‹ Proverbes dramatiques (volume 2)Chapitre 77 sur 247 · SCEN^ IX · texte numérisé non relu

SCEN^ IX

GUILLEMOT, M. DE SERELLES.

M. DE SERELLES.

Je crois que mons Guillemot parle tout seul.

GUILLEMOT

Monsieur, je ne parle pas.

M. X>£ SERELLES.

Madame de Ponteau est-elle visible?

GUILLEMOT

Je ne sais pas, monsieur.

M. DE SERELLES.

Comment ! vous ne savez pas^?

152 LA RëGONCILIATION.

GUILLEMOT

Je ne nie mêle que de mes affaires.

M. DE SERELLES.

Est-ce que vous rêvez ?

GUn^LEMOT.

Oui^ monsieur, depuis ce matin.

M. DE SERELLES, le secdinnt par ie bras.

Entendez-vous que c'est moî^ votre ancien maître, monsieur de Serelles qui vous parle?

GUILLEMOT

Monsieur, je suis sourd, je suis muet, je suis même aveugle , s'il faut tout vous dire ; mais ça ne durera pas long-temps, je Tespègp; et je vous demande la permission de m'aller coucher.

( 11 sort. )

SGEJVE X.

M. DE SERELLES, madame SâINT-ROMAIN , envieUie.

M. DE SERELLES, k la cantonade. '

Ah ! maraud, je crois que tu te moques de moi!

AfADAip: SAINT-ROMAIN.

Après qui en ^vez- vous donc, mon cher monsieur?

^. DE SERELLES.

Pardon , madame ; mais je n^ sais pas ce qui est

passé^par la tête de Guillemot , il vient de me débiter une foule d'impertinences.....

. MADAMB SAINt*ROMAIN.

Je lui crois le cerveaw timbré.

M« DE SERELLES. ,

Hé bien, bi^ dame^ cgntipuez-Vous à vous plaire paitni nous, et le séjour de notre ville vous est-il toujours aussi agréable que vous avez eu rextréme honnêteté de nous le dire)

MADAME SAINT-ROMAÎN.

Il faudrait que je fusse bien difficile pour ne pas être reconnaissante des prévenances de tout genre que vous et madame de Sei^Ues vous voulez bien avoir pour une vieille femme comme moi.

M. DE SERELLES.

Vraiment, madame, c'est nous, au contraire, qui craîgpions d'abuser de la permissipn que vous nou( avez si gracieusement octroyée de venir vous importuner quelquefois. Nous avons tout à gagner dans votre aimable société, sans , poi^ivoir vous offrir la moindre compensation. Nous autres gens de province , nous 5ommes en général si- arriérés pour le ton et les manières de la capitale, que nous devons nous estimer fort heureux quand des personnes aussi distinguées que vous consentent à nous admettre auprès d'elles. . .

MADAME SAINT-ROMAIN

Vous VOUS exagère* beauccftip notre mérite, mon cher monsieur; et je piris vous assurer qu'il n'y a pas

iS4 LA A£€OJVGIUATION.

dans tout Paris un seul homme qui ait conservé ce ton d'urbaAité ôt ces grâces toutes françaises qui m'ont si singulièrement frappée dès le premier moment que je vous ai. vu.

M. DE SEBELLBS.

Mais les femmes ! je^vous avouerai qpie je suis fou des femmes de Paris. Elles parlent peut-être autant que les nôtres , ce qu'elles disent n'a peut-iétre pas plus de solidité; mais quel agrément, quelle variété, quel aimable chaos ! J'ai eu le temps de les apprécier pendant le séjour de six semaines que j'ai fait dans la capitale. On ne trouve rien de pareil en province. Paris est une terre de promission, un Éden anticipé pour un hommef d'esprit. C'était ma véritable patrie.

MADiiME SAIIVT-ROMAIN.

Il est bientôt temps de vous demander des nouvelles .de la santé de madame de Serelles.

* M. Dp: SÊKELLES.

Non , car c'est une question à laquelle .je ne réponds jam^s. Madame de Serelles a une telle habitude de varier. sur cet article d*un moment à l'autre, que je la laisse entièrement maîtresse 4de son secret.

MADAiyiE MINT-ROMAIN.

Vous êtes un méchant mari. On ne dort pas parler ainsi de sa femme. Y^jus'^vèz Fair de supposer que madame de Serelles a de l'affectation, et moi je la crois très-naturelle.

M. t>£ SBRELtES.

Si j'étais un provincial, vous me déconcerteriez;.

-ëdfeNE X. usa

mais j'ai passé assez de temps à Pams pour savoir à quoi m'en tenir ; et je parie qu^ vous connaissez madame de Serelles aussi bien que moi. Assurément il n y a rien d'essenjtiel à lui reprocher ; mais j'aime les personnes spirituelles, et qtii ne veulent pïis sans cesse occuper d'elles. C'est si fatigant à la longue ! Nous autres hommes , quand l'âge nous prend, nous avons la ressource de la littérature, nous montons à cheval, nous allons à la chasse. Une femme qui n'a jamais ouvert un livre, qui ne connaît que son miroir , que voulez-vous qu'elle devienne ? Il y a un

âge où les miroirs deviennent fort méchans Je suis

original , n-est-il pas vrai ?

MADAME SAINT-ROMAIN

Vous êtes au moins d'une grande confiance.

M. D£ SERELLE5.

Je suis Parisien dans l'âme, je ne sais rien taire.

MADAME SAINT-ROMAIN

Vous faites^ pourtant bon m^page.

