quelqu'un qui n'a rien à craindre, et pour qui une arrestation n'est pas même un événement.
Aux éclats de rire bruyants qui se faisaient enlemlre à l'approche du corps de garde, il était clair que quelque plaisant s'était chargé, cette nuit-là, d'égayer so>; camn rades, et qu'il s'en acquittait avec le plus grand succès. L'arrivée de M. Lerouge, connu dans le quartier pour un bon vivant, semblait devoir ajouter encore à l'hilarité générale ; mais en découvrant à travers la fumée du poêle et des cigares la figure pâle et souffrante du jeune garçon qui le suivait, les idées prirent sur-le-champ une autre direrlion, d IV. je,
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chacun se pressa à l'envi autour de la table du capitaine pour savoir de quoi il allait être question.
— Capitaine, dit M. Lerouge, voyez si vous serez plus hem'eux que M. Duval et moi, et si vous réussirez à faire parler ce jeune homme que nous venons de trouver sur le bord de la rivière, près d'un bateau de blancliisseuses.
— C'était peut-être pour y mettre le feu, s'écria une voix.
— Sa figure serait bien trompeuse, répondit le capitaine; il n'a pas l'air d'un malfaiteur. En parlant ainsi, il lisait sur le pauvre garçon des regards où se peignait la plus tendre compassion. Uites-nous, mon bon ami, ce que vous pouviez aller faire à onze heures du soir dans un tel endroit.
— Me noyer, monsieur le capitaine.
il y eut comme un mouvement électrique qui fit reculer tout le monde à la fois. Le capitaine était frappé de terreur. Pour le jeune homme, impassible au milieu (Je la consternation qu'il avait produite, on pouvait juger que sa résolution de quitter la vie lui paraissait si naturelle qu'il avait peine à comprendre l'elîroi qu'elle venait de causer.
Alors un important (où ne s'en trouve-t-il pas?/, un de ces gens pour qui le besoin de débiter des lieux communs est un besoin de première nécessité, crut l'occasion favorable pour donner carrière à son talent. Le capitaine le laissa faire quelque temps, faute de savoir lui-même comment reprendre un interrogatoire qui avait commencé d'une manière aussi imprévue. L'important s'en donnait donc tout à son aise. Mais son sermon était si choquant, son exaltation à froid si ridicule, que le bon capitaine, pour couper court, adressa au jeune homme la première question qui lui vint à l'idée.
— Comment vous nommez-vous, mon enfant?
— Félix, monsieur le capitaine.
— Tiens, Félix! remarqua le plaisant de cette-nuit-là, qui était déjà rentré dans son naturel; Félix veut dire heureu.t, je crois. C'est un singulier nom pour un garçon qui voulait se noyer.
S'il comptait produire de l'eltet, il se trompa.
— Kli bienil Félix, reprit le capitaine, vous êtes avec des :iini>; parlpz-riuiis coinnv rV des nmi<. A votro à^e, qui .1 pn
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VOUS porter à une aclion aussi désespérée? Je suis vieux. Eh ! mon Dieu, que de fois j'ai eu plus besoin de courage qu'il n'en faut pour renoncer à la vie! Un homme doit s'habituer de bonne heure à lutter contre l'infortune. Avez-vous des parents?
— Une mère à l'Iiôpital, et qui est peut-être morte dans ce moment-ci.
— C'est tout?
— C'est tout.
— Quel est votre état?
— Je n'en ai plus. J'avais un maître qui m'a renvoyé de chez lui.
— On trouve toujours à travailler.
— Regardez mes bras, monsieur le capitaine.
En parlant ainsi, le pauvre enfant avait retroussé les manches de sa chemise pour montrer d'horribles cicatrices à peine refermées.
— Bon Dieu ! qu'est cela? Où avez-vous reçu ces blessures?
— Dans les journées de juillet.
-M. Lerouge fit un bond.
— Pauvre petit héros ! et moi qui le rudoyais. Par bonheur, je m'en suis repenti tout de suite. Un vainqueur de juillet! Capitaine, il ne faut pas que cela lui fasse tort dans votre esprit.
