‹ Proverbes dramatiquesChapitre 90 sur 122 · MADAME CHRISTOPHE · texte numérisé non relu

MADAME CHRISTOPHE

Que pensez-vous de cet article?

L'ABBE, refusant ce qu'on lui pre'sente.

Je ne saurais digérer cela.

LE COMTE

Si monsieur l'abbé voulait prendre part à la conversation.

L'ABBÉ

Je prends part à l'appétit de mon voisin , (ihno/ifre Christophe) et j'ai soin de ces dames.

CHRISTOPHE

L'abbé a raison, mangeons , nous parlerons de liltcralure entre la poire et le fromage,

LE COMTE , à part.

Quelle expiession délicate ! (//«/<«.) Permettez,

DE L'HABITUDE. :,g5

monsieur de Rourgrv;ii , que rliacun snivo ici ses goûls : je sais que tn;id;im' aini' hcnticoiip les Français, jai eu riioniH'iJidVtre admis dans sa loge , el je dé.sin'iais savoir ce qu'elle pense de la deiniùre tragédie? (Qu'avez- vous remarqué dans cet ouvrage.

CHRISTOPHE, crianl.

Des verres à pâte ? Changeons de vin, La Pierre ?

MADAME DE EOURGEVAL.

Vous le dirai-je , monsieur le comte , les Grecs m'enuuient, je n'aime plus que les sujets français.

BOURGEVAL.

Et le coup du milieu. Je donne l'exemple. (I/se sert et boit , c/iacun en fait de même. ) Buvez du rhum , vous autres : moi , je m'en l'cn^ à mes vieilles habitudes... au petit verre... La petite chanson maintenant , je vais donner l'exemple : ie cocher de fiacre. Air : Mon père était pot , ma mère était broc. Je fais claquer mon fouet gijineiit

Dès que le j,)ur co/iiiirence; Un couple heureux, furtivement, Vers mon fiacre s'avance.

Moi , discret témoin , Je mène un peu loin Notre belle qui pleure.

Trottant à loisir, Je vends du plaisir A treute sous par heure.

La femme d'un vieil cpicier,

Bien voilée et bien mise , S'clance avec un officier Au fond de ma remise.

Je devine,... et bref,

Aux bains Saint-Joseph C'est 1.1 que l'on demeure.

Trottant à loisir ,

Je vends du plaisir A trente sous par heure.

De sa province débarque' .

Un monsieur L'Espérances, Que déjà j'avais remarqué

A la guerre , aux finances ; Dit avec hauteur :

A l'intérieur.

Moi, je sais qu'on le leurre; Je fais mon devoir, Et vends de l'espoir

A trente sous par heure.-

Sur mon siège je vois enfin ,

Nos travers et leur source:

Tel dans huit jours mourra de faim,

Qui paie encor ma course :

Tel montre aujourd'hui, Le faste et l'ennui ,

Dans sa riche demeure ,

Qui ne sait , ma foi , Gagner comme moi ,

Ses trente sous par heure

LE COMTE

Fort bien , M. de Bourgeval , la chanson est de bon goût , et vous la chantez à merveille.

BOURGEVAL, riant bêtemenh

Ah ! ah !... à votre tour l'abbé.

L'ABBÉ

Excusez moi, je ne chante jamais.

VILTROSE.

Priez madame mon épouse de nous déclamer quelque chose.

LE COMTE, tas à l'abbë.

Il a envie de dormir. {Haut.) Au nom de la société, madame de Viltrose , je vous invite à vous faire entendre.

MADAME DE VILTROSE, dans le bas de la voix.

Mon organe est fatigué.

LE COMTE

M. de Viltrose vous en prie.

MADAME DE VILTROSE.

Il va s'endormir , c'est son habitude.

LE COMTE

Vous nous tiendrez bien éveillés, madame 5 allons, cédez à nos instances.

MADAME DE VILTROSE, detlamant. ( Son mari s'endort. )

Eh quoi ! lu dors, Biulus, el Rome est dans les fers. ( M. Fillrose ronfle. )

LE COMTE

Ah ! bravo , bravo , madame.

L'ABBÉ

Admirable... parfait...

BOURGEVAL.

Oui , c'est très-bien , mais passons dans l'antre salle ; allons prendre le eafé. {^A Fillrose en declamanl. ) Eh quoi ! tu dors , \ illrose.

LE COMTE

Plaeez M. Villrose près de la sonnette, en se réveillant il peut avoir besoin de qui-lqne chose. (Les âonicshtjues portent le fauteuil de Filtrose près de la sonnette.) Allons, venez, mesdames. ( // donne la main à madatne Bourges'nl , Tnhhé à madame Filtrose , et ils sortent avec Bourgeval. )

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