SCÈNE IV
LE COLONEL , madame D'YVARI , M. DUFLOS.
MADAME d'yvari. Eh bien ! messieurs, êtes-vous d'accord sur quelque chose?
LE COLONEL. Nous sommes d'accord sur tout.
MADAME d'yvari. Sur tout? Oh ! mais voilà qui est parfait.
M. DUFLOS. Nous n'avons encore rien terminé.
MADAME d'yvari. Quc me disait donc le colonel? Élève-t-il des difficultés?
LE COLONEL. Dieu m'en préserve !
MADAME d'yvari. Cependant si vous ne faites aucune objection ? (A M. Duflos). Vous, monsieur Duflos, expliquezvous au moins.
LE COLONEL. La Conversation de monsieur Duflos nous a un peu entraînés hors de notre sujet, et il vous dira luimême que ce n'était pas sans effort que nous y revenions chacun de notre côté.
MADAME d'yvari. Colonel, je suis persuadée que vous êtes fort aimable. Dans le temps que j'habitais Paris, j'ai connu beaucoup de militaires qui vous ressemblaient : c'était la même grâce, la même légèreté, la même insouciance dans les
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affaires sérieuses; niais ces militaires ne se voyaient qu'à l'Opéra-Comique, où tout cela était fort en place. Pour nous, qui ne jouons pas la comédie, nous préférerions quelque chose de plus sérieux et qui répondît davantage à l'opinion que nous devons avoir de votre délicatesse.
LE COLONEL. Je ne crois pas, madame, avoir rien fait qui puisse motiver une opinion contraire. Vous voulez resserrer encore la règle déjà si courte des vingt-quatre heures à laquelle mon oncle a eu la cruauté de me soumettre; mais pouvezvous me donner en même temps celte promptitude de décision que je n'ai jamais eue pour rien?
MADAME d'yvari. C'est un grand malheur.
LE COLONEL. Certainement, c'est un grand malheur ; mais il ne lient qu'à vous d'en faire cesser les effets.
MADAME d'yvari. Expliquez-vous.
LE COLONEL. Daignez, madame, suppléer à tout ce qui manque à mon caractère lorsqu'il s'agit de régler des intérêts. Mademoiselle Emma a choisi monsieur Duflos; prononcez pour moi. Je m'engage à ratifier tout ce que vous aurez décidé.
MADAME d'yvari. Monsieur le colonel, celte conduite vous fera beaucoup d'honneur dans le voisinage, et détruira, je n'en doute pas, les préventions que les longues plaintes de votre oncle ont pu élever contre vous.
LE COLONEL. Monsieur Duflos a dû préparer un acte.
M. DUFLOS. Pressés comme nous l'étions par le testament, cette précaution était indispensable, il n'y a que la somme à régler; je l'ai laissée en blanc.
LE COLONEL. Je ne veux intervenir que pour signer.
MADAME d'yvarl C'est au mieux. Venez, monsieur Duflos, venez. Nous aurons bientôt fini, et je puis demander mes chevaux.
LE COLONEL. Ah ! madame, quel empressement à me punir de ma confiance!
MADAME d'yvari. Ne sommes-nous pas voisins?
LE COLONEL.- Vous êtes mille fois trop bonne ; mais des raisons de convenance peuvent m'em pécher de profiler de votre invitation tant que mademoiselle Emma sera dans voire château. Il y aurait défaut de délicatesse de ma part à oionlrer