M. DE SEHELLES.

J'ai le meilleur caractère du monde. Personne n'a empêché Josué d'arrétfr le soleil ; si ma femme peut arrêter le temps , je^e demande pas mieux*

-)(ii«t.)

MADAME SAINT-ROMAIN

Mais si elle sait que vous parlez 4'elle avec autant de légèreté

M. DE SERELLES.

A vous seulement, et puis à une autre dame de

1^6 LA REGONGILIAflON.

la ville cependâut ; mais pour tout le monck , ah ! c est mofk idole. ^

MADAME SAINT^aOMAIN.

Je suis honorée de la préférence.

M. DE SERELLES.

Vous êtes étrangère , you» êtes une dame d'esprit ^ vous connaissez le monde. Pour qui garderai-je ma siiicérité, si je n*en usais pas avec vous? Je vous assure que cela m'est nécessaire. D'ailleurs , vous ne connaissez ici que madame de Serelles, je ne puis, vous parler que d'elle.

MADAME SAINT-ROMAIN

C'est vrai.

M» DE £ERELLES.

Si VOUS connaissiez i|ps autres daines , vous finiriez par trouver que ma femme est encore une des plus raisonnaUes. Il est impossible de se faire une idée de la société que nous ayons ici. On y est méchant sans esprit, et sans y faire la moindre petite façon; on y dit du mal par j^^soinrHeureusement i^ous avons, à l'instar de Paris , une société littéraire pour la politique , et ça change de commérage.

MADAME SAINT-VMAHY.

Ce taMeau est effrayant, et je m'étomje qu'avec aussi peu dfe ressources, vous vous soyez opposé à recevoir quelquefois madame votra belle-fille. Enfin c'est une dame de Paris vous qui les aimez tant.

M. DE SERELLES; avec gravite.

Ah! madame, n'entamons pas jcette triste affaire.

Certainement je ne m'exagère pas les droits de l'autorité paterneUe; nais je puis ¥ou& assurer que jamais rien ne m'a été aussi sensiblement pénible que la manière dont ce mariage a été conduit.

MADAME SAINT-HOMAIN.

Qœ lui r«prochez-vous?

M. DE SERELLES.

Tai lu quelque part que le cœur d'un père était inexplicable, voilà ce qui fait que je ne puis pardonner à mon fils.

MADAME SAINT-ROM AIN.r

Et si VOUS aviez mal lu; si le livre disait que c'est le coeur d'une mère qui est inexplicable ?

M. DE SERELLES, gaiement.

Le livre dirait encore plus juste ; car il ejt très-vrai que je n'entends rien à la conduite de madame de Serelles visrà-vis de «on fils. Elle l'adore, à ce qu'elle a toujours prétendu, ce qui devrait, ce me semble, la disposer à plus d'indulgence; et bien loin de là j'ai la tête rompue de ce maudit mariage depuis le matin jusqu'au soir. Je vous en ai ennuyée devant elle, parce que je n'ai plus guère que ce moyen de lui faire la cour, mais, entre nous, je vous avouerai franchement que tout cela m'est fort indifférent. Malgré mes cheveux gris, je suis toujours jeune ; et, pourvu qu'on ne me demande rien, je laisse chacun s'arranger à sa guise. Si mon fils avait fait une mauvaise spéculation , cela ne me regarderait pas; s'il a fait un mauvais mariage, tant pis pour. lui.

iK8 LA RÉG01!V€ILIATI0]V.

MADAME SAINT-ROMAIl^.

Je n« vois dojïc cFobstacle k "votre réunion que dans Fesprit de madame de Serelles.

M. D9 SERELLES.

Entendons-nous : je ne veux pas céder qu'elle n'ait donné son dernier mot. Ce sont des afitkires de ménage, cela la regarde. Le ciel me préserve de jamais empiéter sur son domaine. PPallez pas me. compromettre , au moins.

(Il rit.) MADAME SAINT-R0MAI1>7.

Reposez-vous sur moi.

M. DE SERELLES.

C'est que l'extrême accord qui règne entre ma femme et moi tient à si* peu de chose, (ii ru.) Ah!

ah! ah! je ne suis pas mystérieux Au surplus,

vous avez été inariée , et vous devez savoir qu'un bon ménage *

N'csl^pas comme itn jour snns nnage.

ISCÈNE XI.

MADAME SAUNT-ROMAIN, monsieur «t MADAME DE REBELLES.

MADAME DS SERELLES.

£h! bonjour, chère dame. (A m. de sar^es.) Je vous croyais à vcftre cabinet littéraire, monsieur.

jHGENE Xjt.

M. DE SERELLES.

J'employais mieux mon temps.

MADAME DE SERELLES.

Madame de Ponteau n'est peut-être pas de cet avis-là.

MADAME SAINT.ROMAIN

Pardonnez-moi, madame.

MADAME DE SERELLES. '■

Vous ête§ si indulgente. Vous nous faites l'amitié de dîner avec nous aujourd'hui? ,

MADAME SAIOT-ROHAI».

le crains de ne le pouvoir pas. J'attends une personne de Paris.

MADAME DE SERELLÈS.

Eh hien ! vous nous ramènerez; <* sera fin surcroit de bonhecu* pour nous. Vos amis ne sont-Ils p^ tes nôtres? Allez à Tos- affaires / monsieur de Serelles, et vQu$ repasserez par ic\ pour donner le bras à madame, parce q^ie je n'acceptef pas son excuse. ^

M. DE SERELLES.

C'est-à-diro que vous Bje renvoyez. Je prends acte auprès de madame de Ponteau d^ ma soumission^maritale. . .

(Il sort.)

leo LA RÉGOBTCILIATIO^r.

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