‹ Proverbes dramatiques (volume 2)Chapitre 63 sur 247 · SCENE XII. i2i · texte numérisé non relu

SCENE XII. i2i

^ MONDAIN

Tu vas donc commencer par te poursuivre toimême ?

LAURENT

Je m'poursuivrons si j'voulons ; mais j'savons ben que j'ne vous ferons point de grâce.

MONDAIN

Dis donc , Laurent , est-ce que tu te gausses de pioi ? »

LAURENT

Vous nous devais , vous nous paierais.

Nous varrons.

LAURENT

Oui , nous varrons. Vous ne m'frais pas peur. Je n'crains point qu'vous m'attachiais à la glèbe. J'sis pas vot'dupe^ allais, ni parsonne dans le village non pus. On sait ben qu'vous n'criais contre les grands qu'par jalouseté. Si vous aviais toujours été droit vot' chemin , vous n'nous feriais pas tous les contes que vous nous faites. Enfin j'veux avoir mon dédommagement, et j Tau rai.

MONDAIN

Ah ! t'es sournois comme ca. C'est bon à savoir.

LAURENT

Fallait rester dans vos limites, et n'pas antichipen

MONDAIN

N'dirait-on pas qu'i n'a pas antichipais non pus , lui?

LAURENT. '

J'ai antichipais sur ma femme , ça ne r'garde parsonne.

MONDAIN

Ta femme ! Fanchette uTest pas encore.

LAURENT

Aile le sera. Je n'crains point.

Aile peut dVenir la mienne. J'n'ai qu'à li faire d'gros avantages. J'sis pus riche que toi.

LAURENT

C'est égal. Vous avais beau être riche , gn'y a des avantages que vous n'pouvais pus faire.

MONDAIN

Enfin , si aile se décidait pour moi , tu voudrais donc que j'te poursuive ?

LAURENT

Oui, je ï' voudrais.

MONDAIN

Ça t' mangerait tout ce que t'as.

LAURENT

Ça vous coûterait gros aussi.

MONDAIN

Moi, ça ne me ruinerait point.

LAURENT

Ah ! si l'gendre à monsieur Gaucher s'en mêlait , ça pourrait bien finir par-là. I s'y enten^d , c'tilà. En deux mois de temps, i vous a réduit l'maître Fro-

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mont, qu'avait pus de bien quVous, à s'mettre en sarvice cheu les autres.'

MONDAIN

Tu veux donc t'adresser à lui?

Oui.

MONDAIN

Hé ben ! j'm'y adresserons aussi.

LAURENT

Comme vous voudrais.

MONDAIN

Tes cent écus et ton arpent de tarre y sauteront»

LAURENT

Us y sautetont.

MONDAIN

Tu t'mettras dans d'méchantes affaires.

LAURENT

Ça me r'garde.

MONDAIN

T'étais si câlin d'vant monsieu l'comte.

LAURENT

J'étais câlin quand iTfallait; je n'ie sis pus quand il n'ie faut pus.

MONDAIN

Et, par curiositais, quoi que tu demand'rais. comme ça pour dédommagement ?

LAURENT

L'plus que j'pourrions.

MONDAIN

Veux-tu convenir d'une chose ?

LAURENT

De quoi?

MONDAIN

Je nVas pas par quatre chemins. Que c'ti-là qu'épous'ra pas Fanchette donne douze écus à l'autre, et que ça finisse par- là.

LAURENT

Que nenni.

MONDAIN

C'est pour toi comme pour moi ; car on n'sait pas encore de qui qu'aile sera la femme. Aile a eu beau te dire des paroles en l'air, ça peut changer.

LAURENT

Enfin, j'veux pas de c't'ar rangera en t. Si j'pards Fanchette, j'veux qu'i m'en coûte pus char. Chacun son goût.

MONDAIN

Queu que tu veux donc qu'i t'en cjpûte?

LAURENT

J'veux qu'i m'en coûte trente écus.

Trente épus, pour la jouissance pendant deux ans d'un demi-arpent de tarre que j'aurions loué vingt francs par an , tout au plus !

LAURENT

Fallait l'iouer.

MONDAIN

C'qui m'fait endéver, c'est que lui qui parle , il est aussi coupable que moi.

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