SCÈNE XII
DORS an; ADÈLE.
DORSAN
Il a raison. Conçoit-on une pareille légèreté : au moment où je l’entretiens d’intérêts majeurs ^ elle me quitte pour s’occuper de modes! Il semble qu’elle prenne plaisir'à consommer sa ruine. Jamais je n’ai pu lui faire la moindre observation qu’elle ne l’ait écoutée avec impatience et dépit.
C’est votre faute aussi, mon oncle.
DORSAW.
A merveille! vous verrez que c’est moi qui ai tort.
ADÈLE
Sans doute. Maman a un cœur bon et généreux qui lui fait peut-être porter trop loin le désintéressement. Elle n’aime le monde que pour nous faire partager les plaisirs qu’elle y trouve. Vous condamnez avec trop de sévérité des goûts
MADAME FUTILE
bien innocens, et vous ne voulez pas lui faire la moindre concession.
DORSAN
Comment! J’ai été jusqu’à m’engager à jouer dans ses proverbes.
ADÈLE
Mais vous l’avez effrayée pour ses inscriptions.
DORSAN
Je ne vois pas qu’elle s’en soit trop émue, et pourtant la chose en valait bien la peine. Au surplus laissez-la faire , et elle ne tardera pas à se mettre des papillottes avec des billets de banque.
ADÈLE
Ah, mon oncle, vous qui l’aimez, comme vous la traitez!
DORSAN
Oui je l’aime; et c’est parce que je l’aime que je souffre de sa légèreté et que je mets peutêtre trop de vivacité à la lui reprocher. Toi, tu la défends , c’est bien, très-bien , mon Adèle. Tu remplis le devoir d’une excellente fille. J’ai tort.