VA LIS AN NE
Puis-je savoir le motif de votre visite?
MADEMOISELLE DUBOCAGE
Il est tout simple. J'ai fait une fortune considérable ; je viens d'aclieter une sarmante campagne auprès de la vôtre, et en qualité de voisine , je vieri> vous prier de me présenter h votre société.
VALISANNE.
Je ne me rappelle pas....
MADEMOISELLE DUBOCAGE
Il est fort étonnant , monsieur de Talisanne , qm vous n'ayez pas entendu parler de moi •, jailait tant de bruit dans le monde, que je devais me flatter d'être encore présente à votre souvenir.
VALISANNE.
Depuis lone- temps j'habite la campagne.
MADEMOISELLE DUBOCAGE
J'ai beaucoup voyagé ; j'ai été en Italie , en Illyrie , en Hongrie , en Allemagne , en Espagne , en Pologne . en Catalogne. Je me suis mariée deux fois ] en pre-
mières noces , j'ai épousé le baron Benoît ; en secondes noces , le comte Michel -, de sorte que je suis à la fois , la baronne Benoit et la comtesse Michel.
SOUPLET, passant vivement auprès de mademoiselle Dubocage.
Permettez-moi d'oftrir mes très-humbles hommages à la comtesse Michel.
\ ALISANNE.
Doucement.
SOUPLET.
Mes respectueux devoirs à la baronne Benoit. MADEMOISELLE DUBOCAGE.
ois chefs de divisions à mes ordre directeurs généraux à ma disposition : aussi j'ai placé tous mes amis 5 mes voyages , ma fortune , mon séjour à Paris , tout m'a mis à même d'être utile à tout le monde , et je vous offre mes services.
SOUPLET.
Je les accepte , madame , et je me dévoue tout entier à votre aimable personne.
VALISANNE.
Comment, monsieur Souplet...
SOUPLET.
J'ai pour principe de ne jamais refuser la proiec- •tion d'une jolie femme.
MADEMOISELLE DUBOCAGE
Je vous accorde la mienne , et je vous promets de vous faire obtenir tout ce que vous demanderez. Ecoutez , comme je m'y prends , et ne soyez pas surpris si je réussis à tout.
Air de la Trenitz.
Si dans Paris Mon zèle a quelque prix,
Par mes talens Si je charme en tout temps
Les grands, C'est qu'habile à saisir Les moyens de servir , Je suis prompte à courir Et ne néglige pas
Mes pas.
Auprès d'un homme en place, Non, rien ne m'embarrasse; Je l'aborde avec grâce , Et je lui fais la cour ; Un mot doux ou sévère M'apprend son caractère ; J'emprunte pour lui plaire Mille tons tour-à-tour.
Je sais avec art Par un regard
35a L'HOMME PROPOSE;
Flatter madame ,
Tandis qu'à l'époux Mon œil promet un rendez-vous.
J'use des caquets
Et des valets
Et de leurs femmes )
Je fais plus encor A leurs yeux je fais briller l'or.
Par ce moyen ,
Je réussis si bien ,
Que chacun à son tour
Me fait en ce séjour La cour.
Plus d'un homme important, Homme à grand sentiment, Faisant maint compliment Trouve mon ton, vraiment
Charmant.
Grâce à mes gentillesses, Les comtes , les comtesses , Lés marquis , les duchesses Me reçoivent fort bien ; Je vante leur naissance , Leurs grands airs , leur prudence ,
A mon intelligence
On ne refuse rien.
J'ai fait inspecteur Et contrôleur
Mes deux beaux-pères ;
Mes petits-neveux Ont un grand emploi dans les jeux
Mes quatre cousins,
Sans être fins ,
Sont commissaires, Et j'ai vingt amis Places dans les droits reunis.
Si dans Paris, etc....
SOUPLET.
Que de vertus , que de taleus ! ah ! monsieur de ^ alisanne , si votre pupille avait ce beau caractère...
VALISANNE.
Qu'entends-jel
MADEMOISELLE DUBOCAGE
Vous approuvez ma conduite ?
SOUPLET.
Je Tadmire ! j'ai pour principe de ne jamais blâmer ceux qui réussissent.
MADEMOISELLE DUBOCAGE
En ce cas, monsieur, j'obtiendrai souvent votre suffrage , car je réussis à tout.
SOUPLET.
Quelle femme ! ah ! madame , quel sentiment vous faites naître dans mon âme I
VALISANNE.
Comment , M. Souplet , vous oubliez vos engagemens ?
SOUPLET.
Oui , monsieur , j'ai pour principe de tout oublier quand il s'agit d'obtenir une place.
VALISANNE, Mais , M. Souplet , ce ne sont pas là des principes.
SOUPLET.
Si fait , monsieur , si fait ; dans ce siècle , les gens les plus adroits sont aussi les bommes les plus lionnùtes.
VALISANNE.
Air : Si Dorilas médit des femmes.
Les hommes à double visage Sont méprisés dans tous les rangs ; Toujours ils portent leur hommage Et leur bassesse auprès des grands.
Avilis par leur flatterie , Toujours dispos à recevoir , Ils n'ont jamais eu de patrie, Et leur idole est le pouvoir.
SOUPLET.
Vous vous lâchez ?
VALISANNE.
Oui , monsieur , je me fâche , et je vous déclare que vous n'épouserez pas ma pupille.
SOUPLET.
Ali ! je vois ce que c est , vous donnez la préférence à M. d'Omnes , à M. Benjamin.
VAL I S AN NE, en colère.
L'amateur d'Omnes, l'imbécile Benjamin, et vous, M. Souplet , vous n'épouserez jamais ma pupille , et vous n'êtes enfin que trois caricatures.
SOUPLET.
Trois caricatures , quel triomphe , quel bonheur ! (7/ i^a au fond du théâtre donner un signal j on tire deux coups de fusil. )
VALISANNE.
Qu'est-ce cela signifie ?