SCÈNE IX
MADAME DUMONT
C’est une comédie en un acte. Je devais en faire ce soir meme une lecture.
DUTRAIT.
Elle est donc achevée?
MADAME DUMONT
Pas encore ; mais mon plan est arreté ; quelques scènes principales sont dialoguées, et le reste peut être promptement terminé. D’ailleurs nous serons secondés : j’attends ce matin M. Fracas et M. Delurne.
DUTRAIT.
Et qu’en voulez-vous faire, bon Dieu?
MADAME DUMONT
Monsieur Fracas reverra notre plan.
DUTRAIT.
Si vous voulez du bruit , du pathos , des scènes de nuit, des enlèvemens, des incendies, des assassinats, des spectres, adressez-vous à M. Fracas.
Vous ne le traitez pas avec indulgence; cependant mon amie m’a assuré que ses mélodrames attiraient la foule.
BUTRAIT.
Cela ne prouve pas qu’ils soient bons,
MADAME DUMONT
On me les a cités comme faisant grand plaisir.
DUTRAIT.
Oui; si l’on veut se prêter aux invraisemblances les plus choquantes.
MADAME DUMONT
Vous aurez, je l’espère, plus d’égards pour M. Delurne.Tout Paris trouve dans ses drames un intérêt soutenu.
DUTRAIT.
M. Delurne? il est doué d’une sensibilité exquise; il est homme à pleurer en mangeant une praline. S’il travaille à votre comédie , vous pouvez être assurée d’avance de voir fondre en larmes tous les spectateurs. Vous ne risquez rien de faire afficher, le jour de la représentation , sur les portes du théâtre :
AIR : Du vaudei^ille d’ Arlequin afficheur.
A ce drame on s’attendra a On pleurera de proche en proche ;
Or, pour les loges, il faudra A\oir deux mouchoirs dans sa poche