SCÈNE XIIL
CLÉNORD, MADAME SAINT-REML
MADAME SAINT-REMI
Qu'est-ce donc , monsieur Clénord ? mon fils es£ inquiet, agité, il se plaint de moi.
CLÉNORD, haut à part.
Je lésais, madame.
î66 LE VIEUX
MADAME SAINT-REMI
J'exige, dit-il une dot?...
CLÉNORD.
Oui , vous exigez une dot considérable , et cela n'est pas bien , madame.
MADAME SAINT-REMI
Ab! je le vois , monsieur Clénord, vous ne m'aimez plus.
CLÉNORD.
Je ne vous aime plus ! Ab ! madame , quel mol avez-vous prononcé !
MADAME SAINT-REMI
Expliquez-moi donc ce que tout cela signifie?
CLÉNORD.
Écoutez-moi , madame , écoutez-moi. Trente anS sont écoulés depuis le jour où j'eus le bonbeur de vous adresser mes bommages. Soumis à toutes les règles de la galanterie , je pris mes dispositions , et je fis le siège de votre coeur.
MADAME SAINT-REMI
Vous vous rappelez peu ce temps , lorsque vous voulez séparer nos enfans.
CLÉNORD.
Madame , faites-moi la grâce de m'entendre. Quelque temps après ma déclaration d'amour , je vous pris... la main, je touchai... votre cœur , je reçus... votre foi. L'assurance de mon bonheur ne détruisit point ma flamme , mais elle se ralentit un peu. Tout à coup les obstacles me réveillèrent ^ un époux plus riche que moi vous fut présenté. Vos parens ordonnèrent, et nous devînmes les victimes de l'amour.
MADAME SAINT-REMI
Hélas!
CLÉNORD.
Je fis des fohcs , vous en fites de même. Billets surpris, soupçons jaloux, rendez-vous manques, tout vint augmenter notre ardeur mutuelle...
MADAME SAINT-REMI
Qu'est-ce que cela prouve ?
CLÉNORD.
Cela prouve, madame, que si la tendresse i. irrite par les obstacles , nous avons eu tort d'assurer à nos cnfans qu'ils étaient destinés l'un à l'autre. Le moyen de réveiller l'amour endormi, d'exciter le désir éliint, je l'ai trouvé , madame. Voulez-vous que deux amans s'aiment? séparez-les. Rien n'est bon comme le fruit défendu.
i68 LE VIEUX
Air : Il faut quitter ce que j'adore.
Quand le soleil sur nos campagnes Répand sa brûlante chaleur, Formé sur le haut des montagnes L'orage plaît au voyageur :
De même il nous faut dans la vie ^ Changer un peu pour mieux jouir , Petits momens de brouillerie Ne font qu'augmenter le plaisir.
MADAME SAINT-REMI
Ali ! fourbe , ce sont là de vos tours , je vous reconnais.
CLÉNORD.
Madame....
MADAME SAINT-REMI
Que vous êtes dangereux !
Madame
MADAME SAINT-REMI
Que vous connaissez Lien les femmes !
CLÉNORD.
Je me flatte de les connaître un peu.
MADAME SAINT-REMI
Coquet !
CLÉNORD.
Coquet.... Permettez-moi de vous demander la récompense de mes soins.
MADAME SAINT-REMI
Que voulez-vous ?
CLÉNORD.
Je veux mettre cette rose à votre corset.
MADAME SAINT-REMI
Mettez.
CLÉNORD.
Permettez-moi encore....
MADAME SAINT-REMI
Eh ! quoi , monsieur ?
CLÉNORD.
De vous embrasser.
MADAME SAINT-REMI
Vous me subjuguez. (Ils s^embrassent et soupirent.) J'entends du bruit.
C'est ma fille , permettez que je vous accompagne,.
( Ils sortent )