‹ Proverbes dramatiquesChapitre 106 sur 122 · VA LIS AN NE · texte numérisé non relu

VA LIS AN NE

Puis-je savoir le motif de votre visite?

MADEMOISELLE DUBOCAGE

Il est tout simple. J'ai fait une fortune considérable ; je viens d'aclieter une sarmante campagne auprès de la vôtre, et en qualité de voisine , je vieri> vous prier de me présenter h votre société.

VALISANNE.

Je ne me rappelle pas....

MADEMOISELLE DUBOCAGE

Il est fort étonnant , monsieur de Talisanne , qm vous n'ayez pas entendu parler de moi •, jailait tant de bruit dans le monde, que je devais me flatter d'être encore présente à votre souvenir.

VALISANNE.

Depuis lone- temps j'habite la campagne.

MADEMOISELLE DUBOCAGE

J'ai beaucoup voyagé ; j'ai été en Italie , en Illyrie , en Hongrie , en Allemagne , en Espagne , en Pologne . en Catalogne. Je me suis mariée deux fois ] en pre-

mières noces , j'ai épousé le baron Benoît ; en secondes noces , le comte Michel -, de sorte que je suis à la fois , la baronne Benoit et la comtesse Michel.

SOUPLET, passant vivement auprès de mademoiselle Dubocage.

Permettez-moi d'oftrir mes très-humbles hommages à la comtesse Michel.

\ ALISANNE.

Doucement.

SOUPLET.

Mes respectueux devoirs à la baronne Benoit. MADEMOISELLE DUBOCAGE.

ois chefs de divisions à mes ordre directeurs généraux à ma disposition : aussi j'ai placé tous mes amis 5 mes voyages , ma fortune , mon séjour à Paris , tout m'a mis à même d'être utile à tout le monde , et je vous offre mes services.

SOUPLET.

Je les accepte , madame , et je me dévoue tout entier à votre aimable personne.

VALISANNE.

Comment, monsieur Souplet...

SOUPLET.

J'ai pour principe de ne jamais refuser la proiec- •tion d'une jolie femme.

MADEMOISELLE DUBOCAGE

Je vous accorde la mienne , et je vous promets de vous faire obtenir tout ce que vous demanderez. Ecoutez , comme je m'y prends , et ne soyez pas surpris si je réussis à tout.

Air de la Trenitz.

Si dans Paris Mon zèle a quelque prix,

Par mes talens Si je charme en tout temps

Les grands, C'est qu'habile à saisir Les moyens de servir , Je suis prompte à courir Et ne néglige pas

Mes pas.

Auprès d'un homme en place, Non, rien ne m'embarrasse; Je l'aborde avec grâce , Et je lui fais la cour ; Un mot doux ou sévère M'apprend son caractère ; J'emprunte pour lui plaire Mille tons tour-à-tour.

Je sais avec art Par un regard

35a L'HOMME PROPOSE;

Flatter madame ,

Tandis qu'à l'époux Mon œil promet un rendez-vous.

J'use des caquets

Et des valets

Et de leurs femmes )

Je fais plus encor A leurs yeux je fais briller l'or.

Par ce moyen ,

Je réussis si bien ,

Que chacun à son tour

Me fait en ce séjour La cour.

Plus d'un homme important, Homme à grand sentiment, Faisant maint compliment Trouve mon ton, vraiment

Charmant.

Grâce à mes gentillesses, Les comtes , les comtesses , Lés marquis , les duchesses Me reçoivent fort bien ; Je vante leur naissance , Leurs grands airs , leur prudence ,

A mon intelligence

On ne refuse rien.

J'ai fait inspecteur Et contrôleur

Mes deux beaux-pères ;

Mes petits-neveux Ont un grand emploi dans les jeux

Mes quatre cousins,

Sans être fins ,

Sont commissaires, Et j'ai vingt amis Places dans les droits reunis.

Si dans Paris, etc....

SOUPLET.

Que de vertus , que de taleus ! ah ! monsieur de ^ alisanne , si votre pupille avait ce beau caractère...

VALISANNE.

Qu'entends-jel

MADEMOISELLE DUBOCAGE

Vous approuvez ma conduite ?

SOUPLET.

Je Tadmire ! j'ai pour principe de ne jamais blâmer ceux qui réussissent.

MADEMOISELLE DUBOCAGE

En ce cas, monsieur, j'obtiendrai souvent votre suffrage , car je réussis à tout.

SOUPLET.

Quelle femme ! ah ! madame , quel sentiment vous faites naître dans mon âme I

VALISANNE.

Comment , M. Souplet , vous oubliez vos engagemens ?

SOUPLET.

Oui , monsieur , j'ai pour principe de tout oublier quand il s'agit d'obtenir une place.

VALISANNE, Mais , M. Souplet , ce ne sont pas là des principes.

SOUPLET.

Si fait , monsieur , si fait ; dans ce siècle , les gens les plus adroits sont aussi les bommes les plus lionnùtes.

VALISANNE.

Air : Si Dorilas médit des femmes.

Les hommes à double visage Sont méprisés dans tous les rangs ; Toujours ils portent leur hommage Et leur bassesse auprès des grands.

Avilis par leur flatterie , Toujours dispos à recevoir , Ils n'ont jamais eu de patrie, Et leur idole est le pouvoir.

SOUPLET.

Vous vous lâchez ?

VALISANNE.

Oui , monsieur , je me fâche , et je vous déclare que vous n'épouserez pas ma pupille.

SOUPLET.

Ali ! je vois ce que c est , vous donnez la préférence à M. d'Omnes , à M. Benjamin.

VAL I S AN NE, en colère.

L'amateur d'Omnes, l'imbécile Benjamin, et vous, M. Souplet , vous n'épouserez jamais ma pupille , et vous n'êtes enfin que trois caricatures.

SOUPLET.

Trois caricatures , quel triomphe , quel bonheur ! (7/ i^a au fond du théâtre donner un signal j on tire deux coups de fusil. )

VALISANNE.

Qu'est-ce cela signifie ?

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