SCÈNE IlL
MADAME CARILLON
Est-ce la musique qui vous embarrasse? vous prendrez le maître d’école qui joue du serpent, le garde champêtre qui joue de la clarinette , les deux violons de la salle de danse , et le tambour de la ville. Voilà un orchestre qui fera du bruit, j’espère; la mère Carillon s’y entend.
MADAME DUVAL
Je n’en doute pas ; mais ce projet n’aura sans doute aucune suite.
MADAME CARILLON
Laissez donc, c’est une affaire décidée; je l’ai entendu dire ce matin à M. Duval. Connaissez-vous ceux qui seront de la troupe ?
MADAME DUVAL, à part.
De la troupe! (Haut.) Pas encore.
MADAME CARILLON
Moi, je m’en doute, et je vais vous les nommer : vous aurez M. Dufailli qui vient de faire bâtir cette maison qui ressemble à un château de cartes. Il doit à tout le monde, et ne regarde personne ; on dirait qu’il a peur de rencontrer ses créanciers.
70 LES COMÉDIENS BOLRGEOIS.
MADAME DUVAL, à part.
Voilà qui commence assez bien.
MADAME CARILLON
Ensuite M. Lerond^ qui a l’esprit pointu comme une boule , et qui se croit un génie depuis qu’il est du conseil municipal; au lieu de mettre le nez dans les affaires de la Commune, il ferait mieux de se mêler de ce qui sê passe chez lui; sa femme et sa fille lui donneraient assez d’occupations. Vous ne risquez rien de lui faire jouer les pères dindons.
MADAME DUVAL
De mieux en mieux.
MADAME CARILLON
Et cette petite Bertrand.... j’ai vu ça aller en journée. Elle était gentille, elle a fait son chemin. Elle y a mis du sien, faut être juste. Son mari s’est fait marchand de bois ; il est en fonds, le cher homme. Depuis qu’ils ont amassé * quelques sous, c’est tout au plus s’ils vous saluent. 11 1 y a tant de gens qui ont la mémoire courte !
MADAME DUVAL , à part.
11 est temps de changer le sujet de la con-