MADAME CHRISTOPHE
Que pensez-vous de cet article?
L'ABBE, refusant ce qu'on lui pre'sente.
Je ne saurais digérer cela.
LE COMTE
Si monsieur l'abbé voulait prendre part à la conversation.
L'ABBÉ
Je prends part à l'appétit de mon voisin , (ihno/ifre Christophe) et j'ai soin de ces dames.
CHRISTOPHE
L'abbé a raison, mangeons , nous parlerons de liltcralure entre la poire et le fromage,
LE COMTE , à part.
Quelle expiession délicate ! (//«/<«.) Permettez,
DE L'HABITUDE. :,g5
monsieur de Rourgrv;ii , que rliacun snivo ici ses goûls : je sais que tn;id;im' aini' hcnticoiip les Français, jai eu riioniH'iJidVtre admis dans sa loge , el je dé.sin'iais savoir ce qu'elle pense de la deiniùre tragédie? (Qu'avez- vous remarqué dans cet ouvrage.
CHRISTOPHE, crianl.
Des verres à pâte ? Changeons de vin, La Pierre ?
MADAME DE EOURGEVAL.
Vous le dirai-je , monsieur le comte , les Grecs m'enuuient, je n'aime plus que les sujets français.
BOURGEVAL.
Et le coup du milieu. Je donne l'exemple. (I/se sert et boit , c/iacun en fait de même. ) Buvez du rhum , vous autres : moi , je m'en l'cn^ à mes vieilles habitudes... au petit verre... La petite chanson maintenant , je vais donner l'exemple : ie cocher de fiacre. Air : Mon père était pot , ma mère était broc. Je fais claquer mon fouet gijineiit
Dès que le j,)ur co/iiiirence; Un couple heureux, furtivement, Vers mon fiacre s'avance.
Moi , discret témoin , Je mène un peu loin Notre belle qui pleure.
Trottant à loisir, Je vends du plaisir A treute sous par heure.
La femme d'un vieil cpicier,
Bien voilée et bien mise , S'clance avec un officier Au fond de ma remise.
Je devine,... et bref,
Aux bains Saint-Joseph C'est 1.1 que l'on demeure.
Trottant à loisir ,
Je vends du plaisir A trente sous par heure.
De sa province débarque' .
Un monsieur L'Espérances, Que déjà j'avais remarqué
A la guerre , aux finances ; Dit avec hauteur :
A l'intérieur.
Moi, je sais qu'on le leurre; Je fais mon devoir, Et vends de l'espoir
A trente sous par heure.-
Sur mon siège je vois enfin ,
Nos travers et leur source:
Tel dans huit jours mourra de faim,
Qui paie encor ma course :
Tel montre aujourd'hui, Le faste et l'ennui ,
Dans sa riche demeure ,
Qui ne sait , ma foi , Gagner comme moi ,
Ses trente sous par heure
LE COMTE
Fort bien , M. de Bourgeval , la chanson est de bon goût , et vous la chantez à merveille.
BOURGEVAL, riant bêtemenh
Ah ! ah !... à votre tour l'abbé.
L'ABBÉ
Excusez moi, je ne chante jamais.
VILTROSE.
Priez madame mon épouse de nous déclamer quelque chose.
LE COMTE, tas à l'abbë.
Il a envie de dormir. {Haut.) Au nom de la société, madame de Viltrose , je vous invite à vous faire entendre.
MADAME DE VILTROSE, dans le bas de la voix.
Mon organe est fatigué.
LE COMTE
M. de Viltrose vous en prie.
MADAME DE VILTROSE.
Il va s'endormir , c'est son habitude.
LE COMTE
Vous nous tiendrez bien éveillés, madame 5 allons, cédez à nos instances.
MADAME DE VILTROSE, detlamant. ( Son mari s'endort. )
Eh quoi ! lu dors, Biulus, el Rome est dans les fers. ( M. Fillrose ronfle. )
LE COMTE
Ah ! bravo , bravo , madame.
L'ABBÉ
Admirable... parfait...
BOURGEVAL.
Oui , c'est très-bien , mais passons dans l'antre salle ; allons prendre le eafé. {^A Fillrose en declamanl. ) Eh quoi ! tu dors , \ illrose.
LE COMTE
Plaeez M. Villrose près de la sonnette, en se réveillant il peut avoir besoin de qui-lqne chose. (Les âonicshtjues portent le fauteuil de Filtrose près de la sonnette.) Allons, venez, mesdames. ( // donne la main à madatne Bourges'nl , Tnhhé à madame Filtrose , et ils sortent avec Bourgeval. )