SCÈNE XV
MADAME DUMONT
Je suis curieuse de connaître un sujet de comédie de l’invention de M. Durtiont; il doit être plaisant.
DUMONT
Peut être. Une femme prit un mari d’une simplicité qu’on regardait comme de la bonhomie, pour ne pas dire plus. Voilà un caractère.
MADAME DUMONT, mnt.
Et je sais bien. Monsieur Dumont, qui est-ce qui me servira de modèle. ‘
DUMONT
Observez cependant qu’il n’était pas si bête qu’il le paraissait.
MADAME DUMONT
Bon !
DUMONT
Non ! Mais il gardait cet air-là comme une dispense d’esprit , ce qui le mettait à l’aise. Pendant les premières armées de son mariage, tout allait assez bien, à quelques fantaisies près de Madame, que le mari supportait avec une résignation qui ne fut point assez appréciée. Après
des efforts inutiles pour se distinguer dans les arts, Madame voplut briller dans le monde , mais trouvant que les succès qu’elle avait comme femme aimable ne lui suffisaient pas, elle voulut ‘ prendre rang parmi les femmes auteurs.
MADAME DUMONT
Croyez-vous en avoir encore pour longtemps.
DUMONT
C’est ici que commence ma pièce.
MD AME DUMONT
J’aimerais mieux savoir où elle finit.
DUMONT , avec fermeté.
Ecoutez, je vous prie , Madame. Cette femme chérie de tous ceux qui la connaissaient , destinée à faire le bonheur de son époux, trouva ses amis trop simples et les négligea, ne vit plus dans son mari qu’un bonhomme et le traita avec dédain. Voilà encore un caractère. ( Avec inten-lion.) Peut-être savez-vous aussi qui vous pren-^ drez pour modèle.
MADAME DUMONT, avec confusion.
Monsieur.