LE COMTE, MADAME DE BOURGEVAL, M. DE BOURGEVAL
BOURGEVAL, à la canlonnade.
Qu'on ait ben soin de la jument pommelée; qu'on lui fasse double litière, c'est une bonne bête.... Ah 1 vous voilà , monsieur le comte, vous êtes toujours des nôtres , c'est bien.
LE COMTE
Vous scmblez fatigué , monsieur de Bourgeval , qu'avez-vous donc ?
BOURGEVAL.
Ce que j'ai.... vous ne savez donc pas ce qui vient de nous arriver ?
MADAME DE BOURGEVAL.
Le char-à-bancs a versé.
BOURGEVAL.
Parbleu les cocliers d'à présent n'y entendent plus rien. Mais j'étais là, moi... et je vous les ai menés... en deux temps de galop. (Il fait claquer sa langue.) Cla , cla. Allez , allez petit.
MADAME DE BOURGEVAL.
Taisez-vous donc , monsieur de Bourgeval.
BOURGEVAL, un peu brusquement.
Pourquoi donc voulez-vous que je me taise , madame. J'ai lu dans le plus vieux des auteurs , dans Montagne, qui a fait la guerre de Troie , que les Grecs se battaient autrefois dans des cbariots , et que le meilleur général était celui qui menait le mieux. Demandez à monsieur le comte , il connaît l'histoire moderne, lui.
LE COMTE, à part.
Le butor. ( Haut. ) Il est bien vrai , madame.
MADAME DE BOURGEVAL.
Laissons tout cela , monsieur le comte. ( A son mmi.) Savez-vous de quoi nous parlions quand vous êtes entré ?
BOURGEVAL.
Eh ! non , je ne le sais pas ; je n'écoute pas aux portes, je suis tout à mon afïaire.
MADAME DE BOURGEVAL.
Monsieur le comte me faisait remarquer que vous recevez beaucoup de monde ici , sans trop examiner ce qu'ils sont. Par exemple, auriez- vous cru que ce petit abbé Dorimon , que je prenais pour un saint ou tout au moins pour un homme très-pur , s'avisât de parler des romans nouveaux, et cela dans les gazettes.
BOURGEVAL.
Tiens , c'est lui qui écrit ces petites diôleries que je lis le matin en trempant ma flûte dans mon chocolat... Eh ben ! il est cocasse , l'abbé... et il dit parfois des polissonneries.
LE COMTE
J'ai d'autres soupçons encore sur M. Viltrose et sa femme.
BOURGEVAL.
M. Viltroso , mon voisin , c'est un lionimc i iohe.
MADAME DE BOURGEVAL.
La richesse est bien quelque chose. {^Avec importance. ) Mais la naissance , monsieur Bourgeval , la naissance , la comptez-vous pour lien ?
BOURGEVAL.
Non , parbleu ; monsieur le comte s'aperçoit par l'empressement que je mets à le recevoir, à quel point j'estime les gens de qualité. Mais que soupçonnez-vous sur le compte de mon ami \ iltrose?
LE COMTE
Je soupçonne que cet homme-là est un ancien portier.
BOURGEVAL, se récriant.
Un portier ! l>ah!....
MADAME DE BOURGEVAL.
Oh ! Et sa femme ?
LE COMTE
Une ancienne comédienne de province.