SCÈNE
VICTORINE
Oh! pour cela, mon oncle, je ne puis répondre de rien. Il suffit qu’on me défende de rire, pour que je m’en meure d’envie; mais faites des couplets que je puisse chanter en
riant.
DORMEÜIL.
A merveille. Ce serait un joli charivari!
VICTOJlIPfE.
Ah! savez-vous ce qu’il faut faire?.... une ronde; je la danserai; du moins je pourrai rire tout à mon aise.
Quand tu auras fini ta sérje de folies tu m’avertiras, j’espère.
VICTORINE
Comme vous êtes méchant , aujourd’hui !
Faites une comédie, je la joue; des couplets, je les chante; une ronde, je la danse : on ne peut pas être plus accommodant.
DORMEÜIL.
Tu ne doutes de rien, toi, je le sais bien. Penses -tu qu’il soit si facile de jouer la comédie ! Tu ne sais pas ce qu’il en coûte d’é-
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tilde pour arriver seulement à parler , à marcher naturellement.
vicToamE.
Vous vous moquez, mon oncle.
DORMEUIL
Non. Maintenant, tu parles naturellement; eh bien , si tu étais en scène , ce serait tout autre chose. Crois-moi, il est bien peu d’acteurs qui parviennent à être simples et vrais comme on Test dans une conversation familière, qui arrivent à parler.... comme nous parlons , et dont on puisse dire : il est chez lui.
VICTORIJXE.
Mais, mon oncle, nous aurons tant de billets donnés , que nous pouvons compter sur l’indulgence. Au surplus, si vous n’avez pas de confiance en moi, peut-être en aurez -vous dans ma marraine; elle arrive pour la fête de notre ami. En vérité , tous les plaisirs nous viennent à la fois.
Saint-Alban est une femme charmante.
De l’esprit , du goût , de la grâce , elle en a beaucoup, sans doute, et pourtant elle ne peut nous servir en rien dans cette circonstance.