— Vous êtes fou, monsieur Lerouge, répondit le capitaine en souriant. Pourquoi tort? Parce qu'apparemment dans vos idées je suis carliste.
— Capitaine, nous vous avons choisi et nous vous choisirious encore, quoique vous ne disiez jamais comme nous.
— Laissons cela. Cet enfant ne peut plus se soutenir; prenez-le d'un côté et moi de l'autre, et plaçons-le dans un fauteuil.
— Il meurt de faim, peut-être.
— Est-il possible de mourir de faim à Paris? dit le plaisant qui gardait rancune à Félix du mauvais quolibet qu'il avait fait sur son nom, on voit tant de comédies de ce genre-là ton*; le* jour>!
— Mais regardez ses lèvres, comme elles sont décolorées. Il meurt de besoin, j'en suis sûr.
Ces mots n'était pas achevés que la table se couvrait déjà du peu de provisions qu'il y avait dans le corps de garde. C'était à qui apporterait quelque chose, le plaisant et même l'homme aux sermons comme les autres.
A force de vinaigre et d'eau fraîche, on parvint enfin à ranimer Félix. Chacun attendait ce moment comme s'il eût été question de son meilleur ami. Ce visage si jeune et si flétri par la souffrance, ces bras qu'il n'avait pas eu le temps de recouvrir et qui attestaient son courage; cette misère et cet abandon pour toute récompense; le retour qu'on fait involontairement sur soi-même quand on est témoin d'un malheur si complet ; tout concourait à rendre Félix l'objet d'une bienveillance général. A cet empressement il ne pouvait répondre que par un triste sourire; mais, rencontrant la main du capitaine, il la baisa avec transport en répandant un torrent de larmes.
— C'est boni c'est bon ! criait .M. Lerouge. Fleure, pleure, mon petit; cela détend. N'est-ce pas, capitaine, que cela détend? S'il pouvait manger à présent, je le regarderais comme sauvé. Dites, avez-vous faim, mon ami?
— Une faim terrible, monsieui-.
— Eh bien ! prenez seulement garde de vous faire du mal, et mangez tout ce qui est là-dessus.
Félix ne se le fit pas dire deux fois.
Cependant le factionnaire, qui n'avait été instruit qu'en gros de cette scène, et qui n'avait pas pu partager les émotions de ses camarades, tout en allant et venant devant le poste du corps de garde, avait fait une réflexion : Comment des blessures reçues en juillet n'étaient-elle pas encore complétc»ment cicatrisées? Pour une personne qui craint d'être dupe, une idée comme celle-là est un tourmeni. Il entre donc, el prenant juste le tenqis d'adresser à Félix cette question dont il ne voulait pas perdre le mérite, il retourne aussitôt à son poste, laissant aux autres le soin de recueillir la réponse du jeune homnip.
Mais c'est vrai, dit quelqu'un.
ou LK PETIT HLKSSi: Mi ILILL.i:!. i6ô
— La remarque e?t juste, répliqua un autre.
— Nous allons voir, ajouta un troisième.
Et déjà des groupes commençaient à se former.
-Mais Félix, n qui la nourriture qu'il venait de prendre jvait rendu des forces, répondit du ton le plus calme et le plus vrai : — Si vous voulez, messieurs, ne pas m'obliger à vous nommer mon maître, je suis prêt à ne vous rien cacher. Vous n'avez peut-être pas oublié qu'il était beaucoup question, dans un temps, de certaines ordonnances qui etTrayaient tout le inonde.
— Certainement non, nous ne l'avons pas oublié, et nous ne l'oublierons jamais! Telle fut l'exclamation générale.
