SCÈNE III
M. INDÉCIS
Tâchons pourtant d'y voir un peu plus clair qu'hier ; car il ne m'est pas démontré que cet homme, que nous avons condamné, soit bien véritablement le voleur de la montre.
M. DURET
Cela ne vous est pas démontré?
M. BENIN
Si l'on m'eût écouté....
M. JOVIAL, avec ironie.
Non , il n'avait fait que Pemprunter.
Messieurs , il ne s'agit pas de ce que nous avons fait hier, mais de ce que nous avons à faire aujourd'hui.
M. PONCTUEL
Il faut d'abord nous asseoir, et demander lecture des questions posées par la cour.
( Les jures s*asseieot *. ) M. PARLA VIDE.
C'est à moi , comme président du Jury, à faire cette lecture.
LE GARÇON DE BUREAU, k M. Parlavide d'un air de mystère.
Est-pe vous, monsieur, qui êtes monsieur Parlavide ?
' Le président au milieu de la table vis-à-vis les spectateurs. A sa droite MM. Bénin, Pressé, Ponctuel, Jovial, Léveillé, Indécis. A sa gauche M-. Durct, lus autres jurés dans l'ordre de leurs numéros.
546 LE JUEY.
M. PARLAYIDE.
Oui; qu'avez- VOUS à me dire?
LE GARÇON DE BUREAU , toujours avec mysUre.
Rien, monsieur.
M. PARLA VIDE
Qu'est-ce que cela signifie?
LE GARÇON DE BUREAU, même jeu.
fc'est une lettre pour vous.
( n lui donne la lettre. ) M. PARLAVIDE , mettant la lettre dans sa poche.
C'est bon. Retirez-vous. Le Jury va délibérer. (Le garçon de bureau sort. ) Messicufs , ce n'cst pas daus un temps où toute espèce de crimes semble sourdre autour de nous que nous devons ouvrir notre cœur à des émotions dont le dangereux exemple pourrait entraîner les plus tristes résultats- Un grand écrivain a dit que la société ne reposait point sur des affections , mais sur des devoirs; et en cela il s'est trouvé d'accord avec l'expérience des siècles. Les lois ne sont déjà que trop indulgentes; que sera-ce si nous ajoutons encore à l'indulgence des lois ? Un fruit à sa naissance porte le germe de sa corruption; le laisser mûrir, c'est vouloir nuire aux autres sans espoir de le rendre meilleur; il faut donc en débarrasser l'arbre qu'il fatigue inutilement, et, par une sage prévoyance, empêcher le préjudice qu'il pourrait lui porter. Ne nous arrêtons point à l'enveloppe dont il a plu à la nature de revêtir la coupable qui vient de comparaître devant nous. La fille Mengin, dans un âge