SCÈNE V
LE HUSSARD à genoux . BRIGITTE , GER- TRUDE.
BRIGITTE, qui n'a entendu que le dernier mot, Monsieur le hussard qui prie le bon Dieu !
BELROSE, se relevanl. Ce sont ces dames , comment me tirer de là^
ON LES HONORE. aoi
GERTRUDE
Recueillez - vous vous êtes en réflexion, en
prières... nous vous laissons,
BRIGITTE
Que vois'je ! quel est ce busle que vous avez placé sur notre prie-dieu.
BELROSE.
C'est celui d'un nouveau saint que le pape vient de canoniser , et auquel le chapitre de Paris vient d'adresser un mandement...
GERTRUDE
Un mandement , nous n'en avons pas entendu parler.
BRIGITTE
NT)Us vivons bien retirées , ma sœur , et tout ce qui se passe dans ce monde ne nous concerne guère.
BELROSE, à part.
Elles ne connaissent peut-être pas M. de Voltaire... Ali ! le bon tour. {Haut. ) Après le mandement du chapitre... quelques dévots personnages de Paris ont adressé un cantique à mon saint , sur l'air : C'est la fatite de Rousseau,., c'est la faute de Voltaire. Ce cantique était dans le goût de ceux des mission.-
naires, à peu près... Vous savez qu'ils chantent ha louanges de Dieu sur des airs profanes.
BRIGITTE
Oui , nous le savons... nous en avons chanté nous-mêmes. L'ouverture de la raisssion s'est faite sur l'air des Folies d'Espagne.
GERTRUDE
Et la première communion sur l'air : ( elle chante )
On dit qu'à quinze ans On aime , on plaît, on se marie.
BRIGITTE
Ah ! si vous lisiez la lettre que le Père Eternel » écrit aux missionnaires à Bordeaux.
BELROSE.
Eh ! qui l'a apportée dans la Gironde ?
GERTRUDE
Le Saint-Esprit. Ah ! la lettre est édifiante.
BELROSE.
Comment , le Saint-Esprit s'est fait facteur de la petite poste , c'est difficile à croire.
GERTRUDE
Croyez , mon enfant , croyez , c'est le parti le plus sage. Mais , comment se nomme votre saint ?
ON LES HONORE. 2o3
BELROSE.
A rouet.
BRIGITTE
Je n'en ai pas encore entendu parler.
BELROSE.
Il a eu pour ennemi un certain Voltaire.
GERTRUDE
Nous ne le connaissons pas.
BELROSE.
Fort bien.
BRIGITTE
Comment vivait ce saint Arouet.
BELROSE.
Il ne vivait que de café.
GERTRUDE
Le saint homme.
BELROSE.
Il avait beaucoup d'esprit ce saint Arouet... Il dédiait ses ouvrages à notre saint père le pape.
BRIGITTE
Et la cour de Rome en à accepté la dédicace ?
2o4 COMME ON CONNAIT LES SAINTS
, BELROSE.
Oui , mesdames.
BRIGITTE
Racontez-nous quelques traits de la vie de saint Arouet ?
BELROSE.
Volontiers , mesdames , mais en vous parlant du frère Arouet , je ne pourrai m'empêcher de vous parler de ce mauvais sujet de Voltaire j on ne peut guère les séparer.
GERTRUDE
N'importe.
BELROSE.
Eh bien ! mesdames... il y avait dans le Jura des moines qui traitaient les paysans comme des serfs... Ce mauvais sujet de Voltaire n'eut-il pas la prétention de les rendre à la liberté , et de soutenir qu'ils étaient des hommes comme les autres.
BRIGITTE
Voyez-vous.
BELROSE.
Mais frère Arouet s'y est opposé...
GERTRUDE
A la bonne heure.
ON LES HONORE. ao5
BELROSE.
11 y avait à Toulouse un protestant, nommé Calas... il fut roué injustement. Ce mauvais sujet de Voltaire voulut faire réhabiliter sa mémoire.
BRIGITTE
Et il ne réussit pas...
BELROSE.
Si fait. Dans cette affaire il a eu le dessus.
GERTRUDE
Malgré tout ce que fit Arouet...
BELROSE.
Il a bien pris sa revanche... il a beaucoup écrit... Voulez-vous que je vous lise quelques-uns de ses vers... Voici un petit ouvrage orthodoxe , et tout-àfait amusant. (Il Ut.)
Or , mes amis, vivons en bons chrétiens , C'est le parti , croyez-moi , qu'il faut prendre ; Dans mon printemps j'ai hanté les vauriens, etc..
GERTRUDE
Ces vers sont fort jolis.
BRIGITTE
2o6 COMME ON CONNAIT LES SAINTS
BELROSE.
Oh ! c'était un bon frère , grand ennemi des philosophes.
BRIGITTE
Il était ennemi des philosophes.
BELROSE.
Et des lumières donc ?.. Adressez-lui une prière... Il vous exaucera... Mais qu'en ten ds-j e. . . c'est la trompette , le boute-selle. Pardon , mesdames , il faut que je monte à cheval. Je vous laisse mon saint... {^A part.) On est fort bien ici, je reviendrai.
(Il sort.)