— On ne parlait que de ça à la maison, continua Félix, et quand je sus qu'on se battait, je demandai à mon maître la permission d'y aller comme les autres. Il ne le voulut pas 'Micore, je ne sais pourquoi. Mais quand il vit que l'alfairc i'iait bien engagée, il ne m'en empêcha plus; au contraire même, il me donna un de ses pistolets. Oh ! le bon pistolet! ';t la main du petit brave se serra comme s'il le tenait encore. Bienlôi je pris le sabre d'un homme que j'avais tué; un bon sabre aussi... je pus aller partout. On croirait que le courage est difficile; ah! mon I)ieu , ça s'apnrend tout de suite. Mais c'est cruel d'être trop blessé avant la fin. Il faut être juste, mon maître fut bien bon pour moi quand on me rapporta chez lui. 11 y en avait qui parlaient d'hôpilal. — Un héros comme lui! disait-il devant tous ceux qui étaient là, c'est mon enfuit, je l'adopte.
— Parbleu ! je crois bien, s'écria M. Lerouge avec l'expression d'attendrissement la plus singulière qu'ait jamais présentée figure humaine. Continuez, continuez, mon cher ami.
— Notre maison faisait plaisir à voir; madame, ([ui est une dame qui ne s'était jamais mêlée de rien, au lieu de se l'ontenler de faire de la charpie dans sa chambre, comme faisaient beaucoup d'autres dames, avait préféré ^enir pour cela dans la loge de ma mère, qui était sa portière, afin, disaitelle, d'encourager les autres. Les femmes de chambre, les cuisinières, tout était là compère et compagnon; et même
ilans liiuii pelil cabinet , monsieur amenait chaque personne (jui venait chez lui. S'il faut tout dire
— Oui, oui, il faut tout dire.
On n'a pas besoin de faire observer que cette injonction venait de M. Lerouge; Félix lui semblait ne parler que pour lui. S'il avait jeté les yeux sur le capitaine, il aurait vu que l'intérêt qu'il portait au jeune homme, quoique moins bruyant que le sien, n'en était pas moins vif.
— Alors donc, s'il faut tout dire, au bout de quelque temps, ma mère vint me raconter qu'une dame du quartier assurait que je ne guérirais jamais, parce que le chirurgien qui me traitait, et que monsieur avait renvoyé, assurait qu'on ne faisait pas faire tout ce qu'il y avait à me faire faire.
— Que n'alliez-vous à Saint-Cloud ou dans un hospice quelconque? Il n'y en a pas un qui ne vous eût été ouvert.
— Oh bien oui ! mon maître n'entendait pas de cette oreille-là. C'est comme pour les récompenses nationales, il disait qu'il fallait les laisser à ceux qui n'avaient pas autre chose; que pour moi je ne manquerais jamais de rien ; c'était au point qu'il y avait du monde qui me trouvait déjà trop heureux. Sans me flatter, si j'avais voulu être glorieux, il y avait de quoi. Quand on me faisait venir autour de la table, après le dessert, les éloges qu'on me donnait ne peuvent pas se dire : bien mieux, monsieur poussait la chose jusqu'à me faire mettre à la fenêtre, à côté de lui, tout habillé en malade que j'étais, ma casquette sur la têle. Les voisins pouvaient nous voir. Il n'y avait que ma mère qui me répétait toujours : — Avec tout ça tu ne guéris pas. Ce n'est pas (ju'ellc crût que c'était parce que monsieur était fier de montrer mes blessures, et que, quand je serais guéri, il n'aurait plus rien à montrer; mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu'un beau jour il mit ma mère à la porte et moi ensuite.
— Sans plus de façons?
— Mon Dieu, non. Si c'est vrai que les gens qui sont venus en place par rapport aux journées de juillet se soient repentis, comme on le dit, de ce que nous avons fait, il est bien possible que monsieur ait réfléchi et qu'il se soit repenti comme les autres.
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— Il y en a bien de cet acabil-là, qui ont eu la prétention de ne se servir de nous que comme d'instruments dont ils se déferaient quand ils ne leur seraient plus bons à rien.
Celte boutade s'élevait d'un lit de camp où était resté le seul garde national qui, en apparence, n'avait pris aucune part à ce qui s'était passé, mais qui n'avait cependant pas perdu un seul mot de tout le récit de Félix.
— Je parie que je connais son maître, continua-t-il en s'élevanl un peu sur son coude.
— C'est bien possible, monsieur, mais ne le nommez pas, je vous en prie.
— N'avait-il pas eu une grande place dont il avait été destitué quelque temps avant les fameuses journées ?
— Oui, monsieur.
— Ce qui lui faisait bien de la peine.
— Comme de juste.
— Il criait en diable contre les minisires d'alors?
— Depuis le matin jusqu'au soir, c'est vrai.
— Contre l'a rbi Ira ire?
— Que de fois j'ai entendu ce mot-là !
— El n'a-t-il pas une place plus belle aujourd'hui?
— Magnifique, à ce qu'on assure.
— Aussi ne veut-il plus qu'on parle des journées de juillet.
— Dans les derniers temps que j'étais chez lui, il trouvait seulement qu'on en parlait trop.
— Que croyez-vous, mon ami, qu'il répondrait à quelqu'un qui chercherait à vous être utile?
— Monsieur, n'y allez pas; il vous répondrait que je suis un républicain. Ça lui est déjà arrivé, .le lui ai même écrit pour lui demander ce que c'était, mais il m'a menacé de me faire mettre en prison pour me l'apprendre.
— Ennemi de l'arbitraire ! c'est bien cela ; c'est cela même.
— Ce fut le coup de grâce pour ma mère; elle en tomba malade. Nous n'avions pas grand'chose; je me mis à la soigner; vous jugez que ça ne me guérissait pas. Quand il fallut l'emmener à l'hôpilal, ma foi ! je pensai ((ue pour moi ci n'en \alait pas hi peine. Voilà pourquoi on m'a trouvé près du h.iteau.
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— Camarades, c'esl loujour» à nous de réparer les sottises de ces messieurs; je suis sûr que vous êtes tous de mon avis : il faut faire une collecte pour ce garçon. Voici ma part. Quant à votre maître, mon cher ami, continua ce bon citoyen, rassurez-vous, je ne le connais pas; mais je connais tant de ses pareils qu'en vous faisant les questions que je vous ai adressées, je savais d'avance toutes vos réponses. Et il s'étendit de nouveau sur le lit de camp.
— Et moi, Félix, demanda alors le capitaine, regardezmoi bien ; êtes-vous sûr de ne m'avoir jamais vu ?
— C'est vrai, monsieur, j'en avais déjà eu l'idée. Vous êtes venu à la maison. N'est-ce pas vous qui aviez ce grand chien noir? Oui, je me le rappelle maintenant. Votre babil de garde national, et puis je n'usais pas trop fixer les yeux sur vous; c'est ce qui m'empêchait d'être sûr. Quel bonheur do voir un monsieur qui venait chez monsieur! Eh bien, mon capitaine, puisque c'esl comme ça, qu'est-ce que vous aile/ faire de moi ?
— Cela me regarde donc?
— Oui, mon capitaine, si vous avez cette bonté-là.
— C'est fort bien, dit M. Lerouge; mais en attendant, voici ce qui vous appartient, mon petit brave. Et il déposait sur la table une pile d'argent qu'il venait de recueillir.
— Cela m'appartient?
— Oui.
— Mon capitaine, qu'est-ce que c'esl donc que cet argent;'
— C'est un présent que vous font nos camarades.
— En vérité, ces messieurs sont bien bons; je suis bien sensible . mais je ne crois pas que je puisse accepter. Qu'en pensez-vous, mon capitaine?
— Quand ce ne serait que pour votre mère.
— Pauvre mère! C'est juste. Mais, mon capitaine, si vous vouliez le lui donner vous-même, ça lui paraîtrait moins louche. Sa tête est bien affaiblie depuis qu'elle est malade; elle n'aurait qu'à ne pas me comprendre du premier coup.
— Allons, je vois que je vais être chargé de toutes vos affaires.
— Oui, mon capitaine.